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Annoncer ou ne pas annoncer ?

Annoncer ou ne pas annoncer ?

Heureuse nouvelle ? Mais qui a dit qu'il fallait le crier sur tous les toits ?!

par

Avec tous les collègues, nous nous sommes agglutinés autour de l'écran pour admirer la petite Ambre avec force acclamations : Comme elle est mignonne ! Et puis elle ressemble déjà à sa mère ! Quelques heures plus tôt, nous avions invité ma collègue Julie à déjeuner, et lui avions offert une couverture rose accompagnée d'une carte pleine de messages de félicitations. Cette cérémonie s'était terminée en beauté autour d'un gâteau au chocolat fait maison partagé en minuscules tranches dans la salle de réunion du bureau.

J’étais très heureux et ému pour ma collègue, mais il y avait une chose qui me titillait : Ambre n'était même pas encore née, et elle se trouvait déjà sous les feux de la rampe.

Je comparais l’image de l'échographie figurant sur l'écran de Julie à celle que j’avais vue à peine une heure plus tôt à l’hôpital – celle de mon propre bébé. Le mien n’avait que trois semaines de moins qu’Ambre, et n'avait ni nom ni sans sexe déterminé. Pour moi, rien ne distinguait les deux images – chacune montrait cinq doigts, une grande tête, un torse flou. C’étaient des fœtus génériques, sans aucune personnalité, sans aucune caractéristique qui en faisait un être d'ores et déjà unique.

Bien que ma femme fût enceinte de sept mois, personne ne le savait encore au boulot. A la vérité, même la plupart de nos amis et parents l’ignoraient. À l’instar de l’embryon lui-même, nous voulions garder la nouvelle bien emballée et protégée.

« Salut Jack, comment vont les petits ? » m'avait lancé un collègue que je n’avais pas vu depuis des semaines, la veille du jour où je voulais enfin annoncer la nouvelle à ma supérieure

- Tout va bien, merci.

- Ça t'en fait quatre, c’est bien ça ?

- C’est exact, grâce à D.ieu.

- Le prochain est en route ?

Ne voulant pas mentir, j'avais hésité avant de répondre évasivement : « J’adore les enfants, mais ces choses ne dépendent pas de moi. Elles relèvent d’un Pouvoir Supérieur, d’une Intelligence supérieure. »

« Ah… », avait-il rétorqué, « tu veux parler de ta femme ? »

Un temps pour se taire, un temps pour parler

Après un sincère « félicitations ! » et la sempiternelle question : « C'est prévu pour quand ? », la réaction de ma supérieure ne s'est pas faite attendre: « Tu veux dire que tu as gardé ce secret pendant tous ces mois ?! »

« En fait, ce n’était pas un secret, » ai-je bafouillé, « ma femme était au courant…Et puis, contrairement à Julie, j’avais le choix de l'annoncer ou non… »

J'ai annoncé à ma supérieure que ma femme était enceinte à peine deux mois avant son terme.

J'avais l'impression de devoir présenter des excuses à ma supérieure, comme si je devais justifier ma décision bien pensée de garder cette nouvelle émouvante pour nous-mêmes jusqu’à deux mois avant la date prévue.

Je tentais d’expliquer que dans ma culture, nous ne faisons pas étalage des choses, nous ne tenons pas tout pour acquis, et nous ne voulons pas provoquer le « mauvais œil. » Et la seule raison pour laquelle je l’annonçais à ma supérieure était de lui accorder assez de temps pour me trouver un remplaçant lorsque je partirai en congé parental. »

« Alors, voudrais-tu qu'on fête cette bonne nouvelle comme nous l'avons fait pour Julie ? » m'a-t-elle interrogé, pleine de sollicitude. « Je peux acheter un gâteau cacher, et… »

« J’apprécie votre attention », l'ai-je interrompu « une petite fête sera certainement la bienvenue, mais pas avant la naissance du bébé. »

Je sentais que je progressais. « En fait, dans ma communauté juive, nous n’adressons même pas de félicitations à l’annonce d’une grossesse. Nous exprimons notre souhait que le bébé et la mère soient en bonne santé, que l’accouchement se déroule sans heurts et que le bébé naisse à un moment propice. »

Plus tard, lorsque la nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre, un collègue (chrétien religieux) s'est approché de moi : « Je prierai pour vous. » Ce fut la meilleure – voire la seule - réaction dont j’avais besoin ou que je souhaitais à ce moment-là.

Ne rien tenir pour acquis

Cacher la Bonne Nouvelle était notre manière à nous de nous entraîner à ne rien prendre pour acquis. Dans ma communauté juive, les familles effectuent des préparations minimales pour une naissance ; ils n’achètent que les produits de base nécessaires dans l'immédiat, comme des couches de nouveau-né et peut-être une boîte de lait en poudre. D’un point de vue psychologique, cette démarche revêt encore plus de sens. Imaginez une mère enceinte – pleine d’émotion et d’anticipation ­ qui fait une fausse couche (que D.ieu préserve). Imaginez son désarroi, et combien celui-ci sera exacerbé lorsque, de retour à la maison, elle affrontera un berceau vide sans parler du nom du bébé joliment brodé sur un oreiller.

Cacher la Bonne Nouvelle est aussi un acte de pudeur qui procure une mesure de protection Divine. La Torah affirme que « D.ieu accordera la bénédiction dans tes greniers » (Deut. 28:8), ce qui sous-entend qu’une fois que les choses deviennent visibles, elles sont davantage à la merci des forces naturelles.

Un exercice de sensibilité

Dans un monde idéal, mettre au monde une nouvelle âme dans la communauté est une joie pour toute l’humanité. Mais nous ne vivons pas dans un monde idéal.

Il y a de nombreuses personnes – des femmes, ainsi que des hommes – qui souhaitent désespérément avoir un enfant. Ils aspirent à devenir parents, à pouvoir tenir et bercer un bébé en pleurs qui est le leur. Mais pour une raison ou une autre, cette bénédiction leur a été refusée. Quelle situation déchirante ! D’autres sont encore célibataires et leur anxiété monte à mesure que leur horloge biologique tourne. Lorsque, sans le vouloir, nous faisons étalage de notre progéniture, nous ne faisons qu'ajouter à leur douleur. Certes, ils ne devraient pas nourrir de tels sentiments de jalousie. Mais étant donné que nous sommes humains, il est naturel que les bénédictions d’une personne puissent susciter du ressentiment chez ceux qui se sentent privés.

Pour ma femme et moi, le fait de ne pas révéler notre petit secret a été un exercice de sensibilité et d’attention.

Une partie intégrante de la vie en société consiste à se montrer attentif aux sensibilités d'autrui. Pour ma femme et moi, ne pas révéler notre petit secret à la grande majorité de nos parents et amis a été un exercice d’autodiscipline, mais aussi de sensibilité et d’attention.

Hormis la douleur que nous pouvons causer à d’autres, l’énergie négative qui émane de leurs cœurs, que ce soit intentionnellement ou pas, peut œuvrer à notre encontre. C’est pourquoi nous sommes plus attentifs à « protéger » un petit fœtus – si fragile et si sensible à la plus petite entrave à son bon développement.

Le moment propice

Ce qui nous conduit aux questions principales : à qui l’annoncer, et quand ?

La courtoisie commune dicte que nous l’annoncions d’abord à ceux qui nous sont le plus proche. Mais il doit y avoir une condition : l’annonce doit poursuivre un but.

Ce qui nous a guidé ma femme et moi pour l’annoncer fut de déterminer ceux qui étaient les plus susceptibles d’être sincèrement heureux pour nous – de la famille proche et des amis, ceux qui ont déjà des enfants, ou des jeunes mariés.

D’un autre côté, nous ne nous sommes pas donné du mal pour dissimuler la nouvelle à tous les autres. Si la conversation nous y conduisait naturellement, c’était parfaitement admissible de le révéler. Ce n’était pas de l’étalage – c’était un simple respect de la relation.

En même temps, nous n'avons pas cherché à crier sur tous les toits l’existence de ce trésor qui bourgeonnait en nous. Les gens ont bien fini par l'apprendre.

Le 30 janvier (25 Chevat 5771), la femme de l’auteur a donné naissance à un beau bébé prénommé Carmiel ‘Haïm. Mazal tov !

Publié: 30/10/2012


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