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Le cannabis et le bonheur dans le judaïsme

Le cannabis et le bonheur dans le judaïsme

Qui a dit que les Juifs n'aimaient pas être heureux ?

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Célèbre scientifique israélien, le professeur Raphael Mechoulam est mondialement reconnu comme le père et l’expert de la science du cannabis. Il y a déjà 50 ans, il fut le premier à identifier le principe psychoactif du cannabis, le THC.

Plus tard, il parvint à isoler le neurotransmetteur endogène qui se fixe au même récepteur cérébral que le THC, et le baptise « anandamide », en référence au terme sanscrit renvoyant à la félicité, ananda.

Lors d’un entretien au National Geographic dans le cadre d’un dossier consacré à la science du cannabis, on demanda au professeur israélien pourquoi il n’avait pas jugé bon d’attribuer à ladite molécule un terme hébraïque associé à la joie. Ce à quoi il répondit : « La langue hébraïque ne possède pas beaucoup de termes associés au bonheur. Nous autres juifs n’aimons pas être heureux. »

Avec tout le respect que je lui dois, il me semble que Mechoulam se trompe lourdement à cet égard.

On peut en apprendre beaucoup sur une culture en étudiant sa langue. Prenez le dialecte inuit, il possède de nombreux termes pour désigner les différentes formes de neige. Entouré en permanence de neige, le peuple inuit maîtrise toutes les nuances et subtilités qui distinguent les différents types de précipitations qui abondent dans ces contrées.

L’hébreu classique, quant à lui, possède plus d’une dizaine de termes renvoyant au bonheur. Les sources talmudiques n'énumèrent pas moins de dix vocables hébraïques distincts pour décrire la joie sous toutes ses nuances : Sasson (l’allégresse), Sim’ha (la joie), Guila (la gaieté), Rina (les chants d’allégresse), Ditsa (le plaisir), Tsahala (les réjouissances), Aliza, Hedva, Tiféret, Alitsa (Avot Dérabbi Nathan, chap. 34) D’ailleurs ces termes sont si nombreux que l’on peut aisément affirmer que le judaïsme est axé sur la joie, tout comme l’existence du peuple inuit est centré sur la neige. Depuis la célébration des grandes étapes de la vie – naissances, circoncisions, bar mitsva, mariage – jusqu’au Chabbath et fêtes qui rythment le calendrier juif, en passant par les bénédictions de gratitude récitées sur les activités quotidiennes ordinaires comme manger ou même soulager ses besoins, l’accès au bonheur est une priorité absolue dans la vie juive.

Le bonheur dans le judaïsme

La littérature biblique et rabbinique souligne à maintes reprises l’importance de servir Dieu dans la joie :

  • Dans les Psaumes, le roi David  enjoint tout un chacun : « Servez Dieu avec joie, présentez-vous devant lui avec des chants d’allégresse. »
  • Le Talmud nous enseigne que la présence divine réside uniquement sur un esprit joyeux (Traité Chabbath p.30b).
  • Rabbi Na’hman de Breslev répétait d’ailleurs constamment à ses élèves : « C’est une grande mitsva que d’être constamment dans un état de joie. »

Plus récemment, le professeur Tal Ben-Shahar, leader mondial dans le domaine de la psychologie positive et conférencier du cours le plus populaire de l’histoire de l’université d’Harvard, a affirmé qu’ « un grand nombre des idées prétendument découvertes par les psychologues modernes sont en réalité attestées dans les sources juives traditionnelles depuis plusieurs millénaires. »

« Joint » et joie 

À la réflexion, est-ce bien judicieux de nommer le neurotransmetteur cérébral proche du cannabis d’après un terme renvoyant à la félicité ? La consommation de cannabis conduirait-elle à la joie ? L’effet euphorisant  qu’il provoque serait-il gageur de bonheur ?

Toute euphorie provoquée par la drogue finit par disparaître pour être remplacée par une phase d’apathie. Cette dernière n’est en réalité qu’un retour à l’état normal de conscience, mais par contraste avec l’état d’extase, le quotidien paraît subitement déprimant. Ce problème peut conduire l’utilisateur occasionnel de cannabis à titre récréatif à vouloir multiplier les phases d’extase pour éviter les phases d’apathie, et par conséquent, à augmenter les doses de drogue pour entretenir leur effet euphorisant. Un cercle vicieux risquant de semer les graines de la dépendance.

D’après le judaïsme, une phase d’extase provoquée par la consommation de substances illicites peut procurer une impression de joie, mais elle n’a rien d’intrinsèquement joyeuse en elle.

Le terme hébraïque le plus commun renvoyant à la joie est sim’ha.  Il partage la même racine linguistique que le mot tsema’h, signifiant « croissance ». Car pour le judaïsme, la joie et la croissance sont inextricablement liées. L’accès à la joie nécessite des efforts. C’est le sentiment que vous avez quand les efforts entrepris pour parvenir à un certain but sont couronnés de succès. C’est le plaisir d’avoir atteint le sommet d’une montagne escarpée. Vous vous remémorez le pénible trajet que vous avez parcouru et vous délectez du plaisir d’avoir accompli cet exploit.

Nous avons tendance à penser que le plaisir et l’effort sont des opposés, et nous mettons en quête de toutes de moyens pour  avoir du plaisir sans se donner du mal. En réalité, l’effort est la clé du plaisir. Comme dit le proverbe : « Qui ne tente rien, n’a rien ». Plus nous fournissons d’efforts, plus nous apprécions le fruit de notre labeur. Quand nous recherchons toutes sortes de raccourcis pour ressentir du plaisir sans peine ni effort, nous finissons par nous livrer à des expériences euphorisantes stériles, dénuées de sens et de profondeur. En outre, celles-ci procurent une sensation artificielle de bien-être qui s’évapore aussi vite qu’elle n’est venue, nous laissant en proie à un sentiment d’abattement bien plus prononcé qu’à l’origine.

À la recherche du bonheur durable

La vie est remplie de moments naturellement exaltants : cela peut-être les grandes étapes de la vie comme une naissance, un mariage, la réussite à un examen, ou d’autres expériences comme voyager dans une contrée exotique, rencontrer une personnalité exceptionnelle ou admirer un splendide coucher de soleil. Ces événements nous procurent l’énergie et l’inspiration pour poursuivre notre existence le long d’une certaine trajectoire. Mais le tout n’est pas de courir après les expériences exaltantes ! Il faut savoir en tirer le meilleur parti.

Récemment, un ami à moi frôlé la mort. Ayant miraculeusement survécu à une grave collision frontale sur une autoroute à trois voies, il s’extasiait à l’idée d’avoir eu la vie sauve. Subitement, chaque événement de sa vie, peu importe qu’il soit mineur ou déplaisant, lui procurait une sensation de bonheur. Le simple fait de voir ses enfants se disputer, de jeter la poubelle ou d’observer le vent souffler à travers les arbres au dehors, lui donnait envie de danser de joie. Il était tellement heureux d’être en vie que tout lui paraissait sensationnel. Il me confia qu’il espérait conserver cet état d’esprit pour le restant de ses jours.

Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Après quelques jours, le miracle de la vie se fit banal.

Nous connaissons tous des moments d’exaltation. Mais le seul moyen de prolonger leur effet est d’en faire des tremplins pour changer quelque chose dans notre vie en les traduisant en une bonne résolution – peu importe sa nature ou sa difficulté.

Si nous parvenons à intégrer ces moments d’exaltation au plus profond de notre être de sorte qu’ils nous conduisent à changer en mieux, leur effet peut même devenir éternel. Tel est le progrès véritable, lequel est gageur d’un bonheur authentique et durable.

Mon conseil : laissez tomber le cannabis et mettez-vous en quête d’une joie juive bien méritée. 

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