Après Ilan Halimi, après Jonathan, Gabriel et Arié Sandler et après Myriam Monsenego, trois jeunes Juifs ont de nouveau été victimes de la barbarie. Leur mort tragique ne doit pas nous faire oublier leur vie exemplaire. Par leur mérite, le peuple juif aura été éminemment uni.

À l’annonce de la découverte des corps de Naftali, Guilad et Eyal, les Juifs, partout dans le monde, ont commencé à pleurer. Dans les restaurants, les transports en commun, dans les bureaux et les écoles. Le peuple juif n’a pu empêcher ses larmes de couler. Nos fils ont été assassinés et nous avons tous ressenti un millième de ce que doivent endurer leurs parents.

Ces jeunes garçons, retrouvés près de Hébron, ont un mérite immense. En Israël, ils ont provoqué un rapprochement entre des gens de tendances très différentes, souvent opposés. Ils ont brisé les clivages et les mésententes. Ils ont rendu possible des synergies hier encore impensables.

C’est malheureusement dans l’épreuve que le peuple juif prouve sa capacité à s’unir, malgré les dissensions. Unis dans la prière, des hommes et des femmes de tous âges, ashkénazes ou sépharades, faucons ou colombes, ont retrouvé un dénominateur commun : l’espoir. L’espoir, qui, chevillé au corps de tout un peuple, durant dix-neuf jours interminables, a permis à des êtres politiquement et idéologiquement totalement éloignés de s’élever au-dessus des discordes.

Cet espoir, qui a permis à Israël de traverser toutes les vicissitudes de l’histoire, qui lui a donné le sens du sacrifice autant que l’amour de la vie, est l’indice d’une vitalité profonde et unique.

L’homme est un acteur de l’histoire mais ne la dirige pas.

Espoir déçu, me direz-vous ? L’homme est un acteur de l’histoire mais ne la dirige pas. Nous ne sommes pas maîtres de nos destins mais seulement de nos réactions face aux difficultés et aux défis de la vie. La pudeur et la dignité des familles des trois jeunes victimes n’ont pas laissé le monde indifférent. Et pour cause : ces qualités sont bien celles de l’âme juive, indestructible. Alors que nos ennemis se réjouissaient des souffrances infligés, nous avons prouvé qu’au-delà de la force physique, il y avait la force morale. Nous avons incarné le rôle qui nous est imparti depuis le début de notre existence nationale en dépassant notre condition et en nous élevant au-delà des contingences matérielles.

Ce matin, je vais devoir annoncer la nouvelle à mes enfants. Même s’ils sont encore petits, ils sont très concernés par ce qui était encore hier un « enlèvement ». Ils ont prié tous les jours et connaissent par cœur le nom des trois jeunes gens. D’ailleurs, mon fils de sept ans m’a expliqué que l’acrostiche de leurs noms (Eyal/Michaël/Naftali) formait le mot « Amen ».

Ils ont découpé leurs photos et ont versé des larmes pour leur libération. Comment leur annoncer leur « départ » ? Je leur dirai simplement qu’ils sont partis mais qu’ils sont en fait encore là, avec nous, plus que jamais présents. Je leur expliquerai que la mort n’est pas un départ définitif mais simplement un passage. Et que l’âme juive est éternelle. Je leur indiquerai le chemin à suivre pour honorer leur mémoire. Je les encouragerai à persévérer dans leurs efforts pour un monde meilleur, qui sera un jour couronné par la fin de nos souffrances. Je leur lirai les versets, transmis par nos pères, qui nous donnent la clef pour comprendre notre douloureux exil. Je leur montrerai que tout un sens, même ce qui nous échappe totalement. Acte de foi ou simple lucidité ?

Si nous parvenons à comprendre le message comme nous l’avons fait durant les dix-neuf jours passés à la recherche de Naftali, Guilad et Eyal, et que nous parvenons à nous rapprocher de notre véritable vocation, leur disparition aura pris tout son sens et Israël aura triomphé de ses ennemis, sans char et sans roquette.