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Interférences

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Pourquoi j'ai laissé tomber la télé...

par

— Où est la télécommande ? ai-je demandé à mon mari.

La scène se déroulait un samedi soir, la maison était enfin propre et les enfants finalement endormis. A cet instant là, je ne désirais rien de plus au monde que de m'enfoncer dans mon canapé pour regarder un groupe de parfaits inconnus étaler leurs vies fascinantes sur mon écran de télé.

Le seul hic c’est que nous n’avions pas de télé.

Quand nous nous sommes mariés, mon mari et moi avions décidé de laisser nos téléviseurs derrière nous. Nous avions passé trop d'heures de nos vies à provoquer notre propre abrutissement et nous pensions qu'il était temps de mettre le holà à ce gâchis. Nous désirions édifier une maison imprégnée des valeurs juives, sans que les tentacules gluants de la télé s’immiscent dans notre vision du monde.

Au début, la télé ne m’a pas vraiment manqué. Mon mari et moi avons eu tout le temps qu’il nous fallait pour construire notre nouvelle relation, puis plus tard, nous avons été en mesure de nous concentrer intensément sur la formidable nouveauté d’élever un enfant. Mais par la suite, la famille a grandi, les responsabilités se sont multipliées et l'ennui s’est installé — je ressentais soudain un réel besoin d’évasion.

— Où en sont tes projets d’écriture? m’a demandé mon mari.

— Mes projets d’écriture ?

— Quand je t'ai connue, tu m’as dit que tu aimais beaucoup l’écriture. Pourtant, je ne t’ai jamais vu prendre un stylo depuis.

Ah oui, l’écriture. Elle avait été mon exutoire pendant mes années d'école élémentaire, avant le lycée et l'ensemble de ses règles de conformité qui sont entrées en jeu. Avant le collège et ses pressions scolaires. Avant l’époque où je devais jongler avec mes études supérieures tout en mettant des enfants au monde. Pourtant l'écriture avait toujours été pour moi une passion que je n’avais eu ni le temps ni l’ambition de cultiver.

— L'écriture c’est difficile, ai-je répondu. Je veux quelque chose de facile.

 Je voulais me détendre, anesthésier les douces tensions de ma vie en me perdant dans les méandres de la vie désastreuses d’autrui.

Mais nous avions choisi de renoncer à la télévision. Alors à défaut d’autre choix, je me suis mise à écrire, puis à lire, et puis à écrire davantage. Et à la fin d'une longue série de samedis soirs d’écriture et de lecture, j’ai été surprise de voir ce que j’étais devenue : Un auteur publiéeavec à son actif un certain nombre de livres qui plaisent aux enfants et aux adultes, et une carrière d'écrivain en plein essor. J’ai le privilège de mener une activité qui me fournit une satisfaction incommensurable, de me forger une carrière qui me permet de travailler à la maison tout en jonglant avec mes responsabilités familiales.

J’accomplis enfin mon rêve d'enfant, un rêve cerf-volant dont j’avais lâché les ficelles depuis bien longtemps.

J’accomplis enfin mon rêve d'enfant, un rêve cerf-volant dont j’avais lâché les ficelles depuis bien longtemps.

Et je sais, sans l’ombre d’un doute, que je n’y serai jamais arrivée sans notre décision de bannir le petit écran de notre maison.

Ma carrière professionnelle n’est qu’un exemple du bénéfice considérable de cette vie passée sous l’éclat du soleil plutôt qu’à l’ombre d’un écran de télé. Je sens aujourd’hui que nos relations humaines bénéficient infiniment de son absence.

Parce que quand vous n’avez pas de télé, vous n’avez pas la possibilité de régler un désaccord avec votre conjoint en regardant un bon film.

Parce que quand vous n’avez pas de télé, vos enfants ne peuvent pas coloniser le salon pour regarder leur émission préférée et vous dire chut lorsque vous traversez la salle avec votre panier à linge, parce qu’ils ne veulent pas manquer un seul mot.

Parce que quand vous n’avez pas de télé, les seuls personnages qui vivent dans votre maison sont vous-même et votre propre famille. Les tensions doivent être aplanies au lieu d'être masquées, les problèmes que vos enfants éprouvent sont les seules choses qui importent pour vous et qui méritent votre attention, et surtout, les membres de la famille cherchent la compagnie de leur maman puisque c’est elle, et non pas la télévision, qui occupe la place centrale de la maison.

Et puis bien sûr il y a ce merveilleux cadeau appelé imagination que mes enfants ont la liberté de cultiver. Etant donné que les médias ne régissent pas tout ce que mes enfants pensent ou font, une chaise peut devenir un cheval et un bout de ficelle peut se transformer en lasso. Un bâton peut se transformer en sceptre, un socle pour une maison secrète, une bûche pour feu de camp, un jeu, une canne pour se déguiser ou bien un javelot.

Parfois, je me demande si nous ne sommes pas allés trop loin, si nous ne leur faisons pas rater quelque chose. J'ai été élevée avec la Rue Sésame et le Club Dorothée et le résultat n’est pas si catastrophique que cela. Les gens ont parfois besoin de se détendre. Après tout, mes enfants ne sont pas tous des rats de bibliothèque.

Je me souviens récemment, d’un jour ou je regardais mes enfants en équilibre sur une poêle à frire jetée dans la rue par quelqu’un, les bords chancelant çà et là. Il faisait un peu froid dehors, mais nous avions tous besoin de sortir pour prendre l’air, de dépenser toute cette énergie qui s’était accumulée dans notre maison.

— Je m'ennuie, s’est plainte ma fille de sept ans.

— Je sais ma chérie, ai-je répondu. Il faisait trop froid pour faire du vélo. Il nous faudrait bientôt devoir rentrer à la maison. A ce moment, je me suis dit que cette campagne anti-télé versait peut-être dans l’absurde.

A cet instant précis, ma fille a repéré une fille de son école, une enfant spéciale dans un fauteuil roulant qui avait été inscrite dans son école dans le cadre d’un programme particulier.

— Oh, je sais ! Je vais jouer avec Rachel.

— Cachez-vous et c’est moi qui m’y colle, a renchéri mon fils.

Ma fille a saisi le fauteuil roulant de Rachel et a couru pour se cacher avec elle pendant que mon fils se mettait à compter en fermant les yeux.

1-2-3-4-5-6-7

A l’horizon, le soleil se couchait dans un ciel d’un mauve sublime. Les rires de mes enfants se mêlaient aux cris de joie de Rachel.

Et c’est là que j’ai compris qu’aucune émission de téléréalité ne pouvait rivaliser avec ma propre réalité…

Publié: 17/1/2013


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