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Rav Steinman, un humble géant nous a quittés

Rav Steinman, un humble géant nous a quittés

104 ans au service de Dieu et de Son peuple.

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Le 12 décembre 2017, Rav Aharon Yéhouda Leib Steinman, le dirigeant spirituel du judaïsme de la Torah est décédé à l’âge de 104 ans. Environ 600 000 personnes ont assisté à ses funérailles, lesquelles se sont tenues à peine quelques heures après sa disparition.

Si vous aviez visité ce modeste appartement situé rue Hazon Ich à Bné Brak, en Israël, vous auriez peut-être eu du mal à croire qu’il s’agissait du domicile d’un dirigeant spirituel d’ordre mondial. Des murs en stuc sans revêtement, des placards en bois brut et surtout des rangées d’étagères allant du sol au plafond remplies de commentaires sur la Torah.

Et pourtant, c’était bien là-bas, dans un bureau qui faisait aussi office de chambre à coucher, que Rav Steinman recevait des visiteurs issus de tous les secteurs de la vie juive : des éducateurs sollicitant ses conseils en matière de programmes d’enseignement ; des politiciens élaborant des lois d’importance capitale ; des écoliers testés sur leurs études religieuses.

La porte de sa maison était toujours ouverte. Aucun problème n’était trop insignifiant pour lui, et les gens venaient du monde entier pour faire la queue devant sa porte – quitte à attendre plusieurs heures – en vue de s’entretenir avec lui. La légende affirme que l’ancien Premier ministre israélien Ehoud Barak sautait par la fenêtre pour contourner les foules.

Rav Steinman écrivit 15 volumes de commentaires sur le Talmud, ainsi qu’une série portant sur les cinq livres de la Torah, connue sous le titre d’Ayelet Hachakhar. Expert en matière d’éducation extrêmement sollicité, il était également l’auteur de l’ouvrage Diriger avec amour : des conseils pour notre génération.

Des conseils empreints de sagesse

Rav Steinman vit le jour en 1913 aux abords de la frontière polono-lithuanienne. Juste avant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il était menacé d’enrôlement forcé par l’armée polono-lithuanienne, il s’enfuit en Suisse. Il se retrouva finalement dans un camp de travail pour réfugiés et fut le seul membre de sa famille à survivre à la guerre ; ses deux parents et ses cinq frères et sœurs furent tués pendant la Shoah.

Il arriva en Israël au début des années 1950 et pendant les soixante ans qui suivirent il dormit sur la planche en bois et le matelas tout fin que lui avait fournis l’Agence Juive.

Il dirigea plusieurs institutions toraniques, dont Gaon Yaakov, la Yéchiva qu’il fonda à Bné Brak.

À la suite de la disparition de Rav Yossef Chalom Elyachiv en 2012, Rav Steinman assuma le titre de Gadol Hador, l’autorité spirituelle suprême du judaïsme fidèle à la Torah. À travers ce rôle, il influença des centaines de milliers de juifs au moyen de cours, d’entretiens privés et de prises de mesures publiques.

Rav Steinman avait une vision très large des choses due au fait qu’il avait traversé plusieurs générations et avait voyagé dans le monde entier. Mais son plus grand atout fut d’avoir sondé les profondeurs de plusieurs millénaires de sagesse juive, dans laquelle il puisa ensuite son expertise dans tous les domaines de la vie depuis l’éducation jusqu’à l’art d’élever des enfants, depuis la diplomatie jusqu’à la spiritualité.

Il y a quelques années, alors que je publiais les dangers d’une Iran nucléaire, j’ai consulté Rav Steinman. S’il a soutenu mes efforts, il m’a mis en garde sur le point suivant : «  Évitez les attaques personnelles sur des dirigeants iraniens, m’a-t-il dit. Il y a des preuves dans notre histoire, que ce soit avec Essav, ou les débuts d’Hitler, qu’il faut faire attention à ne pas déclencher de confrontation personnelle. »

J’ai quitté la pièce dans un silence hébété. Voilà que ce vieil homme frêle, assis sur un banc dur, avait illuminé de sa sagesse une question diplomatique extrêmement sensible. Il ne s’était pas contenté de faire une référence au paradigme inspiré de la Torah nous indiquant comment affronter des ennemis étrangers, mais aussi à des preuves issues de sa propre existence montrant que certaines manifestations antinazies avaient pu être utilisées pour « justifier » des actions menées contre les Juifs.

À la naissance de mon plus jeune fils, Rav Steinman a gracieusement accepté d’être Sandak, la personne qui tient le bébé sur ses genoux pendant la cérémonie de la circoncision.

Un leadership fondé sur la Torah

Contrairement à la méthode de désignation de dirigeants en vigueur dans le monde occidental – laquelle bascule souvent dans une compétition de popularité autoproclamée entre plusieurs égocentriques – Rav Steinman fut choisi sans élections, campagne ni frasques publicitaires. Il devint dirigeant par le mérite de sa profonde humilité, sa compassion, son respect pour Dieu et son engagement à servir le peuple d’Israël – sans la moindre pensée de rétribution ni de glorification personnelles. Il dirigea sans salaire, sans bureau ostentatoire, sans jet privé et sans durée de mandat, maintenant sa position uniquement par la confiance que lui accordait peuple.

Quand il s’agissait de l’étude de la Torah, Rav Steinman était un puriste. Il définissait la « Yéchiva » non pas seulement comme un lieu destiné à l’étude poussée de la Torah, mais comme un havre de paix libre de toutes forces antithétiques à la Torah. En particulier dans l’ère du digital, où les influences négatives sont insensibles aux barrières physiques, il était convaincu que la meilleure protection était un engagement inébranlable envers les valeurs de la Torah.

Rav Steinman était connu comme un modéré. Il fournit à certains une ouverture pour servir dans l'unité Na'hal 'Haredi de l'armée israélienne. Cette position lui valut des critiques acerbes, qu’il affronta courageusement pendant de nombreuses années. Rav Steinman lutta activement pour qu’aucun enfant ne soit délaissé par le système scolaire, en créant des écoles destinées aux élèves en difficulté scolaire, aux enfants d’immigrés, et à d’autres enfants à risque. En outre, il renforça l’influence de la Torah en Israël en approuvant la nomination d’un ministre orthodoxe au cabinet israélien.

Rav Steinman servit d’exemple à tous ceux qui essayaient de s’éloigner des nombreux pièges et embûches du mode de vie moderne. Quand l’ambassadeur israélien au Japon, Nissim Ben Chitrit, visita l’appartement d’une simplicité extrême de Rav Steinman, il s’exclama avec stupeur : « Je n’ai jamais rien vu de tel ! »

En semaine, son alimentation quotidienne se réduisait à un concombre, une pomme de terre bouillie et quelques cuillerées de bouillie d’avoine. Rav Steinman avait entraîné son corps à s’alimenter uniquement pour des motifs purs – maintenir son organisme en bonne santé – sans la moindre trace d’hédonisme. Le Chabbath, il mangeait d’autres aliments en l’honneur du saint jour. Quand des hôtes lui offraient des délicatesses, il leur obligeait en mangeant la moitié d’un raisin.

Rav Steinman avait l’habitude de s’asseoir sur un banc en bois dépourvu de dossier. Il employait diverses techniques pour rester réveillé pendant de nombreuses heures d’affilée et étudier la Torah. Au fil des années, de nombreuses personnes lui proposèrent d’améliorer son confort, mais Rav Steinman déclina inlassablement leurs offres, en insistant qu’il avait exactement ce qu’il lui fallait et n’avait guère besoin de plus.

Des voyages au secours de ses frères

En 2005, Rav Steinman annonça qu’il allait voyager dans le monde entier pour renforcer ces communautés juives géographiquement éloignées des grands centres de Torah. Il s’exécuta avec un grand sentiment de responsabilité, prolongeant ce faisant la tradition juive ancestrale de dirigeants juifs « voyageant de lieu en lieu » (Midrach – Eliahou Rabba 11). Bien que ses disciples et son docteur essayèrent de le dissuader d’entreprendre cette pénible expédition, Rav Steinman leur répondit : « Cela ne dépend pas du docteur. Cela dépend de Dieu, et s’Il le veut, rien n’est trop difficile. »

La volonté de fer du Rav Steinman l’emporta sur sa santé fragile, et ces voyages se poursuivirent  – à Paris, Mexico City, Los Angeles, Montréal, Buenos Aires, Berlin – jusqu’à son 100ème anniversaire.

Lors de ces voyage, Rav Steinman visitait parfois 4 villes et prononçait 10 discours en un seul jour. Une fois, après s’être effondré de fatigue, et face aux directives des médecins d’annuler le reste de son circuit, Rav Steinman déclara : « Tant que Dieu me le permet, je poursuivrai ce que je suis venu faire. »

À Lakewood, dans le New Jersey, 15 000 personnes se déplacèrent pour accueillir Rav Steinman. Quand il visita Gibraltar – une communauté juive qui compte tout juste 600 personnes – 700 personnes se rassemblèrent pour voir le saint homme. La communauté fixa un jour de congé et tous les commerces juifs fermèrent. « Si déjà un Séfer Torah est accueilli en grandes pompes, combien plus devrions-nous honorer un Séfer Torah vivant ! » raisonnèrent-ils.

Lors de son voyage en Ukraine, les rues entourant la synagogue furent remplies de centaines de personnes à 4h30 du matin, en vue d’assister à l’office de Rav Steinman tenu au lever du soleil.

À l’approche de son premier voyage international, Rav Steinman dut choisir entre deux candidats pour l’accompagner. Il demanda à chacun d’entre eux de décrire ce qui le motivait à voyager à l’étranger. L’un répondit qu’il souhaitait observer les immenses foules venues honorer Rav Steinman et la Torah. L’autre candidat avoua que sa motivation principale était de faire du tourisme. Rav Steinman choisit la deuxième personne, bien que sa motivation était moins « spirituelle », parce qu’il avait ressenti qu’il avait preuve de plus d’honnêteté

À travers ses voyages internationaux, Rav Steinman accomplit les paroles de Rabbénou Yona (Chaaré Techouva 3 : 147) décrivant l’effet des visites de grandes personnalités de la Torah sur les foules : « Les cœurs endormis se réveilleront quand ils verront la splendeur de l’honneur accordé à la Torah et reconnaîtront sa grandeur. Ceci causera une grande soif de Torah, et un désir de servir Dieu de tout cœur. »

Effectivement, les membres d’une certaine communauté formèrent un comité destiné à entreprendre des projets qui avaient été précédemment abandonnés parce que jugés trop difficiles ou fastidieux. « Si Rav Steinman est capable de se dépasser, nous aussi » arguèrent-ils.

Vivre par miracle

Récemment, un jeune docteur fit remarquer à Rav Steinman : « Vous vivez par miracle. » Nullement impressionné, le saint homme lui répliqua : « Vous aussi, vous vivez par miracle. »

C’est ainsi que vivait Rav Steinman : avec la clairvoyance que l’avenir du peuple juif est fondé sur la Torah, et sur une confiance totale en Dieu. En 2012, au cours d’une vague d’attaques de roquettes venant de Gaza, il déclara : « À chaque instant, nous sommes la cible de dangereuses menaces, et si Dieu ne nous protégeait pas, il y aurait un chaos total… Dieu désire nos prières, alors Il essaie de nous secouer comme Il le peut afin que les gens se mettent à prier. »

Le président israélien Réouven Rivlin a affirmé que Rav Steinman « portait sur ses épaules tout le poids de l’existence du peuple juif… Malgré ses positions fermes, il savait comment transmettre ses messages avec douceur, gentillesse et avec un grand amour pour le peuple juif… C’était un homme dont la sagesse n’était surpassée que par son humilité. »

Rav Steinman a exhorté tout notre peuple à prendre conscience de sa véritable identité, celle faisant de nous un « royaume de prêtres et peuple saint. » Il nous incombe désormais d’honorer la mémoire de Rav Steinman en nous montrant à la hauteur de ces grandes responsabilités.

13/12/2017

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