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Fêter Pessa'h quand la liberté semble s'être envolée

Fêter Pessa'h quand la liberté semble s'être envolée

D’un camp de la mort nazi à un goulag sibérien, ces soirées du Séder accomplies envers et contre tout prouvent que la liberté peut être ressentie même au plus profond de l'esclavage.

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Pessa'h, fête du passage de l'esclavage à la liberté. Comment réciter « nous étions des esclaves, aujourd'hui nous sommes libres », lorsqu'on est soi-même prisonnier esclave des nazis ? Comment demander à Hachem qu'Il « répande sa fureur sur les nations qui ne Te connaissent pas » lorsque l'on se cache pour célébrer le Séder de Pessa'h durant l'Inquisition ? Et pourtant, le peuple juif a réussi à garder la flamme de la liberté intacte, même lorsque l'obscurité de la Galout menaçait de l'éteindre. Hamodia a rassemblé quelques récits de soirées du Séder accomplies dans des conditions hors du commun, des soirées qui prouvent que la liberté peut être ressentie même au plus profond de l'esclavage.

Lorsque Pessa'h est repoussé au 16 Nissan

Pour les Marranes d'Espagne à l'époque de l'Inquisition, la fête de Pessa'h renfermait en même temps la plus grande joie et la plus grande menace.

La plus grande joie, parce le récit de la Haggada rappelait aux Juifs contraints d'abandonner leur foi que la délivrance arriverait, tôt ou tard, et que le sentiment de liberté faisait partie intrinsèque de l'identité juive.

La plus grande menace, parce cette fête était précédée de nombreux préparatifs qui, s'ils étaient découverts par les Inquisiteurs d'Isabelle la catholique, signifiaient une mort certaine et douloureuse. Or, les Inquisiteurs savaient très précisément à quelle date débutait la fête de Pessa'h et ils redoublaient donc de vigilance durant les journées qui la précédaient.

C'est la raison pour laquelle la majeure partie des Marranes, en accord avec les rabbanim de leur époque, avaient pris la coutume de ne consommer la Matsa qu'à partir du second jour de Pessa'h, le 16 Nissan, lorsque les espions de l'Inquisition étaient déjà certains que, cette année, les Juifs ne mangeraient pas leur pain de misère. Les 14 et 15 Nissan, les Marranes ne mangeaient ni 'hamets, ni matsa. Mais le 16 avait lieu la cérémonie de la cuisson des matsot qui venait remplacer la cérémonie du Séder.

À ce moment-là, les familles se réunissaient autour d'un feu de bois sur lequel on apposait une tuile neuve. C'est sur cette tuile qu'étaient cuites les matsot.

Ensuite, la famille se rendait dans la cave pour y réciter la Haggada, que les participants dissimulaient sur leurs genoux, de peur que les soldats ne les surprennent. D'ailleurs, jusqu'à aujourd'hui, les descendants des Marranes d'Espagne continuent à lire la Haggada alors qu'elle est posée sur leurs genoux...

La matsa secrète

« C'était en 1943, dans un petit village de Belgique. Mes parents m'avaient cachée chez une famille catholique. J'avais 11 ans à cette époque et j'étudiais dans l'école catholique gérée par des nonnes. Seule la mère supérieure savait que j'étais juive. Nous étions alors au mois d'avril et la mère supérieure m'appela dans son bureau. Elle me demanda de m'asseoir avant de me tendre un petit paquet entouré de papier de soie. Avant de l'ouvrir, elle m'annonça que la fête de Pessa'h tombait ce soir. Elle ouvrir le paquet qui contenait... une matsa. Je n'en avais pas vue depuis fort longtemps. Elle cassa la Matsa en deux et me donna un morceau à manger juste avant de me raconter que les deux enfants de la famille juive qui habitait dans le village auparavant lui avaient confié cette matsa avant d'être arrêtés par les nazis. En me donnant à manger cette matsa le soir du Séder, elle tenait à rendre hommage à ces jeunes filles qui avaient étudié dans son école et qui, elle le comprenait, ne reviendraient jamais... »

(Cette histoire a été racontée par Loula Martinovsky, rescapée de la Shoah qui vit en Israël)

Le Hallel en Sibérie

« J'ai été emprisonné au goulag entre les années 1942 et 1948. Ces années ont été très difficiles, et très amères. En 1942, je savais quand tombait la fête de Pessa'h parce que j'avais été arrêté peu de temps auparavant. En 1943, j'avais malheureusement déjà perdu le compte. En 1944, j'ai appris par hasard quand avait lieu la fête de Pessa'h. Voici comment : nous étions tout un groupe à aller travailler dans la forêt. Nous étions surveillés par un gardien, un soldat russe. À un moment, je l'ai entendu fredonner une chanson. Mais pas n'importe quelle chanson puisqu'il chantait le Hallel ! Un soldat russe ? Chanter le Hallel ? Je me suis tourné vers lui et lui ai demandé : que chantes-tu ? Il m'a répondu : « Bétset Israel Mimitsraïm, lorsqu'Israël est sorti d'Égypte. » Et il a ajouté : aujourd'hui c'est le premier jour de Pessa'h ! Il s'avère que ce soldat venait d'une famille très religieuse, qu'il avait étudié au 'Heder et connaissait toutes les prières, mais qu'il avait abandonné toute pratique des mitsvot.

Ce jour-là, mes amis et moi avons travaillé très dur, mais tout au long de cette journée, nous avons chanté le Hallel et jamais, tout au long de ma vie, je n'ai chanté le Hallel avec autant de ferveur... ».

(Cette histoire a été racontée par Éliézer Libstein, du kibboutz Lavi)

Prière avant de manger du 'hamets, rédigé dans le camp de Bergen-Belsen, Pessa'h 1944

« Avinou Chébachamaïm », il est clair et évident pour Toi que notre volonté est de faire Ta volonté et de fêter Pessa'h en mangeant des matsot et en nous gardant de consommer du Hamets. Mais malgré cela, et pour notre plus grande tristesse, nous sommes empêchés de le faire à cause de l'oppression et du danger de mort dans lequel nous nous trouvons. Nous nous tenons prêts à accomplir Tes commandements comme il est écrit : « Vous les ferez et vivrez par eux » (Vayikra 18:5), ce qui signifie : vous vivrez par eux et ne mourrez pas par eux. Nous tenons donc compte de Ta mise en garde, comme il est écrit : « Fais attention à toi et garde ton âme vivante » (Dévarim 4:9). C’est pourquoi nous T’implorons de nous maintenir en vie et de nous délivrer rapidement de notre servitude, afin que nous puissions par la suite accomplir Tes décrets et satisfaire Ta volonté d’un cœur parfait. Amen. »

(Cette prière a été rédigée par le rav Aaron Davids, dans le camp de Bergen-Belsen, peu de temps avant la libération de ce camp par les forces alliées).

Le dernier Séder dans le ghetto de Varsovie

(une histoire écrite par le rav S. Carlebach)

Moïchélé, le dernier Moïchelé du ghetto de Varsovie, demande à son père : 'Ma Nichtana', « Qu'est-ce qui a changé? Pourquoi cette nuit est différente des autres nuits, pourquoi est-elle si longue ? »

Lorsque Moïchelé pose ses questions, le ciel et la terre retiennent leur respiration. Les anges craignent de faire entendre le son le plus léger.

Et le père, le père de Moïchelé, veut répondre : « Nous étions esclaves... »

Moïchelé dit : '« Aba, j'ai encore une question, et je voudrais que tu y répondes. Je veux savoir, Papa, vivrai-je jusqu'à l'année prochaine, pour chanter le Ma Nichtana ? Est-ce qu'il restera un enfant juif sur terre, qui demandera Ma Nichtana ? Restera-t-il un père juif, dans le monde, qui aura le mérite de répondre à son fils : nous étions esclaves...? »

Et le père répond : « Je ne sais pas Moïchelé. Je ne sais pas si je vivrai. Je ne sais pas si tu vivras. Je sais juste qu'il y aura toujours un autre Moïchelé, dans un autre endroit du monde, qui demandera 'Ma Nichtana'. Je ne sais pas si nous serons ensemble pour le prochain Séder. Mais je sais qu'Hachem a promis : « Car par Ton nom saint Tu lui as fait la promesse que sa lumière ne s'éteindrait jamais ».

La grève de la faim du soir du Séder

Le 8 avril 1946, alors que les autorités britanniques empêchent d'une main de fer l’alya massive des Juifs d’Europe, le Vaad Haléoumi (conseil national juif, principale institution juive en Israël durant le Mandat britannique) reçoit un télégramme d'Italie. Il y est écrit : « Nous sommes 1 104 réfugiés juifs, rescapés de la Shoah. Nous avons embarqué à bord du navire Dov House au port de la Spezia, afin de nous rendre en Eretz Israël qui est notre dernier espoir. La police a procédé à notre arrestation sur le bateau. Nous annonçons que nous ne quitterons pas ce navire. Nous exigeons qu'on nous permette de continuer notre chemin vers Eretz Israël. Nous prévenons les autorités que nous avons l'intention de faire couler le navire si on ne nous laisse pas nous rendre en Eretz Israël, car nous avons atteint la dernière limite du désespoir ».

Le lendemain, les réfugiés entament une grève de la faim, mais le Vaad Léoumi les supplie d'arrêter afin de ne pas mettre leur vie en danger, tout en annonçant que les membres du conseil vont jeûner à leur place afin de faire pression sur les autorités britanniques.

Le second jour de jeûne, c'est tout le Yichouv juif qui jeûne en signe de solidarité avec les réfugiés de la Spezia. Le troisième jour de jeûne arrive : c'est le soir de Pessa'h.

Le Vaad prend conseil avec les grands rabbins d'Israël, rav Ben Tsion 'Haï Ouziel et rav Its'hak Halévy Herzog qui décident que durant ce Séder, on ne mangera qu'un kazaït de matsa et qu'au lieu de boire quatre coupes de vin, ceux qui ont décidé de jeûner boiront quatre verres de thé.

Quelques jours plus tard, les Britanniques cèdent aux pressions et permettent aux réfugiés de la Spezia d'embarquer vers la terre d'Israël.

Dans ses Mémoires, l'une des membres du Vaad Haléoumi, écrira : « Lors de ce Séder si particulier, nous avons lu, comme chaque année, ce passage de la Haggada qui dit qu'à chaque génération, tout homme doit ressentir qu'il est lui-même sorti d'Égypte et que Hachem n'a pas libéré seulement ses ancêtres, mais lui également. Nous lisons ce passage chaque année, mais je crois que cette année-là, nous avons ressenti la pertinence de cette phrase au plus profond ».

Cet article a paru dans le magazine Hamodia - Édition française

8/4/2014

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