Deux événements distincts se partagent les titres des journaux dans le monde entier. Le pape François suit les traces de ses deux prédécesseurs et vient en pèlerinage sur la terre sainte d’Israël. Exactement au même moment, le monde assiste avec effroi à la scène des terroristes de Boko Haram au Nigéria contrecarrant impudemment tout effort de libérer les 276 écolières qu’ils ont cruellement kidnappées et menacé de vendre en esclavage.

Quel est le lien entre ces deux événements qui n’ont à priori rien en commun ?

À mes yeux, ils mettent en évidence le message capital que le chef de l’Église catholique doit retenir de sa visite de l’État juif qui continue à être menacé par ceux qui aspirent à le détruire totalement : en grande partie, les juifs et les chrétiens font face à un ennemi commun.

Dans une vidéo récente, le chef du groupe Boko Haram, Abukabar Shekau a tenté de justifier ses agissements criminels en prétextant qu’il avait « libéré les jeunes chrétiennes en les convertissant à l’islam. »

D’après l’institut de sondage Pew, les chrétiens sont aujourd’hui le groupe religieux le plus persécuté.

Ce que nombre d’entre nous oublient, c’est que les Juifs ne sont pas les seules victimes du fanatisme islamique. Le corollaire abject de l’antisémitisme est l’état d’esprit violemment antichrétien qui règne dans presque tous les pays musulmans, une haine si prononcée qu’une nouvelle étude de l’institut Pew révèle de manière frappante : « Les chrétiens d’aujourd’hui sont le groupe religieux le plus opprimé dans le monde. »

Et où cette persécution a-t-elle cours essentiellement ? Principalement dans le monde islamique. Dans la catégorie des « Pays disposant de réglementations gouvernementales très sévères en matière de religion », Pew énumère 24 pays, 20 d’entre eux étant islamiques et précisément ceux où l’écrasante majorité des chrétiens « du monde » sont en réalité victimes de persécutions.

La semaine dernière, le Los Angeles Times a publié l’histoire d’une épouse et mère enceinte de huit mois vivant au Soudan, condamnée à mort par pendaison pour avoir refusé de renoncer à Jésus et d’embrasser l’islam. Meriam Yehya Ibrahim, mère d’un jeune garçon et mariée à un chrétien du Sud-Soudan, a violé la loi islamique de la Charia, a annoncé le tribunal. Le tribunal a également condamné Ibrahim à la flagellation pour avoir eu des relations avec sa femme, étant donné que leur mariage n’est pas reconnu par les autorités. Les autorités soudanaises refusent au fils d’Ibrahim d’habiter avec son mari, celui-ci étant chrétien.  

Cet article met en évidence le fait qu’aussi tragique que soit cette histoire, elle se produit très fréquemment dans les pays musulmans. Pourquoi ? La loi islamique punit en effet concrètement les apostats de l’islam - y compris en les condamnant à mort - en conformité avec les commandements du prophète musulman Mohammed.

L’association des droits de l’homme Open doors a publié en janvier 2014 sa Liste de surveillance mondiale, attirant l’attention sur les 50 premiers pays à persécuter les chrétiens. L’écrasante majorité des pays inclus dans cette liste - et neuf parmi les dix pays commettant les plus graves infractions - sont musulmans, et comprennent des pays parmi les alliés des États-Unis (l’Arabie saoudite, le Koweït), et ses concurrents (l’Iran) ; parmi des pays riches sur le plan économique (le Qatar) et des pays pauvres (la Somalie et le Yémen) ; parmi des nations de « la République islamique » (l’Afghanistan), des « démocraties » (l’Irak), et des pays « modérés » (la Malaisie et l’Indonésie). 

Malheureusement, grâce aux médias dominants, peu d’Occidentaux comprennent la véritable échelle de ce qui se trame ou la nature des horreurs qui sont en jeu. C’est une triste vérité que des chrétiens de par le monde sont tués, violés, pillés, enlevés, convertis de force à l’islam, ou bien opprimés par les musulmans ; ils vivent à la merci de la foule et reçoivent peu ou pas de protection de la police ou d’autres instances gouvernementales.  

Dans son nouvel ouvrage, Crucifié à nouveau : présentation de la nouvelle guerre de l’islam contre les chrétiens (Crucified Again: Exposing Islam’s New War on Christians), Raymond Ibrahim, un spécialiste renommé et largement respecté du Moyen-Orient, documente avec moult détails choquants la mesure de cette tragédie largement méconnue du public, une tragédie qu’il désigne comme « un génocide religieux global », avançant un chiffre d’environ 100 millions de chrétiens victimes de persécutions.

Ibrahim explique le socle théologique sur lequel les musulmans s’appuient pour persécuter les chrétiens. Il cite la croyance islamique selon laquelle les versets hostiles désignant les chrétiens comme des « infidèles » n’apparaissent que vers la fin, donc ils l’emportent sur toute tolérance pour les chrétiens constatée dans des versets antérieurs. Ibrahim écrit : « Le dernier mot du Coran sur le sort des chrétiens et des juifs se trouve dans les versets 9:29 du Coran où Allah ordonne aux croyants [de les combattre]… "jusqu’à ce qu’ils paient avec une soumission enthousiaste et se sentent soumis." »

 Dans le monde arabe, un proverbe ancien très connu circule : « Premièrement, on s’occupe du peuple du samedi, ensuite on se charge du peuple du dimanche. » Les musulmans fanatiques d’aujourd’hui ont toutefois décidé de s’attaquer simultanément aux infidèles des deux groupes : les chrétiens aussi bien que les juifs sont désormais identifiés comme une juste cible du jihad. 

Nos frères aînés

Il y a quelques années, j’eus le privilège de conduire un groupe de 150 rabbins et cantors pour rencontrer le Pape Jean-Paul II. L’objet de notre visite consistait à lui exprimer notre gratitude suite à sa visite en Israël où il avait placé, geste émouvant, une prière personnelle dans le Kotel, le Mur occidental, implorant Dieu de lui pardonner et de pardonner le christianisme « pour les fautes commises contre le peuple juif au cours de l’histoire. » Lorsque le Pape Jean-Paul II prit la parole devant notre groupe, il s’assura de se référer à nous comme à « des frères aînés. »

Cette phrase fut presque reprise mot à mot par le Pape François le 10 novembre dernier, dans son discours de solidarité marquant le 75ème anniversaire de la Nuit de Cristal, commémorant les attaques visant les Juifs et leurs biens dans l’Allemagne nazie. Il décrivit alors le peuple juif comme « les grands frères » de son peuple de catholiques.

Leur désir de tendre la main à notre peuple en tant que grands frères a pris une nouvelle dimension profondément contemporaine. Les chrétiens et les Juifs ont besoin de reconnaître une fraternité partagée qui trouve ses racines dans un statut de victime commune : nous sommes tous deux confrontés à un fanatisme qui recherche une domination universelle exclusive ainsi qu’une annihilation forcée de ceux qui appartiennent à une autre religion.  

Lors de sa visite en Israël, le Pape François visitera des lieux saints du christianisme traités avec respect et révérence, il rencontrera des chrétiens libres de vivre leur religion en accord avec leurs croyances, et un christianisme qui a la dignité d’une religion bénéficiant des mêmes droits que tous les autres dans un État démocratique et juif.

C’est un phénomène bien rare au Moyen-Orient.

Je ne peux que prier pour que le pape François prenne à cœur cette immense différence entre ses hôtes israéliens et ces autres qui sont les ennemis déclarés des « peuples du samedi et du dimanche ».