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La Capitale, Chap. 4 : Expédition au Moyen-Orient
Roman-feuilleton

La Capitale, Chap. 4 : Expédition au Moyen-Orient

Après une longue nuit de travail au journal l’Atractus, Angel doit retrouver Alex, son ami d’enfance. Mais un rêve étrange vient troubler son sommeil…

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(Composition : Aharon Daniel)

Résumé des épisodes précédents :

Après une longue nuit de travail au journal l’Atractus, Angel doit retrouver Alex, son ami d’enfance. Mais un rêve étrange vient troubler son sommeil…

Angel n’entendait pas le téléphone sonner. Il était totalement plongé dans un rêve qui le coupait de la réalité et brouillait ses sens. Il ne voyait et n’entendait que les visions du songe. Il ne savait même plus si c’était le jour ou la nuit. À l’autre bout du fil, Alex insistait. Il voulait confirmer le rendez-vous du soir car il espérait voir Angel avant son départ. Il aimait partager avec lui ses idées et ses espoirs, ses ambitions et ses réalisations. Dernièrement, il avait été sélectionné pour faire partie de l’équipe qui publiait, dans le cadre du département des Antiquités égyptiennes du Louvre, un recueil contenant la traduction de tous les papyrus de la collection parisienne. En fait, Alex ne se définissait pas lui-même comme égyptologue, mais comme papyrologue, spécialiste des papyrus, ce qui faisait toujours rire Angel qui l’appelait affectueusement « papy ». Leur amitié avait commencé au lycée, lorsqu’ils partageaient déjà de grandes discussions sur le sens de la vie. Ils avaient alors fait un pacte de non-futilité, s’engageant mutuellement à respecter les clauses suivantes :

–  Ne jamais s’entretenir de sujets superficiels,

–  Faire part de ses réflexions lorsqu’elles participent à l’amélioration de l’être,

–  Toujours vérifier ses sources et les citer lors des discussions.

Ces trois principes étaient scrupuleusement respectés et participaient à la richesse de leur relation intellectuelle. Ils partageaient leurs idées sans en faire part à d’autres et étaient jaloux de leur complicité. Ils avaient également adopté l’emblème de leur société secrète : l’échelle, symbole de Jacob, de l’ascension vers les hautes sphères et de l’exigence spirituelle et morale. Leurs parents admiraient leur sérieux et les encourageaient dans cette voie. C’est ainsi qu’ils avaient commencé à se fréquenter et avaient eux-mêmes tissé des liens d’amitié, hors du cadre de celle de leurs enfants.

Depuis quelque temps, Alex se faisait du souci pour Angel. Il sentait qu’il était un peu ailleurs, rêveur et pensif. Depuis plusieurs semaines, il était plus tendu, comme préoccupé par un projet dont il ne connaissait pas la nature. Il avait bon espoir qu’il réussirait ce soir-là à percer à jour son ami et à obtenir des informations sur son apparente inquiétude. Alex avait oublié de dire à Angel que la meilleure amie de Claire, son épouse, avait visité la Capitale et fait un récit détaillé de son séjour. Il était certain que son ami ne serait pas insensible aux détails fournis par ce témoignage. Quant au repas, Claire, qui ne serait pas là car elle était de garde à l’hôpital, avait préparé leur plat préféré à tous les deux. Il était donc certain de pouvoir lui faire plaisir avant son départ.

Une voix rauque lui répondit au bout du fil.

Alex tenta un nouvel appel. Cette fois-ci, une voix rauque lui répondit au bout du fil.

–  Allo, Angel ?

–  Lui-même…

–  Je t’ai réveillé ?

–  Exact…

–  Excuse-moi, je voulais confirmer le rendez-vous de ce soir.

–  À quelle heure ?

–  Huit heures, c’est bon pour toi ?

–  Parfait, merci et à tout à l’heure…

Angel raccrocha le téléphone. C’était l’obscurité totale. Il fut étonné de ne pas voir le jour, alluma sa lampe de chevet et revint progressivement à lui. Il avait fait un rêve étrange. Explorateur lors d’une expédition au Moyen Orient, il retrouvait la trace de Ramsès sur les bords du Nil. Le corps du Pharaon avait été enseveli puis fossilisé à trente mètres sous terre. Il tenait encore dans la main son sceptre, avec à son extrémité une tête de serpent. Angel était comme ensorcelé par cette vision et tentait de saisir le sceptre qui se transforma subitement en cobra vivant. Le Nil monta alors en crue et tous les explorateurs furent engloutis, excepté Angel qui parvint à atteindre les berges du fleuve. Ce fut alors comme une vision céleste. Des myriades de lumières étincelantes l’aveuglaient et il dut fermer les yeux pour ne pas perdre la vue. Il vit seulement le serpent, mort à ses côtés. C’est sans doute à ce moment fatidique que le téléphone avait sonné.

Angel se leva, étendit ses membres, bâilla longuement. Il ne ressemblait pas à l’explorateur téméraire de son rêve. Il se lava les mains, mit un peu d’eau sur son visage et alla s’assoir dans le salon. Il lui restait environ une heure avant de partir.

Sans vraiment savoir pourquoi, il eut un désir irrépressible de ranger tous les objets qui traînaient : des livres d’étude, des cahiers noircis par son écriture, des exemplaires de l’Atractus, un tabouret, une tasse à moitié pleine. En ouvrant le tiroir d’une petite commode, il tomba sur une enveloppe jaunie par le temps.

Il ressentit comme une décharge dans le cœur et ne put empêcher une vague puissante d’émotion envahir tout son être. Il prit l’enveloppe et tenta, une fois de plus, de lire la lettre qu’elle contenait.

Son père était atteint d’une grave maladie.

Quinze ans plus tôt, alors qu’il était encore adolescent, son père avait été atteint d’une grave maladie. En quelques mois, son état s’était dégradé, jusqu’à ce que ses jours soient sérieusement menacés. Angel était encore très jeune et n’avait pas vraiment réalisé l’ampleur du drame qui se jouait. Et puis une nuit, alors que sa mère était au chevet de son père à l’hôpital, un appel téléphonique vint lui apprendre l’irréparable. Le choc fut violent et terrible. Angel était fils unique et ne pouvait partager avec un frère les sentiments contradictoires et les questions qui le tourmentaient. Pourquoi un homme droit et bon avait-il disparu si jeune ? Pourquoi devrait-il, orphelin, traverser désormais l’existence en solitaire, sans l’appui et la considération de son père, sans le sourire de celui qu’il aimait, sans le baiser réparateur qui vient consoler des déceptions de la vie, sans les encouragements protecteurs de celui sur qui on peut toujours compter ? C’est à cette époque qu’il se rapprocha encore davantage d’Alex, qui devint son inséparable confident. Celui-ci l’écoutait, lui prodiguant des conseils et lui mettait un véritable baume au cœur, par sa simple présence.

Quelques jours après la mort de son père bien aimé, auquel il vouait une admiration et un amour sans borne, Angel reçut une lettre. 

Il reconnut immédiatement l’écriture carrée de son père, un peu tremblante cependant. Il décacheta l’enveloppe la poitrine serrée, sentant son rythme cardiaque s’accélérer. Deux pages avaient été écrites par son père, dans ses derniers instants et avec son dernier souffle.

«  Mon cher fils, couronne de ma vie,

Lorsque tu découvriras ces mots, je serai déjà dans un autre monde. J’ai tenu à t’envoyer cette lettre par la poste, comme un témoignage d’outre-tombe, pour que tu ressentes que je ne suis mort qu’en apparence. Je te parle sans être physiquement à tes côtés. Mais pourtant, et c’est le grand secret de la condition humaine, la mort n’est ressentie comme telle que par les vivants. Pour ceux qui sont déjà dans le monde à venir, elle n’existe pas.

Je voulais te dire, mon fis chéri, de ne pas être triste. Même si la séparation est douloureuse, elle ne doit pas être une source de désespoir ou de déréliction. Tu dois rester fort pour ta mère, fort pour toi-même. Ta vie ne fait que commencer et la consolation viendra grâce au temps, qui atténue toutes les peines. Alors que je me sens déjà appartenir à une autre réalité, plus profonde et plus lumineuse, je te laisse, comme testament épistolaire, cette lettre pleine d’amour pour toi, mon cher et adorable enfant, que j’ai aimé chaque jour de ma vie plus intensément. Lorsque tu étais petit, ton caractère volontaire faisait de toi un garçon responsable. Tu étais aussi délicieux que la meilleure des friandises et ta mère te croquait à longueur de jour. Plus tard, tu as su contrôler tes tendances impétueuses. Ce contrôle de soi est ton bien le plus précieux et tu dois le cultiver afin de devenir celui que tu es vraiment.

Lorsque tu seras prêt, tu comprendras les quelques réflexions que je te livre maintenant et qui t’aideront tout au long de ton chemin. »

C’est sur ces mots que se terminait la première page.

Angel la relut en la couvrant de ses larmes, comme il l’avait fait tant de fois par le passé. Submergé par les émotions, il n’avait jamais réussi à lire la seconde, malgré sa curiosité naturelle. Et plus il différait sa lecture, plus il craignait d’en découvrir les mots. Depuis des années, il voulait lire le contenu de cette lettre « d’outre-tombe » mais n’y parvenait jamais. Il savait que le moment venu, elle retentirait comme des paroles vivantes. Si bien que depuis quinze ans, il n’avait jamais voulu, ou jamais pu la lire. Il ne se sentait pas « prêt ». Était-ce le moment ? Après quelques secondes de réflexion, il remit la lettre dans l’enveloppe et chassa de son esprit cette éventualité.

Pour oublier ces souvenirs douloureux, il eut besoin d’action. Il se mit à l’œuvre et rangea tout ce qui traînait. En quelques minutes, le salon était parfaitement ordonné. Mais cela ne le satisfit pas. Il trouvait que la pièce était encore trop encombrée.

Trop de meubles, se dit-il.Il s’en prit d’abord à la commode sur laquelle il posait généralement sa casquette et ses clefs et la mit dans l’entrée. Puis il déplaça jusqu’à la chambre une bergère imposante. Il décrocha du mur une reproduction, la plaça derrière une bibliothèque. Quant à la petite table qui lui servait de bureau, il la plia avant de la mettre sur le balcon. Il y voyait plus clair. La pièce était changée et formait comme un espace ouvert où les pensées d’Angel pouvaient librement évoluer. Il mit une dernière touche à son œuvre en retirant les rideaux des trois fenêtres, qu’il rangea dans l’armoire. Le salon était méconnaissable. Pratiquement vide, il ne restait qu’un fauteuil en cuir noir et la bibliothèque remplie de livres. Angel s’assit pour contempler la pièce métamorphosée et une sensation de plénitude l’envahit. Il ne ressentait pas la faim. Pourtant, il était à jeun depuis la veille.


Rendez-vous jeudi 17 avril pour découvrir le chapitre 5...

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