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Perdus au cœur des pyramides

Perdus au cœur des pyramides

Ce Pessah, libérez l'Hébreu qui sommeille en vous !

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L'Egypte antique était la New York de l’époque. Elle était la civilisation par excellence, à l’avant-garde en technologie, art, architecture et littérature. Riche et puissante, elle était un modèle en efficacité et bureaucratie. Et cela durait déjà depuis plusieurs siècles lorsqu’un petit groupe de 70 sémites éleveurs de bétail débarqua voici 3 535 ans.

Il n’est donc pas étonnant que les deuxième et troisième générations de cette famille sémitique, petits-enfants de Jacob, furent littéralement fascinées par la société égyptienne. Sa grandeur, sa puissance, et son petit coté cosmopolite suffisaient pour éblouir tout enfant d'immigrant.

Imaginez un jeune Israélite face à l’imposant spectacle de gigantesques pyramides s’étirant du delta du Nil jusqu’au Sud sur 2 500 kilomètres. La plus grande d'entre elles, la Grande Pyramide de Khéops, était haute de 150 mètres; sa base, vaste de 52 000 m2. Cette structure monumentale comprenait 2.300.000 blocs de calcaire, pesant chacun en moyenne 2 tonnes et demi. Contemplant cette pyramide vieille de plusieurs siècles, notre jeune immigrant n'aurait pas pu savoir – et peut-être ne s’en serait-il guère soucié – que sa construction nécessita 20 ans de dur labeur à plus de 100 000 travailleurs. Qui ne souhaiterait pas faire partie d'une société produisant de telles merveilles?

Nos ancêtres vécurent 210 ans en Egypte, parmi lesquels 130 ans de liberté et de prospérité - à peu près aussi longtemps que la présence florissante des Juifs en France.

C'est un syndrome que nous, Juifs avons bien connu tout au long de notre exil, parmi de nombreuses civilisations: la société qui nous accueille est d’une telle culture, si puissante et si raffinée qu’elle nous séduit et nous fait s’attacher à elle. Nous associons le séjour des Israélites en Egypte à l'esclavage et l'oppression. Et pourtant, nos ancêtres vécurent 210 ans en Egypte, parmi lesquels 130 ans de liberté et de prospérité – à peu près aussi longtemps que la présence florissante des Juifs en France. L’histoire parait vraiment familière: les générations d’Israélites nées en Egypte gravitaient dans les cercles de la culture majoritaire, frayaient avec son élite tant et si bien qu’ils en vinrent à adorer ses dieux.

Pourtant, tout comme les trois millénaires de leurs descendants qui suivirent, ces proto-Juifs traversèrent une crise d'identité. Ils souhaitaient réellement faire partie intégrante de cette société bon chic, bon genre, parfaite et réussie qui les entourait mais ils se sentaient aussi liés à leurs ancêtres, Jacob, Isaac et Abraham et se montraient fidèles à cette vision unique du monde qui était devenue la leur. Ainsi, le Talmud nous dit que les Israélites en Egypte avaient conservé leurs noms hébreux, leur langue et leurs vêtements. Leurs cœurs aspiraient à l’assimilation mais leurs âmes se cramponnaient aux vestiges extérieurs de leur identité ancestrale.

L'IDENTITÉ HUMAINE

Durant plus d'un siècle les Israélites résidant en Egypte, libres et prospères, se maintinrent en équilibre entre deux visions opposées du monde provenant de deux conceptions divergentes de l'identité humaine.

L'Egypte ancienne était une société où animaux, humains et dieux partageaient une fluidité identitaire, sans distinctions précises entre eux. De nombreux dieux égyptiens présentaient des têtes d'animaux, les sphinx, eux, avaient des corps de lions et des têtes humaines. Les animaux étaient vénérés; dans certains temples, taureaux, chats et crocodiles vivaient dans le luxe et à leur mort, étaient momifiés. Les paysans égyptiens vivaient dans les mêmes bicoques que leurs bêtes. Pharaon était un dieu sous forme humaine. Il était à la fois Horus, le dieu faucon et le fils de Rê, le dieu soleil.

Quelle différence avec la vision du monde du patriarche Abraham! Abraham croyait en une âme divine chez l'Homme qui le distingue des animaux. Abraham enseigna au monde que Dieu était un Etre unique, transcendant, incorporel qui créa les êtres humains « à l'image de Dieu », ce qui implique la présence chez les humains d’une essence transcendante et incorporelle – l’âme divine. Les animaux, essentiellement différents des humains car ne possédant pas ce niveau supérieur de l'âme, ne doivent pas pour autant être maltraités. Alors que la cruauté envers les animaux était chose courante dans le Proche-Orient de l’époque, la Torah des Juifs l’interdit catégoriquement.

Cette distinction est loin d’être négligeable. Notre identité détermine ce que nous devons attendre de nous-mêmes, ce à quoi nous allons consacrer notre énergie et quelle direction suivre pour nous épanouir.

Les animaux sont régis exclusivement par l'instinct. Il est possible de modifier le comportement d’un animal par un renforcement positif ou négatif. Un ours peut apprendre à danser si vous lui donnez assez de friandises ou le fouettez suffisamment fort mais sa gourmandise et sa peur du fouet ne sont qu'un reflet de son instinct de rechercher le plaisir et d’éviter la douleur.

L’être humain, ayant été doté d'une âme divine, peut donc substituer le choix moral à l’instinct.

Selon la vision du Judaïsme, l’être humain, ayant été doté d’une âme divine, peut donc substituer le choix moral à l’instinct. En fait, c'est là que se situe la caractéristique véritable des êtres humains: leur possibilité de choisir entre le bien et le mal – même si le bien signifie douleur et le mal s’apparente au plaisir.

Les gens qui se définissent comme des animaux renoncent à toute possibilité de transcendance et des joies qui l’accompagnent: l'amour désintéressé, le don de soi, le courage moral et le développement spirituel.

Malgré toute sa religiosité et ses nombreux cultes, l'Egypte Antique n'avait nullement appréhendé la notion d'une âme transcendante séparée du corps. D’ailleurs, de la nourriture et des vêtements étaient entreposés en abondance dans les tombes à l’architecture très élaborée. Ils étaient destinés au défunt pour sa vie « d’après ». Certaines tombes de nobles de la Seconde Dynastie étaient même équipées de salles de bains. Le long processus de momification, réservé exclusivement aux initiés, était indispensable puisque le corps, dépourvu d’une âme transcendante, ne pouvait se décomposer. Un corps décomposé aurait en effet renié d’une certaine façon l’existence de cette personne. Tout comme celle d’un animal.

Le concept juif de différencier essentiellement l'homme de l’animal, implique aussi que la sexualité humaine est sacrée et ne s’entend exclusivement que dans le cadre du mariage. Comparez cela à la promiscuité de l’Ancienne Egypte, où l'inceste était pratique courante, où les cultes de la fertilité abondaient, où les prostituées des temples faisaient quasiment partie des meubles. Des images érotiques ornaient les tombes égyptiennes, une pratique destinée à redynamiser le défunt dans sa vie suivante. Ces mœurs licencieuses expliquent le dédain particulier qu’éprouvèrent par la suite nos Sages pour la société égyptienne.

LE TOURNANT DE L’HISTOIRE

Alors que le Dieu d'Abraham conçut – et exigea – une définition bien claire du bien et du mal, la société égyptienne fût, elle, essentiellement amorale. Elle n'avait ni code de loi ni règlement juridique. Les jugements arbitraires de Pharaon faisaient office de loi sur sa terre. Les tribunaux égyptiens n'étaient que l’instrument chargé de faire appliquer les lubies de Pharaon.

La morale était un concept nouveau, introduit dans l'antiquité par les Juifs. La Mésopotamie, contrairement à l'Egypte, créa pourtant de nombreux codes juridiques, mais ils étaient utilitaires plutôt qu’éthiques. Leur but était de protéger les droits de propriété et de préserver le fonctionnement efficace de la société. Selon ces codes, le meurtre était interdit, car une société dans laquelle il ne serait pas sanctionné, dégénèrerait en chaos. Tandis que selon la Torah, tuer est interdit car les êtres humains sont créés à l'image de Dieu et que par conséquent la vie humaine a une valeur intrinsèque.

« La découverte du monothéisme, écrit l'historien Paul Johnson, et pas seulement du monothéisme, mais d'un seul Dieu tout-puissant, mû par des principes éthiques et cherchant méthodiquement à les imposer aux êtres humains, est l'un des grands tournants de l'histoire, peut-être le plus grand de tous. » [Une histoire des Juifs - p. 30]

CHAMPIONS DU DROIT CIVIQUE

Le flottement des Israélites entre leurs deux identités contradictoires se termina de façon spectaculaire au bout de 130 années passées en Egypte. Le pharaon régnant alors décida que les Israélites devenaient trop nombreux et constituaient une menace de Cinquième Colonne dans l’éventualité d’une guerre. Il les transforma peu à peu en esclaves.

Le Midrach raconte que dans un premier temps, Pharaon misa sur leur identité de fidèles Egyptiens en les convoquant en tant que bénévoles pour une entreprise de construction nationale. Tous les Israélites, à l’exception de la tribu de Lévi se rallièrent avec enthousiasme à ce projet qui faisait appel à leur devoir civique. Ce bénévolat se transforma progressivement en conscription, puis finalement en esclavage.

L'esclavage dévoila le pire aspect de la civilisation égyptienne. Les grands monuments qu’avaient tant admirés les Israélites, étaient en fait érigés grâce à l'exploitation humaine et la torture. Pharaon, inquiet des prédictions de ses astrologues sur « un rédempteur israélite » avait ordonné de tuer les bébés mâles en les jetant en pâture aux crocodiles du Nil. Ceux qui exécutèrent ces ordres, nullement gênés par des impératifs moraux, se montrèrent sadiques et firent preuve d’une terrible cruauté.

Pourtant, l'attachement des Israélites pour leur société d'adoption et l’attrait qu’elle exerçait sur eux étaient si fort que, même à l’apogée du processus de Rédemption que fut la neuvième des dix plaies, 80% environ des enfants d'Israël refusèrent de quitter l'Egypte. A leurs yeux, il était préférable d’être un esclave dans la plus grande civilisation du monde que de s’aventurer dans un périple rempli d’incertitudes, pour retourner dans leur patrie ancestrale archaïque. De nombreux anciens esclaves continuèrent d’ailleurs de se plaindre, dans le désert après leur libération, et de regretter le confort de la vie en Egypte. Comme le dit le dicton, Dieu put sortir les Juifs d’Égypte, mais Il ne put sortir l'Égypte des Juifs.

L'EXIL DE L'IDENTITÉ

L'histoire juive est un processus récurrent d’exil et de rédemption. L'exil n'est pas seulement l'expulsion de notre terre, c'est aussi l’exil de notre identité en tant que Juifs. Lorsque deux identités se contredisent, une seule finira par prévaloir.

Chaque Juif qui lit ce texte, est lui-même un descendant de Juifs qui choisirent encore et toujours de s’identifier comme Juifs.

Il y avait, voici deux millénaires, autant de Juifs dans le monde que de Chinois aujourd'hui. Il existe de nos jours un milliard de Chinois et moins de 14 millions de Juifs. Ces chiffres s’expliquent par les massacres et persécutions auxquels nous furent confrontés mais aussi du choix de certains Juifs qui optèrent pour la culture de la majorité, c’est-à-dire celle du pays dans lequel ils résidaient. Chaque Juif qui lit ce texte est lui-même un descendant de Juifs qui choisirent encore et toujours de s’d'identifier comme Juifs, et non comme Egyptiens, Perses, Grecs, Chrétiens, Musulmans ou laïques.

L'une des Mitsvot de la Torah que doit suivre un Juif est de se rappeler chaque jour « la sortie d'Egypte ». Cela signifie avant tout, se souvenir de l'événement historique de l'Exode, preuve éclatante de l’intervention de Dieu dans notre histoire pour nous apporter une rédemption collective et individuelle. Sur un autre niveau, métaphorique celui-là, se souvenir de « la sortie d'Egypte » fait référence au fait que nous ayons émergé de notre autodéfinition d’ « Egyptien », animal mené par l’instinct pour trouver notre autodéfinition de « Juif », âme divine capable de nous élever par des choix moraux et de nous dépasser.

La lumière brillante de la Rédemption, qui illumina à l’époque le monde lors de l’Exode, est présente chaque année au moment de Pessah. C'est un cadeau du Ciel. Il nous suffit simplement de la vouloir. Il nous suffit simplement de déterminer notre véritable identité.

17/3/2013

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