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Roï Klein et Éliraz Péretz : des héros d’une toute autre dimension
Hommage

Roï Klein et Éliraz Péretz : des héros d’une toute autre dimension

Ils ne se connaissaient pas mais le destin a pris plaisir à unir leur histoire.

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Ils ne se sont pas connus tous les deux car lorsqu’Éliraz s'est installé dans la localité d’Éli, Roï n'était déjà plus parmi nous ! Et pourtant, le destin a pris plaisir à unir leur histoire : tous deux étaient commandants-adjoints d'un bataillon de la brigade Golani, tous deux ont puisé leur Torah à la même yéchiva et tous deux se sont installés dans cette même localité. Et surtout, tous les deux sont morts pour la défense du peuple et de la terre d'Israël.

Du quartier de Guivat Hayovel à Éli, on embrasse d'un seul regard le mont Hermon et les gratte-ciels de Tel Aviv, la mer Méditerranée et aussi la ville de ‘Hadéra… Il faut monter et monter encore la colline pour accéder à ce quartier au calme pastoral. Cette ascension est symbolique, car parmi les rangées de maisons qui s'y trouvent, il y en a deux très particulières devenues tristement célèbres : celle du caporal Roï Klein, tué pendant la Seconde guerre du Liban en sautant sur une grenade pour protéger ses soldats avec à la bouche le Chéma Israël, et celle du caporal Éliraz Péretz, tué juste avant Pessa’h lors d'une riposte à une attaque terroriste venue de la bande de Gaza. Mais ce n'est pas seulement l'endroit que tous deux avaient choisi pour vivre, ni même les circonstances de leur mort, ni encore leur fonction commune au sein de Tsahal qui unissent Roï et Éliraz : c'est aussi et surtout leur personnalité hors du commun !

En effet, Éliraz tout comme Roï ne se considéraient pas comme des « individus » : ils vivaient au rythme du « klal » - de la collectivité - du peuple d'Israël. Ils respiraient pour le klal, ils agissaient pour le klal ! Ils faisaient partie de ces personnes qui rendent notre respiration plus profonde lorsqu'on entend parler d'eux parce qu'ils nous font nous sentir encore plus fiers d'être juifs et parce qu'ils représentent un type d'individus que l'on croit parfois – à tort ! – appartenir à une époque révolue.

Roï Klein

Entre le moment où une grenade est dégoupillée et celui où elle explose, il faut compter quatre secondes. Quatre très courtes secondes… C'est le temps que Roï a eu pour décider de se sacrifier et de sauter sur cette grenade ennemie afin de sauver ainsi toute son unité, au prix de sa propre vie !

Ce geste, qui a ému tout notre peuple, est en fait le fruit de toute une vie. Il n'a pas été instinctif ou impulsif.

« Je suis convaincu que Roï a pris cette décision de la manière la plus rationnelle qui soit, affirme son meilleur ami, le rav Néthanel Éliachiv, de Éli. Ce geste, qui a ému tout notre peuple, est en fait le fruit de toute une vie. Il n'a pas été instinctif ou impulsif. Non ! Il était le produit précis des 34 années que Roï a vécues dans ce monde, depuis son enfance à Raanana, en passant par ses études à la Yéchiva pré-militaire d'Éli, son enrôlement dans Tsahal, puis son ascension dans la hiérarchie militaire... Chacun des choix qu'il a faits au cours de sa vie l'a mené à ce choix ultime ! »

Le rav Néthanel Éliachiv est l'une des rares personnes à avoir été aux côtés de Roï Klein depuis sa tendre enfance et jusqu'à sa mort : « Nous étions assis sur le même banc d'école depuis le CM2. Quant il est entré dans Tsahal, il a ressenti le besoin de se renforcer dans l’étude de la Torah, et c'est ainsi que durant quatre ans, nous avons étudié tous les vendredis soir en 'havrouta [binômes]. Nous sommes donc évidemment restés très proches ! Par la suite, nous sommes même devenus voisins puisque nous nous sommes tous les deux installés à Éli. »

Du fait de ces perspectives communes et de cette grande proximité, le rav Éliachiv peut décrire le plus fidèlement possible son ami : « Je crois qu'on peut dire qu'il y a eu deux périodes dans la vie de Roï : avant et après Éli. Lors de la première période, il a construit sa force morale et son éthique et a forgé son caractère. Roï était un garçon d'une intelligence hors du commun. Quelqu'un d'autre aurait peut-être utilisé ce don pour en faire moins, mais lui a préféré en faire plus, beaucoup plus… Il possédait une volonté de fer et faisait tout avec sérieux. Et dans le même temps, il avait un incroyable sens de l'humour ! Les contraires se confondaient en lui. Ainsi Roï était-il un idéaliste, mais il avait bel et bien les pieds sur terre ! Il était discret – on peut même dire parfois timide – mais lorsqu'il le fallait, il savait aussi se mettre en avant. Il avait tant de lumière dans les yeux, et puis aussi un sourire inoubliable, une force, une énergie qui me manquent beaucoup aujourd'hui ! »

Ensuite, lorsqu'il a commencé à étudier encore plus profondément la Torah, toutes les qualités de son caractère ont de surcroît bénéficié d'un fort appui spirituel : « En étudiant à Éli, rappelle encore le rav Éliachiv, il a rencontré une Torah claire, lumineuse et profonde. Comme pour tout ce à quoi il touchait, Roï a totalement intégré cette étude de la Torah qui est devenue une partie de lui-même. Et lorsqu'il est entré à l'armée, il a ressenti que cette vérité qu'il avait rencontrée à la maison d’étude devait l'accompagner et se lover au cœur même de sa vie et de tous ses actes ! »

La passion du défi

« Plus c'est dur et mieux c'est ! »

Après plusieurs années au sein de Tsahal, Roï Klein participe au commandement de l'unité spéciale « Egoz », puis du « Bataillon 51 » des Golani, tout en se plongeant encore plus intensément dans l'étude de la Torah : « Il étudiait à chaque occasion qui lui était donnée. Lorsqu'on lui a imposé un chauffeur, il étudiait avec lui le folio quotidien du Talmud sur la route. Parfois, il arrivait le vendredi totalement épuisé, après avoir passé plusieurs jours quasiment sans dormir, mais il n'a jamais renoncé à notre 'havrouta. Ensuite, Tsahal l'a libéré pour qu'il puisse s'adonner à des études d'ingénieur. Il a choisi d'étudier à Ariel qui est située à 15 minutes d’Éli, pour pouvoir être près de la yéchiva. Son emploi du temps était hors du commun : il se levait à 5 h, priait à l’aube, étudiait le Talmud et les traités de foi en Dieu pendant toute la matinée, puis il se rendait ensuite à l'université d'Ariel. Même là, il cherchait la difficulté et ne se contentait pas de traités talmudiques « faciles ». Il disait toujours : 'Plus c'est dur et mieux c'est !' Il adorait les défis… »

L'histoire de Roï est devenue une légende et le rav Éliachiv en explique la raison : « Je crois tout d'abord que son acte lui-même était 'légendaire' et totalement opposé à la logique et à la nature humaines. Ensuite, toute cette guerre n'a pas évidemment été perçue, dirions-nous, comme une 'grande réussite' militaire, si bien que cet acte d'héroïsme a été comme une explosion de lumière en pleine obscurité ! Mais surtout, c'est la personnalité de Roï qui a marqué tout un peuple…. Un tel homme qui crie le 'Chéma Israël' juste avant de mourir, c'est une image qui renvoie le peuple juif à des géants spirituels. En fait, Roï a parfaitement réussi à réconcilier des valeurs qui peuvent sembler a priori antagonistes mais qui ne le seront plus lorsque la Guéoula viendra : un grand héroïsme allié à la kédoucha et la pureté ! »

Éliraz Péretz

Éliraz a donné des noms emplis de significations à ses enfants : l'aîné s'appelle Or ‘Hadach (lumière nouvelle) Ouriel, la deuxième Hallel (louange) Miryam, la troisième Chir Tsion (Chant de Sion) et la dernière, le bébé qui ne connaîtra pas son père, Guili Bat Ami (Réjouis-toi, fille de mon peuple).

« Chacun de ses gestes et chacune de ses décisions renfermaient une signification, nous confie Chlomit, la veuve d'Éliraz. Il demandait chaque jour à Hachem : 'Ana Éli, je t'en prie mon D.ieu, fais de moi l'instrument de ta chli'hout !'. Mais aujourd'hui, Éliraz n'est plus là pour accomplir cette mission, et c'est à moi de reprendre le flambeau. »

C'est près du tombeau du frère d'Éliraz, Ouriel – tombé sur le champ de bataille libanais 12 ans plus tôt – que Chlomit a rencontré celui qui allait devenir son époux. « Je travaillais comme conseillère pédagogique dans une école et, à l'approche du Yom Hazikaron, j'ai voulu sensibiliser des élèves à ce sujet. J'ai pensé qu'il serait donc judicieux de leur parler de l'un des soldats mort au combat et d'étudier son histoire. Le destin a voulu que ce soit Ouriel... »

Puis Chlomit rencontre Myriam, la mère d'Ouriel, voilà tout juste neuf ans à 'Hol Hamoed Pessa’h : « Lorsqu'elle m'a parlé d'Ouriel, j'étais remplie d'admiration devant cette famille qui, malgré son immense douleur, relevait fièrement la tête. » Quelques semaines plus tard, le jour de Yom Hazikaron, Chlomit se rend au mont Herzl sur le tombeau d'Ouriel. Or, Éliraz est là, en uniforme de cérémonie. « Il était l'homme le plus vivant que je connaisse et en même temps, il portait sur lui tant de douleur... Une douleur qui lui a donné ce regard si profond sur tout. »

Nous sommes allés ensemble au Kotel et là, il m'a simplement dit ces mots : 'C'est pour ça !'

Quelques temps après les fiançailles a lieu en Judée-Samarie l'opération anti-terroriste « Remparts » menée par Tsahal. Éliraz est blessé, mais pour ne pas inquiéter ses parents, il ne donne pas son vrai nom à l'hôpital et dit s'appeler Israël Artsi : « A posteriori, il a trouvé que le nom qu'il avait choisi par hasard était très significatif puisqu'il signifie 'Israël est ma terre'… »

Depuis son enrôlement dans Tsahal, Éliraz a participé à toutes les guerres, mais chaque fois, Chlomit ne s'inquiétait pas : « Je me suis toujours dit : le malheur ne frappe pas deux fois à la même porte, Éliraz est protégé. Or je me suis trompée... »

Tsahal accordera ensuite deux ans de congé à Eliraz, deux années qu'il utilisera justement pour étudier à la yéchiva d’Éli : « C'est à ce moment-là que j'ai découvert un nouveau pan de la personnalité d’Éliraz. Il refusait par exemple que les enfants jouent avec des fusils en plastique…Il disait : ce sont des instruments de destruction, et moi je veux leur apprendre à construire ! »

L'étude de la Torah avec les enfants était une mitsva centrale à laquelle Éliraz tenait tout particulièrement. C'est pourquoi il a fondé un Talmud Torah dans le quartier de Hayovel à Éli où les enfants étudient l'après-midi. Or, les premiers à se joindre à Éliraz ont été les enfants de Roï Klein qu'il a pris sous son aile protectrice. « Un jour, il a ainsi proposé à Or ‘Hadach d'inviter Guilad et Yoav, les enfants de Roï, à se joindre à eux. Ils étudiaient ainsi chaque jour. »

Voilà pourquoi dès son retour à la maison après la Chiva et les fêtes de Pessa’h, Chlomit s'est empressée de rouvrir ce Talmud Torah local fondé par son mari. Une manière de reprendre le flambeau et la chli'hout d'Éliraz...

Paru sur le journal Hamodia - Édition française.

4/5/2014

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