Mes parents avaient annoncé  qu'ils venaient chez nous pour une longue visite. Cela aurait parfait, sauf que je leur parle à peine. Mon père est un homme violent, verbalement et physiquement. Quand j’étais jeune, il profitait de chaque occasion, en privé et publiquement, pour m'insulter et m'humilier. Si je m'enfuyais dans ma chambre, il m’attrapait et me tirait dans toute la maison, tout en continuant à me hurler dessus. Il devait toujours avoir le dernier mot, et voulait s’assurer que je l'écoutais. Ma mère était un agresseur passif, un facilitateur. Elle menaçait vaguement mon père quand elle avait atteint les limites de ce que son propre psychisme pouvait supporter. Elle n'a jamais pris de vraies mesures pour me défendre. J'ai vécu dans une terreur constante. Lorsque je suis finalement allée à l'université, la pensée de rentrer à la maison passer l'été me donnait six semaines de migraines et de vomissements. J'ai déménagé loin de la maison de ma difficile enfance pour me construire une nouvelle vie, saine, orientée vers le Judaïsme (je suis maintenant mariée avec trois merveilleux enfants). 
 
J'ai déménagé pour échapper à mes parents, et maintenant, ils avaient des exigences. Je me sentais envahie. 
 
Au début, j'ai essayé de les convaincre de ne pas venir, et j'ai essayé de mon mieux de leur montrer du respect. « Nous sommes désolés, mais ce n'est pas le bon moment pour nous. » Cela n'a pas fonctionné, alors j'ai essayé de les convaincre au moins de raccourcir leur séjour. Mais ils étaient décidés. Je me sentais écrasée. J'ai alors demandé conseil à un expert, et elle a tout simplifié: 

Nous ne sommes prêts à discuter ni d'argent, ni de politique, nide religion.

«Ils ne respectent aucune  frontière. Enfant, vous avez été incapable de fixer des limites et de les appliquer, alors maintenant, vous avez besoin de travailler sur ces limites et de définir vos frontières très clairement. Dites-leur : « En raison des circonstances, nous sommes incapables de vous recevoir chez nous. » Et quant à vous, décidez ce que vous ferez s’ils violent ces limites. » 
 
Avec l'aide de mon mari, nous leur avons envoyé une lettre qui précisait clairement nos limites: « Etant donné la situation, vous devrez vous trouver un endroit pour dormir pendant votre séjour. Nous ne serons en mesure de vous rencontrer qu’à quelques reprises, et uniquement pour quelques heures, et seulement en plein air ou dans des lieux publics. Nous ne sommes pas disposés à parler d'argent, de politique, de religion ou des détails de notre situation personnelle. » 
 
Evidemment, ils en furent blessés. Mais avec des gens autoritaires et abusifs, notre seul choix (à moins de les exclure complètement, ce que nous espérons ne jamais devoir faire), était de donner la priorité à notre propre sécurité, et surtout à la sécurité de nos enfants. 
 
Je pensais que leur réaction m’aurait anéantie, mais je me suis sentie au contraire renforcée. Je ne pouvais pas les rendre plus raisonnables, et après tout ils sont libres de prendre leurs propres décisions. Mais je ne devais pas non plus devenir leur victime passive. Au lieu de cela, j’ai pu mettre en place mes limites et de me défendre. Je n'avais jamais réalisé cela avant. De plus, je n’avais plus besoin de perdre mon temps et mon énergie à m’inquiéter: «Que vais-je dire si ils disent ça, ou ça ? ... » Je pouvais désormais tout simplement répondre : « Je ne peux pas discuter de cela maintenant. Si vous continuez, je vais raccrocher le téléphone. » Ce fut pour moi comme une nouvelle liberté, une nouvelle santé psychique. 
 
Une fille débarrassée de sa culpabilité. 
 
Cependant, cela faisant, est-ce que je ne manquais de respect envers mes parents? Devais-je encore les honorer? Les parents violents savent ce que disent les Dix Commandements: « Tu dois m'écouter parce que Dieu l’a dit ! Ah ! » Difficile de nier ça, n'est ce pas? On veut faire ce qu’il faut, surtout si on est un enfant, on veut vraiment faire ce que Dieu a dit de faire. 
 
J'ai maintenant appris que cette Mitsva (et toutes les autres) est beaucoup plus complexe que je ne le pensais quand j’étais enfant. Dès la petite enfance, la façon dont un parent agit envers son enfant forme dans la conscience de l'enfant un modèle de la manière dont Dieu se comporte avec nous. Le rôle principal d'un parent, par conséquent, est de communiquer à l'enfant: tu es aimé et chéri. Tu es unique et spécial, créatif et talentueux. Tu es protégé. Tu n’es jamais seul. 

Le handicap émotionnel peut être difficile à surmonter plus tard dans la vie.

Si un parent se montre insensible et peu digne de confiance, il définit inconsciemment dans l'esprit de l'enfant que Dieu doit être en quelque sorte pareil. Ceci est un handicap émotionnel qui peut être difficile à surmonter plus tard dans la vie. 
 
Je n'ai pas besoin de rembourser ou d'indemniser mes parents pour ce qu’il leur en a coûté de m’élever, je n'ai pas besoin de leur permission pour suivre mes rêves, et je n'ai certainement pas besoin de mettre moi-même ou mes enfants en danger, physiquement ou émotionnellement, à cause de leur insensibilité. Au contraire, j'ai besoin de me protéger et de protéger les autres. En bref, je pourrais me sentir débarrassée de mon sentiment de culpabilité pour la première fois de ma vie. 
 
Enfant, je me suis senti prise au piège leurs abus et de leur insensibilité. Adulte, je peux apprendre à me débrouiller différemment. J’ai hâte d'avoir une relation adulte avec mes parents, dans des conditions saines. Un jour, avec l'aide de Dieu, ce sera possible. 
 
Cet article a été préparé en collaboration avec Yaffah daCosta-Sacks, qui dirige à Jérusalem une entreprise de haute technologie, et qui a travaillé comme consultante en gestion pendant plus de 30 ans, et qui s’est récemment impliquée dans le Coaching pour une Vie de Torah et en Coaching Torah Transition (pour les malades en phase terminale). 
 
L'auteur écrit sous un pseudonyme.