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Rester à la maison avec mes enfants à Roch Hachana pendant que mon mari prie à la synagogue

Rester à la maison avec mes enfants à Roch Hachana pendant que mon mari prie à la synagogue

Mais qui a dit que je ne tiens pas le beau rôle ?

par ‘Hayi Hanfling
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Les fêtes solennelles approchent et, de nouveau, ces messieurs vont se rassembler dans les synagogues, enveloppés dans leurs châles, plongés dans la prière et immergés dans une ferveur sacrée. De leur côté, les femmes, ou du moins les mères de famille, seront cloîtrées à la maison avec leurs enfants – probablement à la cuisine, enceintes et pieds nus. Du moins, c’est le genre de discours que j’entends de la part de tous ceux qui me demandent, avec une sollicitude si sincère, si cela ne m’ennuie pas que mon mari aille prier à la synagogue tandis que moi, je suis tenue de m’occuper de mes enfants à la maison.

L’implication de cette question est la suivante : cela ne vous ennuie-t-il pas d’être reléguée à une tâche profane et sans importance ? Ou pour le dire plus crûment : comment gérez-vous l’attitude dévalorisante de votre religion envers la femme, elle qui est « contrainte » de vaquer à des besognes vaines et insignifiantes pendant que son mari se charge de jouer le rôle prépondérant ?

C’est une question piège mais si vous prenez la peine de la décortiquer, le débat commence à prendre une tournure intéressante. J’aime bien leur retourner la question. Pourquoi me demandez-vous si cela ne m’ennuie pas d’être « contrainte » de rester à la maison, et non pas si cela ne dérange pas mon mari d’être « contraint » d’aller à la synagogue ? Si vous estimez que nous sommes tous deux contraints d’assumer nos rôles respectifs indépendamment de nos choix personnels alors pourquoi remettez-vous en question ma satisfaction plutôt que la sienne ?

À ce stade du débat, j’ai généralement droit à un regard gêné parce que mon interlocuteur se rend subitement compte de la véritable teneur de sa question : censée défendre les intérêts féministes, celle-ci est en réalité fondée sur des présomptions patriarcales. La seule raison pour laquelle on puisse supposer qu’aller à la synagogue est plus méritoire que s’occuper des enfants c’est le fait que le premier de ces rôles a été associé à la gent masculine tandis que le second à la gent féminine.

La société a présumé que les femmes ont été reléguées à la tâche inférieure parce que ce rôle a été traditionnellement rempli par des femmes.

Les femmes n’ont pas été reléguées à la tâche inférieure. C’est la société qui l’a présumé pour la seule et unique raison que ce rôle a été traditionnellement rempli par des femmes. Cette question avec sa supposition inhérente constitue de la misogynie à l’état pur, quoique pavée de bonnes intentions. D’un autre côté, le féminisme radical naît de l’hypothèse voulant que les organisations sociales et politiques existantes soient par nature attachées au patriarcat et que pour démanteler réellement l’oppression patriarcale il faille mettre en cause les fondements mêmes des normes sociétales et s’attaquer à la source du problème. Lorsque vous demandez à quelqu’un pourquoi les femmes ne peuvent pas remplir les mêmes rôles que les hommes, vous avez l’impression de lui poser une question féministe. En réalité, si l’objectif que vous poursuivez est réellement la défense de la cause féminine, la question primordiale que vous devriez vous poser est celle de savoir pourquoi vous pensez que le rôle rempli par les hommes est par nature plus important.

Ce qui ne veut pas dire que rester à la maison pendant de longues heures pour vous occuper des enfants est facile, ni que de nombreuses femmes n’ont pas du mal à ressentir la sainteté de la fête à travers la routine quotidienne. Même si, je l’avoue, entre les changements de couche, les caprices à gérer et les tentatives d’occuper vos chérubins en leur lisant pour la énième fois leur livre préféré, il m’est arrivé de temps en temps de nourrir quelques pensées envieuses envers mon mari à la synagogue, je n’ai jamais mis en doute la valeur et l’importance intrinsèques du rôle que je remplissais. Il est évident pour moi que le fait d’élever des enfants et de leur inculquer des valeurs juives est tout au moins aussi important que de prier.

Et ce n’est pas simplement ma petite opinion personnelle ni des excuses tout droit sorties du 21ème siècle. Examinons ce que la Torah dit sur la valeur inhérente de deux types de rôles et leur nature différente.

Quel est le lieu privilégié pour cultiver cette forme suprême de spiritualité : la synagogue ou la maison ?

Dans l’une des histoires les plus marquantes à propos de notre premier patriarche Abraham, Dieu lui ordonna de se circoncire alors qu’il était âgé de 99 ans. Outre les raisons évidentes qui en faisaient une épreuve difficile, il s’agissait également pour Abraham de se démarquer comme étant fondamentalement différent du reste de l’humanité. Une exigence qui allait à l’encontre de sa nature et de son trait de caractère dominant qui était la bonté, le ‘hessed. Après cette expérience, Abraham s’éleva à de nouvelles hauteurs spirituelles et mérita une forme de prophétie qui surpassait toutes celles qu’il avait connues précédemment.

Alors qu’il se trouve en pleine communion avec Dieu, Abraham aperçoit trois nomades voyageant à travers le désert. Sans plus attendre, il demande à Dieu s’Il peut bien « patienter » pendant que lui-même accueille ses invités. Abraham va ensuite accomplir les tâches les plus banales comme laver les pieds à ses invités, ou abattre une bête et leur servir un repas. Avec un regard superficiel, cette scène semble absurde. Comment Abraham peut-il s’arrêter en pleine conversation avec le Tout-Puissant, mettre fin à une intense extase prophétique, pour prendre soin de trois passants en accomplissant le tâches les plus ordinaires qui soient ?

Peut-être qu’Abraham ne considéra pas cette décision comme étant si illogique et irrespectueuse parce qu’il prit conscience d’une vérité profonde que nous-mêmes n’avons pas encore pleinement assimilée. Parler à Dieu est assurément une tâche sacrée mais la marque suprême de sainteté consiste à ressembler à Dieu. Et ce n’est guère à travers la prière, la méditation ou une quelconque autre activité spirituelle que nous imitons Dieu mais plutôt à travers la tâche difficile, rigoureuse et parfois salissante de donner, de prendre soin et de veiller aux besoins d’autrui. Marcher sur la voie de Dieu c’est exercer sa patience et son altruisme. Quel est le lieu privilégié pour cultiver cette forme suprême de spiritualité : la synagogue ou la maison ?

On peut aisément affirmer que Dieu sait parfaitement ce dont chaque individu a besoin pour son développement spirituel à chacune des étapes particulières de sa vie. Si votre situation personnelle vous guide vers la synagogue alors profitez-en pour jouir des joies et des avantages uniques de la prière en commun. Mais si la vie vous guide vers la maison et les tâches ordinaires, ne désespérez pas. Sautez sur l’occasion qui vous a été offerte et le privilège unique de pouvoir imiter Dieu d’une manière profonde.

En conclusion, est-ce que cela ne m’ennuie pas de rester à la maison avec les enfants pendant que mon mari va à la synagogue ? À vous de juger !

13/9/2017

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