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Mort de Laszlo Csatary, criminel nazi le plus recherché

Mort de Laszlo Csatary, criminel nazi le plus recherché

La mort du criminel nazi le plus recherché au monde rouvre le débat sur le sens de poursuivre les criminels de guerre jusqu’à leur dernier souffle.

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Laszlo Csatary, le criminel de guerre nazi le plus recherché au monde est mort, lundi 12 août, à la suite d’une pneumonie. Moins de deux mois plus tôt, ce Hongrois de 98 ans avait été inculpé par la justice hongroise de crimes contre l’humanité pour avoir aidé à organiser la déportation de plus de 15 000 juifs durant la seconde guerre mondiale.

En outre, il avait été également accusé d’avoir commis des actes de tortures ainsi que des exécutions sommaires de prisonniers juifs. Mais au lieu d’être arrêté et poursuivi en justice après la guerre, Csatary s’était procuré des visas d’émigration pour le Canada où il avait coulé des jours tranquilles en toute impunité.

Mais c’était sans compter les efforts du centre Simon-Wiesenthal, qui traque les criminels de guerre nazis, qui avait fourni à la justice hongroise les preuves de son lourd passé, conduisant à son arrestation le 18 juin dernier.

Si beaucoup applaudissent cette volonté de traduire en justice des criminels de guerre ayant échappé aux maillets de la justice, d’autres s’interrogent sur le sens d’une justice aussi tardive. A quoi bon traîner des vieillards à l’article de la mort devant des tribunaux ? s’interrogent-ils. Ne serait-il pas préférable de les laisser aux soins de la justice divine plutôt qu'à ceux des parquets humains ?

Comment Efraïm Zuroff, directeur du centre Simon-Wiesenthal et l’homme responsable de l’arrestation de Csatary et des dizaines d’autres Nazis, justifie-t-il l'importance de poursuivre en justice les criminels de guerre nazis, même si tardivement ? Dans un monde où nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la nécessité de poursuivre en justice le dernier survivant des criminels de guerre nazis, comment le chasseur de nazi Zuroff justifie-t-il l’œuvre sans relâche de toute une vie ?

Interviewé par Aish.fr le jour où Csatary avait été inculpé, Efraim Zuroff ne cachait pas sa satisfaction.

Il avait travaillé de nombreuses années sur le cas Csatary, commençant par offrir une récompense à toute personne transmettant des informations conduisant à sa capture, puis avait suivi la trace de Csatary et accumulé patiemment des preuves, avant de s’adresser aux autorités hongroises en 2011. Il avait ensuite attendu que ces dernières mènent leur propre enquête, qui s’étendit sur plus de deux ans.

« À bien des égards, c’est l’un des jobs les plus frustrants qui existe, » décrit Zuroff, il s’agit d’un long et ardu parcours pour parvenir à traduire un Nazi en justice. « C’est un travail comparable à celui de Sisyphe, qui faisait rouler la pierre vers le haut de la colline, et la voyait aussitôt dégringoler vers son point de départ. »

Zuroff, qui estime avoir joué un rôle dans la traduction en justice d’environ 40 Nazis tout au long de sa carrière, explique qu’il y a deux manières d’évaluer son travail. D’une part, étant donné que des dizaines de milliers de criminels de guerre nazis ont échappé aux procès après la Seconde Guerre mondiale, Zuroff affirme que ce qu’il a accompli, c’est « gurnisht », rien du tout. Mais ce n’est pas sous cet angle qu’il considère ses activités.

« Envisagez les choses différemment, » affirme Zuroff. « À chaque fois qu’un criminel de guerre nazi est démasqué, accusé, conduit en justice, c’est une victoire du bon, de la société, du tikoun olam (amélioration du monde). »

« Les années qui passent n’affaiblissent en rien la culpabilité des tueurs, » déclare Zuroff à Aish.fr. « L’âge avancé ne doit pas procurer une protection à ceux qui ont commis des crimes si odieux. Atteindre l’âge de 90 ans ou plus ne transforme pas un odieux assassin de masse en un Juif des Nations. »

En réalité, Zuroff relate que sur les nombreux cas sur lesquels il a travaillé, il n’a jamais vu un seul criminel de guerre Nazi qui ait exprimé du remords ou des regrets. Au contraire : l’ouvrage éclairant de Zuroff Operation Last Chance: One Man’s Quest to Bring Nazi Criminals to Justice, détaille cas par cas les criminels de guerre nazis qui ont obtenu un abri et une protection grâce à des amis compatissants, et même des fonctionnaires du gouvernement, qui continuent, au 21ème siècle, à procurer leur assistance à des Nazis âgés. (Dans un cas, celui de Milivoj Asner, un Nazi croate vivant librement en Autriche dans les années 90, Jorg Haider - à l’époque gouverneur régional et plus tard membre de la coalition gouvernementale autrichienne au pouvoir - a personnellement protégé l’ancien Nazi et a bloqué les efforts internationaux destinés à l’assigner en justice.)

Ces quelques dernières décennies, relève Zuroff, avec la prolifération des écrits et des études sur la Shoah, les anciens fonctionnaires nazis auraient pu s’ils l’avaient souhaité, exprimer plus librement leurs regrets. « Ils auraient pu admettre : "Nous avons commis une erreur, nous avons subi un lavage de cerveau, nous pensions que les Juifs étaient l’ennemi - et nous sommes désolés." Mais les faits sont là : personne n’a jamais exprimé des remords ou des regrets. Ce sont les derniers individus sur terre à mériter notre compassion, sachant qu’eux-mêmes n’ont éprouvé aucune compassion pour leurs victimes. »

Ce dévouement envers la mémoire des victimes des Nazis maintient la motivation de Ziroff et d’un grand nombre de ses collègues, chasseurs de Nazis. « Nous avons une obligation envers les victimes, il nous faut trouver ceux qui les ont transformés en victimes, » et d’ajouter : « Nous avons perdu il y a des décennies, la bataille de traduire en justice tous les Nazis, mais chaque cas qui s’achève par un procès est une victoire. »

Travailler laborieusement pour faire justice aux meurtriers, même des décennies après leurs crimes, est une manière d’envoyer un message au monde : l’injustice ne saurait être tolérée. Les chasseurs de Nazis du Centre Simon Wiesenthal veulent s’adresser au monde : « Si vous commettez des crimes contre le peuple juif, le peuple juif vous traduira en justice. »

Il insiste sur le fait que ce message a une portée universelle et que toutes les victimes - de tous les pays, ethnies et religions - méritent que justice soit faite. Le Centre Simon Wiesenthal poursuit des Nazis qui ont tué pendant la Shoah des Romains et des Serbes innocents, ainsi que d’autres groupes ethniques, et Zuroff a été consulté à propos de la reconstruction post-génocide du Rwanda.

Dans tous les cas, il souligne que permettre aux meurtriers de rester impunis est une forme de « pollution morale ». Les nations qui n’ont pas fait cas de citoyens ayant commis des crimes contre l’humanité tendent à être celles qui voient, de nos jours, la résurgence de partis politiques fascistes et antisémites. « Qu’est-ce qu’une nation sans justice ? » s’interroge-t-il. « Voyez certains pays d’Europe de l’Est qui ont des partis fascistes très puissants, » remarque-t-il, les Juifs et d’autres minorités ne peuvent vivre en sécurité ou même déambuler dehors sans craindre la violence : « C'est à une telle situation que conduit le refus de condamner les atrocités passées. »

Zuroff remarque que dans de nombreux pays, les criminels de guerre ont justifié leurs agissements qu’ils ont définis comme des actes patriotiques. De ce fait, l’une des fonctions de faire comparaître ces criminels en justice est de redéfinir cette vision déformée de l’héroïsme. « Les héros, ce sont les Justes parmi les nations, » explique Zuroff. En poursuivant les coupables en justice, les pays braquent leurs projecteurs sur les actes criminels, et envoient un message selon lequel la xénophobie, la torture et le meurtre sont incompatibles avec une société civilisée.

D’après Zuroff, c’est la croyance juive qui l’a motivé à chercher à obtenir justice contre les Nazis, même des décennies après leurs crimes. « Le fait que je sois juif religieux dépasse la dimension de mes prières trois fois par jour, mon respect de la cacherout et du Chabbat, » explique Zuroff. « Être juifs religieux, c’est aussi s’assurer de la sécurité du peuple juif, et avoir pour mission d’introduire des changements favorables dans le monde où nous vivons. »

Il cite la Torah : « La justice, la justice vous poursuivrez » (Deutéronome 16:20), et indique qu’il s’est souvent interrogé sur le choix des mots de la Torah. Pourquoi le terme « justice » est-il juxtaposé à celui de « poursuite » ? Après avoir travaillé de nombreuses années pour assigner en justice certains des criminels les plus odieux - luttant souvent contre les efforts de responsables régionaux et nationaux obstructionnistes - Zuroff estime avoir une petite idée du sens de cette injonction biblique capitale.

« Pourquoi ce terme de "poursuivre" »? La justice ne se fait pas toute seule, » explique Zuroff. « Vous devez la poursuivre et y travailler sans relâche. » Et pourquoi la Torah dit-elle « justice » à deux reprises ? Et M. Zuroff de remarquer : « Voici mon interprétation : il faut être honnête et transparent dans toutes nos affaires, y compris dans les efforts conduisant à assigner les Nazis en justice. »

Nous sommes la dernière génération à pouvoir conduire les criminels de guerre nazis en justice. Efraim Zuroff et ses collègues sont porteurs de cette mission pour nous tous - tout le peuple juif, et le monde entier - afin que les derniers criminels vivants de la Shoah puissent enfin rendre leurs derniers comptes.

Mort quelques semaines avant l'ouverture de son procès, Laszlo Csatary n'a pas eu à répondre aux accusations qui pesaient sur lui. Mais pour ses quelques acolytes qui échappent encore à la justice, il est tard mais il n'est pas encore trop tard...

Pour obtenir plus d’informations sur le Centre Simon Wiesenthal, y compris sur les récompenses promises à ceux qui procurent des informations conduisant à l’arrestation de criminels de guerre nazis, rendez-vous sur le site : www.operationlastchance.org.

13/8/2013

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