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Un cœur juif n’est jamais brisé

Un cœur juif n’est jamais brisé

Les première tables de la loi furent brisées le 17 tamouz, annonçant une période sombre jusqu’au 9 av. Mais le cœur juif n’a pas succombé, tout au long de son histoire d’amour avec D.ieu.

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Avec le jeûne du 17 Tamouz commence la période de deuil des Trois Semaines qui se conclut par le jeûne de Ticha BeAv. Le Talmud rapporte que la première tragédie qui eut lieu le 17 Tammuz était la rupture des tables de la loi au Mont Sinaï.

Moïse descend du Mont Sinaï après avoir jeuné et prié durant quarante jours et voit le peuple juif danser autour du veau d'or. Il prend les deux tables de la loi révélées par D.ieu et les jette à terre, les brisant du même coup. Les tables gravées par D.ieu jonchent le sol, en morceaux.

Que sont devenus ces fragments ?

Le Talmud répond : Les tables cassées ont été placées dans l'Arche sainte avec les secondes tables, intactes, comme l’indique le texte : « Lou’hot ve'chivrey lou’hot muna’him be'aron » (Talmud Bava Batra 14b).

Les tables cassées ne sont pas enterrées, contrairement à la tradition qui nous enjoint de le faire avec les objets de cultes et les livres sacrés. Les tables sont placées dans le lieu le plus sacré, dans le Aaron Hakodesh, l'Arche sainte. Finalement, elles forment les des Dix Commandements. Ensemble, elles sont sous haute protection durant les pérégrinations de la nation à travers le désert.

Pourquoi ces morceaux sont-ils si précieux ? Si ces tables représentent la rupture provisoire entre le peuple juif et D.ieu n’aurions-nous pas souhaité tout simplement les oublier ?

L'idée de brisure apparaît de nombreuses fois dans le calendrier juif : Nous sonnons du shofar avec les sons saccadés des chevarim (la racine hébraïque « chevère » signifie « cassé »).

Nous commençons le Seder en brisant une matsa entière.

Lorsque les mariés se tiennent sous le dais nuptial, un verre est brisé en morceaux.

Ces rituels symboliques sont les représentations des brisures qui peuvent intervenir dans nos vies personnelles et communautaires. Casser en deux la matsa représente la vie brisée de l'esclave, le shofar suppliant rappelle l'esprit repentant d'une personne pleine de remords et la rupture du verre dépeint le monde incomplet sans la présence du saint Temple à Jérusalem.

Brisure et complétude battent à l’unisson

Les deux tables de l'Arche offrent une métaphore frappante. À savoir que la brisure et la complétude sont à l’unisson au sein du lieu le plus saint du judaïsme, dans l'Arche sainte.

Le Reshit Chochmah, œuvre kabbalistique écrit au 16ème siècle, enseigne que l'Arche symbolise le cœur humain.

Durant l’existence, chacun d’entre nous fait l’expérience douloureuse de la séparation, de fractures plus ou moins traumatisantes, l’une d’entre elle étant le deuil. Lorsqu’un être cher disparaît, en particulier jeune, nous séjournons dans la vallée de la mort et ressentons la gamme de sentiments comme l’abandon, la nostalgie, la tristesse ou le désespoir. Une personne aimée qui disparait reste à jamais une partie de nous. Nous réalisons notre douloureuse perte, et pour certains, nous portons la douleur dans nos cœurs et nos esprits pour toujours, comme des tables brisées. Celles-ci offrent une représentation précise de nos vies et du monde qui nous entoure. Et pourtant, un cœur juif n’est jamais brisé car il cohabite avec un cœur entier, serein.

Après une perte douloureuse, la vie continue, mais différemment qu'auparavant. Nous menons notre vie avec les deux types de tables. Il y a des moments de tristesse et des moments heureux. Ces sentiments sont logés dans le même boîtier, dans le même cœur. Le commentateur Rachi explique que les tables brisées et les tables entières se touchent les unes les autres. Le siège des émotions se trouve dans le cœur. Dans cet espace clos, les émotions se déplacent librement d'un endroit à l'autre.

Un cœur brisé ?

Ceux qui vivent un deuil ressentent intensément les sentiments d’un cœur partagé entre la plénitude et la brisure. Un ami proche est celui qui respecte ces deux aspects de la sensibilité humaine. Il accepte la nouvelle réalité de son ami, même si cela signifie admettre qu’elle soit douloureuse. Un véritable ami ne demande jamais : « Souffres-tu encore ? », ou « Ce serait mieux pour toi d’oublier », mais plutôt : « De quoi as-tu le plus besoin aujourd'hui ?», ou encore « Je serai toujours avec toi ».

La chose la plus importante que nous pouvons pour un ami, pour un membre de notre famille, est d’entourer un endeuillé avec chaleur et amour, sans le prendre en pitié. Lui montrer que nous nous soucions de lui et de ses besoins matériels et affectifs, pas seulement dans l’immédiat mais également à long terme.

Façonner de nouveau un cœur entier, réparer les brisures et les fractures passe par l’empathie et l’entraide. C’est ainsi que nous apportons une complétude à un monde en pleine désintégration.

Le Rabbi hassidique, Reb Menachem Mendel de Kotzk a dit : « Il n'y a rien de plus complet qu’un cœur brisé. » Qu'est-ce que cette déclaration énigmatique signifie-t-elle ?

Un cœur peut être reconstruit si l’on reconnait qu’il a été brisé et qu’il est vulnérable. Certains êtres d’exception rebâtissent leur vie après une grande épreuve grâce à la conscience nette qu’ils auront la force de mener une vie plus satisfaisante. Beaucoup de gens ont admirablement trouvé la foi et la volonté de continuer grâce à leur volonté intérieure, et le soutien de ceux qui les entourent. Ils ont mené, après la tempête, de grandes choses. Ils ont ennobli leur vie et l’ont reconstruit, même après avoir subi la douleur profonde de la perte. Ceci est un témoignage poignant de l'esprit supérieur de l’homme et de son âme éternelle.

D.ieu recueille les tables brisées et celles parachevées côte à côte dans le lieu le plus saint de notre tradition. Ce symbole nous enjoint à rester responsable en étant sensible à ceux qui souffrent, afin de leur tendre la main et en leur permettant de faire cohabiter en harmonie sensations douloureuses et espoir de renouveau.

Moïse ramasse chaque précieux morceau des tables brisés, en recueille tous les fragments, et les place avec amour dans la sainte Arche, transmettant un message qui guide le cœur juif à toutes les générations. 

24/7/2016

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