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Patinage artistique au son de

Patinage artistique au son de "La liste de Schindler"

La jeune prodige russe Julia Lipnitskaya a choisi d’effectuer son programme libre au son de la musique de "La liste de Schindler". Offense ou hommage ?

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La performance olympique de la patineuse artistique russe Julia Lipnitskaya n’a laissé aucun spectateur de glace. Avec un programme libre effectué sans fautes, la jeune protégée d’à peine quinze ans est devenue l’une des plus jeunes patineuses à remporter la médaille d’or sous les ovations de la foule électrisée.

Mais le choix de la musique d’accompagnement et du costume de la championne ont provoqué bien des commentaires. Car le morceau qu’elle a choisi est tiré de la bande originale de La liste de Schindler, composé par John Williams et joué par le violoniste israélien Isaac Perlman en 1994. Qui plus est, le costume rouge de Lipnitskaya n’est pas sans rappeler celui de « la fille au manteau rouge » (qui est en couleur alors que le film est en noir et blanc) que l’on aperçoit dans la scène la plus touchante du film lors de la liquidation violente des juifs du ghetto de Cracovie.

L’adaptation de Lipnitskaya de la Liste de Schindler a provoqué des réactions mitigées. Sur un Tweet populaire, on pouvait lire : « La liste de Schindler version patinage ? Décidément, on aura tout vu ! » Un autre internaute de renchérir : « À quand un programme de patinage au son du Journal d’Anne Frank ? » D’autres, comme la BBC ont défendu les choix de Lipnitskaya, en soulignant la beauté et le bon goût de son programme,

Une chose est certaine, l’utilisation de la bande originale et de l’imagerie de La liste de Schindler nous prouve une fois de plus l’universalité de ce film à grand succès. Cela dit, utiliser ce film à de telles fins c’est prendre le risque de le galvauder, lui et les évènements dont il se fait l’écho. De le transformer en un raccourci trompeur pour provoquer une hyper-émotion qui n’a pas vraiment été méritée. En d’autres termes, l’incarnation de cette petite fille au manteau rouge serait un stratagème permettant d’évoquer les émotions de cette scène poignante du film, sans pour autant exiger du spectateur qu’il fournisse la réflexion sous-jacente à ces émotions.

Car dans le film, la scène de la fille au manteau rouge cristallise à elle seule toute l’horreur de la Shoah. Depuis le Moyen-âge, Cracovie avait été un bastion du judaïsme. Mais avec l’occupation nazie de la Pologne, les juifs de Cracovie et de toutes les villes et hameaux environnants furent confinés dans un ghetto de la ville, encerclés par des barrières en fil de fer, et employés de force dans de nombreuses usines, dont celle d’Oskar Schindler. Pour de nombreux juifs, ce ghetto se révéla être l’antichambre des camps de la mort puisqu’en mai 13-14, le ghetto fut officiellement liquidé : 2000 juifs furent fusillés et le reste furent déplacés vers le camp de travail forcé de Plaszow et celui d’Auschwitz.

L’émotion suscitée par cette scène doit aussi beaucoup à la musique de fond qui l’accompagne : la fameuse chanson juive intitulée Oyfn Pripetchik (Au coin du fourneau) et dont les accords se fondent si bien avec le thème de La liste de Schindler.

Composée par un avocat juif d’Ukraine, Mark Warshawsky dans les années 1800, Oyfn Pripetchik est devenu un grand succès dans les communautés yiddishophones au quatre coins de la terre.

Oyfn Pripetchik brosse le portrait d’un monde dans lequel l’antisémitisme est omniprésent, où les juifs sont perpétuellement menacés de souffrance, de danger, d’exil de leur terre d’Israël. Mais dans lequel ils réagissent avec courage, et affrontent l’adversité avec optimisme.

Cette chanson est loin d’être aussi simpliste qu’elle n’en paraît : elle raconte l’histoire d’un rabbin qui enseigne les lettres de l’alphabet hébraïque à de jeunes enfants dont il parvient à retenir l’attention par des promesses de récompense. Au passage, il les met en garde contre les nombreux obstacles auxquels ils se heurteront : la difficulté d’apprendre quelque chose de nouveau, les menaces et les dangers que le destin pourrait leur réserver. Mais, comme il le souligne si justement, ce sont ces lettres hébraïques, et l’enseignement du judaïsme qu’elles véhiculent, qui seront les gageures de leur épanouissement, et les aideront à traverser tous les dangers.

Un message livré en filigrane qui dit en substance : approfondir la mission et la vocation du juif est la meilleure défense qui puisse exister face à l’antisémitisme !

Plusieurs versions d’Oyfn Pripetchik circulent ; voici les paroles de l’une d’entre elles, interprétées par l'artiste Sam Glazer.

Yiddish Medley
Production et arrangement : Sam Glaser
Extrait de l'album : The Songs We Sing
www.samglaser.com

(Refrain): Oyfn pripetshik brent a fayerl,
Un in shtub iz heys,
Un der rebe lernt kleyne kinderlekh,
Dem alef-beys.
Dans le foyer brûle un petit feu
Et il fait chaud dans la maison
Et le rabbin enseigne aux petits enfants
L’alphabet hébraïque

 

Zet zhe kinderlekh, gedenkt zhe, tayere,
Vos ir lernt do;
Zogt zhe nokh a mol un take nokh a mol:
Komets-alef: o!
Regardez donc, enfants, souvenez-vous, chers enfants,
De ce que vous apprenez ici,
Répétez encore une fois, et encore une fois
"Komets alef: o!"

Lernt, kinder, mit groys kheyshek,
Azoy zog ikh aykh on;
Ver s'vet gikher fun aykh kenen ivre -
Der bakumt a fon.
Étudiez, les enfants, avec un grand désir,
Ce que je vous enseigne;
Celui de vous qui lira l'hébreu en premier
Recevra un drapeau.

Lernt, kinder, hot nit moyre,
Yeder onheyb iz shver;
Gliklekh der vos hot gelernt toyre,
Tsi darf der mentsh nokh mer?
Étudiez, petits enfants, n'ayez pas peur,
Tout début est difficile,
Heureux l'homme qui étudie la Torah,
De quoi d'autre aurait-il besoin?

Ir vet, kinder, elter vern,
Vet ir aleyn farshteyn,
Vifl in di oysyes lign trern,
Un vi fil geveyn.
Quand vous serez plus vieux, chers enfants,
Vous comprendrez tout cela:
Combien de larmes se trouvent dans ces lettres
Et combien de plaintes.

 

Az ir vet, kinder, dem goles shlepn,
Oysgemutshet zayn,
Zolt ir fun di oysyes koyekh shepn,
Kukt in zey arayn!
Pendant que vous endurerez l'exil,
Et serez épuisés,
Tirez votre force de ces petites lettres,
Jetez-y un coup d'œil.

 

13/2/2014

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Vos réactions : 5

(5) Ytzhok, May 29, 2014 3:12 PM

Une musique incomparable.

En tenant compte du coût et des enjeux liés à l'obtention d'une médaille olympique, il serait irréaliste de songer que ce choix musical ait une connotation négative. Le risque aurait été trop gros. De plus, les Russes "qui savent" ont un attachement profond, ancestral, et indéfectible aux Juifs et à Israël. Donc lorsqu'il s'agit de gagner, on prend ce qui se fait de mieux !

Et sutrtout, cette musique Yidish a été choisie, tout simplement parce que la musique juive (si elle existe...) est la meilleure, la plus profonde, la plus belle, et la plus pure. La seule musique capable de tirer des larmes de bonheur. La seule musique qui sait parler aux coeurs et aux âmes.

En voici encore un exemple flagrant:

http://www.youtube.com/watch?v=WVSv-6KWS2w

http://www.youtube.com/watch?v=eSY7aGz32dM

(4) claire haffner, February 17, 2014 10:59 AM

la musique de la liste schindler

shalom,

à mon avis il y a une troisième possibilité : l'ignorance : je suis catholique, religieuse, je me suis découvert juive du côté paternel et maternel parce que mon père me l'a dit avant de mourir. Depuis, j'essaye à la fois d'approfondir mes racines et de faire comprendre aux chrétiens qu'ils ne sont rien sans Israël qui leur a tout donné. Il m'est arrivé plusieurs fois d'aller parler d'Israël dans une communauté de jeunes qui se forment à l'évangélisation et qui viennent du monde entier, y compris de l'ex.URSS. Il y en avait plusieurs, l'année dernière, qui venaient de la "Jérusalem du nord" autrement dit Vilna si je ne me trompe. Elles avaient autour de 20 ans : elles ignoraient tout de l'histoire précédant la Shoa, ce que je leur ai raconté - en m'aidant du livre du père Patrick Desbois "porteurs de mémoire" - et des livres de Raul Hilberg "la destruction des juifs d'Europe" - les a bouleversé profondément. On leur a tellement appris d'âneries "soviétiques", comme a Varsovie, où j'ai entendu la guide de 25 ans dire "les polonais marchent sur les trottoirs, mais les trottoirs et les maisons appartiennent aux juifs" et ou j'ai rétabli la vérité lors d'une explication "musclée" qui a duré plus d'une heure. A mon avis, cette jolie fillette ignore le contexte de cette chanson, elle a probablement été inspirée par la beauté de la musique sans aller chercher plus loin. Je vois ça tous les jours dans les jeunes de mon entourage, c'est le règne du "surf" et du "zapping" et aussi de la falsification de l'histoire.

merci de continuer à m'envoyer votre newsletter, j'apprends beaucoup, et j'étudie aussi avec Akadem.

Comptez sur ma prière pour Israël, sur sa terre et dans le monde, que l'Eternel vous garde, sr Claire

(3) isabel grau, February 14, 2014 4:39 PM

idem

idem a reflechir isabel

(2) Lavigne/ROSENZWEIG, February 13, 2014 2:14 PM

Qui a dit "honni soit qui mal y pense?"

Le message est fort. Il faut y voir une bénédiction, qui dit souviens toi! en ces temps troublés, les mauvaises langues sont légion. Ne prettons pas le flanc, au point de sembler "paranos. Le trop est l'ennemi du Bien. En voyant ce spectacle, j'aurai vu un rappel de la musique ydisch, qui n'est plus chantée dans les rues, comme avant à STRASBOURG. Je trouve agréable et rassurant de voir une patineuse provouvoir une culture qui fait aujourd'hui l'objet de recherches, comme une "civilisation " en voie de disparition.

(1) dieudonné, February 13, 2014 11:22 AM

Malaresse et innocence?

Personnellement,je n'aurais pas utilisé cette musique dans ce cadre;mais je ne crois pas qu'il y ait eu offense ni intention malsaine;et la beauté de sa prestation démontre une intelligence,un bon goût,aux antipodes de la vulgarité inhérente aux racistes,aux intolérants,...Le débat est cependant pertinent.

 

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