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Un clin d’œil de l’Au-delà en pleine salle d’urgences

Un clin d’œil de l’Au-delà en pleine salle d’urgences

Le jour de l’inauguration de la pierre tombale de ma mère, la rabbanite Jungreis, ses paroles prononcées par le passé sont venues me réconforter.

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Je me trouvais dans ma cuisine en train de suivre les instructions d’une nouvelle recette de muffins quand les lames acérées de mon mixeur plongeant se sont enlisées dans les ingrédients solides. L’espace d’une seconde, je me suis dit : « il faut d’abord que je débranche la prise avant de dégager les lames » mais pour une raison que j’ignore je ne l’ai pas fait.

Je le sais. C’est une grave erreur.

J’ai glissé mon doigt pour enlever la masse de farine accumulée et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le mixeur s’est remis en marche… J’ai hurlé à mon mari d’appeler la Hatzala (les services d’urgences juifs). J’ai vite saisi un torchon, que j’ai bien serré autour de mon doigt en sang. Nous avons couru dehors, tandis que je soulevais ma main blessée en direction du ciel.

Quelques moments plus tard, nous avons entendu les hurlements des sirènes. Mon mari et moi avons grimpé dans l’ambulance. Quand les secouristes ont examiné ma plaie, j’ai tourné la tête car je n’avais pas le courage de la regarder. Sans l’ombre d’un doute, il fallait que je me rende à l’hôpital. J’ai fait de mon mieux pour afficher un sourire courageux à l’adresse de mon mari, mais pour être honnête avec vous, j’étais sincèrement effrayée. Je n’avais pas la moindre idée de la gravité de ma blessure. Et puis surtout, j’avais très mal.

Les volontaires de la Hatzala nous ont conduits, toutes sirènes hurlantes, à l’hôpital le plus proche. Ils nous ont accompagnés jusqu’aux urgences tout en nous rassurant que tout irait bien.

Tout autour de moi, des dizaines de patients attendaient d’être pris en charge. Dans une pièce attenante, des officiers de police étaient agglutinés autour d’un homme blessé, victime d’un coup de feu. D’autres malades gémissaient, allongés sur des brancards. La nuit va être très longue, ai-je pensé en observant la scène.

Le personnel de la Hatzala s’est chargé de mon admission et n’a pas tardé à revenir près de nous avec une nouvelle encourageante.

« Le médecin de garde ce soir est un chirurgien plasticien de renom. Il fait partie de notre communauté locale et le plus beau c’est qu’il est spécialiste de la main ! »

J’ai été envahie par un sentiment de reconnaissance. Mais je n’étais pas encore au bout de mes surprises.

« Je n’arrive pas à y croire, a renchéri mon mari en apprenant le nom du chirurgien, je le connais très bien. Nous avons grandi ensemble et avons fréquenté la même synagogue pendant notre enfance. » Et ce qui est encore plus incroyable, c’est que la synagogue en question se trouvait à Sao Paulo, au Brésil…

On m’a installée sur un brancard tandis que nous attendions le médecin qui était occupé à soigner un autre patient.

Mon mari s’est mis à faire les cent pas dans la pièce.

— Ta douleur est-elle supportable ? s’est-il enquis.

— Ça va, ai-je répondu en ébauchant un sourire.

D’innombrables pensées se bousculaient dans mon esprit. Pourquoi n’ai-je pas débranché la prise ? Qu’est-ce qui a bien pu me prendre ? Qui sait quels soins m’attendent ? Et qu’est-ce que j’ai mal !

Soudain, je me suis souvenue d’un enseignement que ma mère m’avait transmis plusieurs années en arrière. Quand Joseph fut vendu par ses frères et conduit en Égypte, il fut placé dans une caravane de marchandises. En temps normal, ces commerçants transportaient du goudron, mais pour épargner à Joseph cette odeur nauséabonde, Dieu fit en sorte que ce convoi précis transportât des épices parfumées. Quand Joseph humerait le parfum dégagé par ces aromates, il prendrait conscience du fait que Dieu ne l’avait guère abandonné. C’était là un message personnel de réconfort venu de l’au-delà : même au plus profond de son désarroi, Dieu veillait à son bien-être et se tenait à ses côtés.

Ce fameux soir, en pleine salle d’urgences, ce message m’est apparu dans toute sa profondeur.

Au cœur de notre souffrance, recherchons un clin d’œil de l’au-delà, un signe, même infime, de la bonté de Dieu. Efforçons-nous d’humer « le parfum des aromates » et c’est ainsi que nous relèverons nos défis tout en ayant la sensation d’être aimés. En dépit de la douleur.

« Nous voilà en pleine salle d’urgence, ai-je fait remarquer à mon mari. Nous sommes en pleine nuit, nous sommes tous deux exténués et j’ignore totalement ce que me réserve l’avenir. Mais malgré tout cela, je me sens rassurée. Le médecin de garde est un spécialiste de la main avec qui tu as passé ton enfance ! Quelle remarquable coïncidence ! Comme Joseph, J’ai l’impression de sentir le parfum des aromates ! J’ai l’intime conviction que le Tout-Puissant veille sur moi. »

Quelques instants plus tard, le docteur m’a soignée et, grâce à Dieu, ma main n’a pas subi de dommages irréversibles. Nous pouvions enfin rentrer à la maison.

Cela avait été une journée éprouvante. Le matin même, nous nous étions rendus au cimetière pour la cérémonie d’inauguration de la pierre tombale de ma mère bien-aimée, la rabbanite Esther Jungreis. Nous avions récité bien des prières, versé bien des larmes. Même si la distance qui nous sépare du tragique moment de sa disparition s’agrandit, la douleur reste toute aussi vive. J’aspire désespérément à partager ne serait-ce qu’encore une conversation, encore un rire, encore un repas de Chabbat, encore une bénédiction que je ne recevrai jamais.

Même si nous parvenons à nous rattacher aux leçons qu’un parent disparu nous a transmises, alors son âme nous accompagne éternellement, guidant nos pas, inspirant nos vies et nous insufflant force et courage. C’est cela le véritable héritage que nous laisse notre parent.

Ce fameux soir, en pleine salle d’urgences, les paroles de ma mère ont résonné au plus noir de la nuit, enveloppant mon âme d’un baume de réconfort.

26/7/2017

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