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« Exodus » : le film qui se moque de la Bible

06/01/2015 | par rabbin Benjamin Blech

Pourquoi la toute dernière version hollywoodienne de l’Exode est une véritable imposture.

À en croire les habitués d’Hollywood, 2014 a été officieusement sacrée « Année de la Bible. » À quelques jours du Nouvel An, c’est le nouveau blockbuster de Ridley Scott, « Exodus : Gods and Kings » qui est venu s’ajouter à une longue série de films basés sur des thèmes bibliques à l’affiche au cours des 12 derniers mois.

En février, c’est le 20th Century Fox qui avait ouvert la marche avec la sortie d’un film chrétien basé sur la minisérie La Bible, qui avait fait un véritable carton d’audience outre-Atlantique lors de sa diffusion en 2013. Paramount lui avait emboité le pas en mars avec Noé, un remake du récit biblique du déluge à la sauce Darren Aronofsky. Et pour clore le tout, juste à temps pour briguer les Oscars, est arrivé « Exodus : Gods and Kings » qui espère capturer entre ses filets l’immense marché des cinéphiles qui tiennent la Bible pour sacrée.

Qu’est-ce qui explique la soudaine résurgence d’intérêt d’Hollywood pour le Livre saint ? Qu’on ne se méprenne guère, la Mecque du cinéma n’a pas subitement renoué avec la foi. La véritable raison de cet engouement pour la Bible est nettement plus pragmatique. Et c’est exactement la même raison qu’invoquait Willie Sutton, le légendaire braqueur américain, quand le FBI lui demandait pourquoi il s’attaquait aux banques : « Parce que c’est là où se trouve le fric ! »

La Bible est le livre le plus vendu de l’année, année après année.

Voici le résultat d’une étude remarquable. Parmi les 15 plus gros succès de tous les temps au box-office mondial, inflation prise en compte, combien sont des adaptations de bandes-dessinés cultes ? Aucun. Combien s’inspirent de la Bible ? Deux : Les Dix Commandements et Ben Hur.

Car comme le révèle une statistique récente publiée dans le magazine The New Yorker, la Bible n’est pas seulement le livre le plus vendu de tous les temps, c’est aussi le livre le plus vendu de l’année, année après année.

Et c’est la raison pour laquelle la liberté qu’Hollywood a trop souvent prise dans ses mises à l'écran de thèmes bibliques – et d’autant plus dans le film Exodus – est plus qu’inexcusable. Ce n’est rien de moins qu’une profanation du saint et une dérision du sacré.

Selon un sondage 2014 effectué sur 1200 adultes américains, 79 pourcent des Chrétiens affirment qu’en matière de films abordant des questions de religion, la fidélité au texte est un facteur déterminant dans leur décision d’achat de places de cinéma. Même si les Juifs ne faisaient guère partie du sondage, j’imagine que ces chiffres seraient au moins identiques à cet égard. Autrement dit, les cinéphiles croyants souhaitent un film biblique qui colle au texte et qui respecte autant que faire se peut l’exactitude des faits. Regarder un tel métrage pourrait ainsi renforcer leur foi et ajouter une composante visuelle à leur respect pour le texte sacré. En outre, les parents auraient la satisfaction de voir leurs enfants exposés à une représentation fidèle de ces récits qui forment la base de leurs valeurs morales et de leur éthique

Passons maintenant à Exodus, le film. Moïse, l’homme que nous avons toujours considéré comme un héros dans le récit biblique de la délivrance des Israélites de l’esclavage en Égypte, est interprété par Christian Bale. (Je garderai le silence quant à l’ironie dont seul Hollywood est capable en transformant un Chrétien en le plus grand juif de l’histoire). Or dans une conférence de presse à Hollywood, ce dernier a décrit le personnage qu’il incarnait comme « schizophrène » et « barbare ». Se basant sur l’évolution du leadership de Moïse tel qu’il est représenté dans le scénario, Bale en a même conclu : « Je pense que cet homme était l’un des individus les plus barbares dont j’ai jamais pu lire l’histoire. »

Mais ce n’est qu’un début ! Attendez donc de voir les 20 premières minutes du film qui met en scène Moïse le guerrier dans l’armée de Pharaon et son aide-de-camp ; Moïse le « gros bonnet » du cabinet de Pharaon ; Moïse engagé dans une relation digne de Caïn et Abel avec un autre fils de Pharaon : en bref, Moïse le personnage de dessin animé sorti droit de l’imagination du producteur. Lequel n’a visiblement pas les moindres scrupules à troquer fantasmes hollywoodiens contre faits bibliques.

Passons maintenant aux miracles. Ceux qui se souviennent comment Cecil B. DeMille, à une époque où les effets spéciaux de la photographie digitale n’existaient pas encore, avait dépeint avec brio le partage de la mer rouge et de noyade des Égyptiens seront extrêmement déçus de découvrir que tout cela n’avait rien de miraculeux. Car selon Ridley Scott, le partage de la Mer Rouge ne fut pas l’œuvre de Dieu mais le résultat fortuit d’un tremblement de terre qui, par un bienheureux hasard, se produisit au moment précis où les Israélites durent prendre la fuite. Et bien entendu, les plaies qui précédèrent le départ des Israélites y sont également assimilées à de simples produits de phénomènes naturels.

Dieu est représenté comme un enfant entêté, coléreux et irascible.

Mais vous n’avez pas encore lu le pire. Ce qui va sans aucun doute indigner de nombreux spectateurs, même parmi ceux qui sont prêts à par l’exhibition de fiction en tant que réalité, est l’incroyable décision de représenter Dieu par un enfant, interprété par la voix de l’acteur britannique de 11 ans Isaac Andrews, comme une déité impatiente, acariâtre et lunatique. Les représentants du groupe Faith-Driven Consumer, ont ressenti que « la représentation de Dieu comme un enfant entêté, coléreux et irascible sera une pierre d’achoppement pour la plupart des croyants du monde entier. »

Ce film mérite d’être préfacé par une mise en garde en caractère gras que « toute ressemblance entre ce qui suivra et le livre évoqué dans le titre est purement accidentelle – et malséante. » Mais si les producteurs étaient honnêtes, ils ne tireraient pas profit du vaste public qui est assoiffé de sagesse divine.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à cette histoire classique d’un garçonnet qui rentre du Talmud Torah et à qui son grand-père demande : « Qu’as-tu appris aujourd’hui ? »

— Et bien, répond l’enfant, le prof nous a parlé de Moïse et des Enfants d’Israël et de la Mer Rouge

— Et que vous a-t-il raconté à ce sujet ? S’enquiert le grand-père.

— Tu vois, Papi, cela faisait très longtemps que les Juifs étaient esclaves en Égypte quand Moïse est arrivé et a organisé leur révolte. Ils ont fait des tas de grèves et de manifs. En bref, ils ont fait tellement de grabuge à Pharaon que celui-ci a finalement baissé les bras et les a laissés partir. Ils sont arrivés jusqu’à la Mer Rouge et ont installé leur camp pour s’y reposer. Moïse a envoyé quelques uns de ses avions de reconnaissance ; vois-tu, il n’avait pas tellement confiance en Pharaon. Bien entendu, les pilotes ont repéré l’armée de Pharaon. Ils ont estimé qu’il y a avait environ 600 tanks avec des carabines de haut-calibre, suivis d’un grand nombre d’autochenilles, et de l’artillerie et de l’infanterie. Ils ont aussitôt fait un rapport complet à Moïse. Alors Moïse a ordonné à ses ingénieurs de construire un ponton au-dessus de la Mer Rouge. Il a installé des barrages routiers pour ralentir les tanks et a dispatché une garde armée de bazookas pour retenir les forces de Pharaon aussi longtemps que possible. Quand les Juifs se trouvaient tous de l’autre côté de la Mer et les Égyptiens étaient à mi-chemin du pont, Moïse a ordonné à son équipe de démolition de le dynamiter. Les Égyptiens et leurs tanks ont été noyés dans les eaux et les Juifs ont eu la vie sauve.

— Oh voyons, Jérémie, est-ce bien cela que ton professeur t’a enseigné ? proteste le grand-père, incrédule.

— Non, réplique l’enfant, mais si je te répétais ce que le professeur nous a vraiment raconté, tu ne me croirais jamais.

Et c’est exactement l'approche avec laquelle Hollywood considère qu’il faut aborder le récit de l’exode.

Vendre Exodus le film comme une incarnation du livre éponyme est un mensonge qui se doit d'être dénoncé. La conclusion est claire : Exodus le livre est saint ; Exodus le film c’est Hollywood qui cherche un moyen de se remplir les poches en faisant passer ses inepties pour du sacré.

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