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Se souvenir... et rester unis

Se souvenir... et rester unis

Un an après l’enlèvement et l’assassinat des trois adolescents israéliens, Avi Frankel, père de l’une des victimes, revient sur ces journées tragiques mais à la fois si fortes. Un entretien entre larmes et admiration.

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Les 18 jours au cours desquels les cœurs de tout un peuple ont battu à l’unisson restent gravés dans les mémoires de chacun. Un an est passé depuis l’enlèvement et l’assassinat d’Eyal Ifrah, Naftali Frankel et Guilad Shaer. Un an au cours duquel ce sentiment d’unité s’est étiolé. Durant ces journées tragiques mais en même temps si fortes, ce sont les trois mères des garçons qui ont pris le devant de la scène. Cette fois, nous avons voulu entendre le père de l’un des garçons, Avi Frankel. Une interview entre larmes et admiration.

Vous êtes entrés dans les cœurs de tout un peuple, en Israël comme à l’étranger, suite au drame que vous avez vécu. Qu’avez-vous appris durant cette période ?

Avi Frankel : Nous avons mesuré à quel point le sentiment de n’être qu’un était profondément ancré dans les cœurs et dans les âmes du peuple d’Israël. Nous avons été portés par ce sentiment qui nous a aidés à traverser ces journées difficiles et cette année qui s’écoule. Et surtout, nous avons pris conscience que l’union était l’héritage que nos garçons nous avaient laissés. C’est ce que nous voulons transmettre aujourd’hui.

Est-il possible de raviver ce sentiment qui semble justement se manifester uniquement dans des moments difficiles ?

- C’est en effet très difficile. Mais cela ressemble à quelqu’un qui marcherait dans le noir le plus complet lorsque soudain, un éclair illumine son chemin : brusquement, pour un instant, il voit tout. Les écueils, la route, les maisons, la montagne qu’il doit franchir... Et puis l’obscurité reprend ses droits. Mais durant cette fraction de seconde, il a vu la réalité telle qu’elle est vraiment. Et elle le guide. Car cette unité est la réalité. Le reste n’est qu’un mirage…

Un peu comme ce bébé qui a appris toute la Torah dans le ventre de sa mère puis l’oublie juste avant de naître, mais garde en lui le sentiment de plénitude qu’il a ressenti à ce moment-là ?

- Tout à fait. Ce que nous souhaiterions, c’est que durant cette journée de l’unité, des gens qui n’ont pas l’habitude de parler entre eux se mettent à dialoguer, à s’écouter les uns les autres. Sans chercher à convaincre. Juste à comprendre. Nous avons le droit d’être différents, mais nous devons nous rappeler ce qui nous unit, notre dénominateur commun. Le peuple d’Israël est composé de plusieurs tribus, mais nous avons un seul père. Vous savez ce que l’on dit : deux Juifs, trois opinions. Et bien nous préférons dire : deux Juifs, trois opinions, un seul cœur.

Ce sont surtout les mamans qui ont pris le devant de la scène durant les journées de recherche et ensuite, durant l’enterrement et la période de deuil. C’est une décision qui a été réfléchie ou s’est-elle imposée d’elle-même ?

- Chacun a fait les choses pour lesquelles il est doué. Et dans ce cas précis, Bat Galim Shaer, Iris Ifrah et mon épouse Ra’héli sont parvenues à transmettre mieux que quiconque le message et il était donc naturel qu’il passe par elles. Et puis ensuite, cet « engouement » a acquis sa propre dynamique.

Un an est passé. Comment vivez-vous ce retour de votre vie privée ?

- (Souriant) Parce que vous croyez que notre vie privée nous a été rendue ? Plus sérieusement, nous vivons depuis un an entre la sphère privée et la sphère publique, ce qui implique parfois des tensions pas toujours faciles à gérer. Nous avons des familles qui ont besoin de nous mais aussi le sentiment très fort que nous devons transmettre un héritage, au nom de nos enfants

Ce sentiment d’unité qui a rythmé le pays durant l’été dernier a traversé les frontières pour atteindre également les Juifs vivant en Diaspora. Quand avez-vous pris conscience que votre histoire avait touché tant de monde autour du globe ?

- Très vite. Nous avons reçu des messages de soutien du monde entier ainsi que des visites, comme celle du membre du parlement Meyer Habib, accompagné d’une délégation importante venue de France. Nous sommes d’ailleurs restés en contact et avons tenu à montrer notre sympathie à la communauté juive après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercasher. Ce lien est extrêmement important pour nous. Ce sentiment que nous sommes tous ensemble, que notre douleur est partagée avec d’autres. On dit qu’« un malheur partagé est une demi consolation » et c’est vrai. Perdre un enfant, c’est perdre un enfant. Mais nous avons tous ressenti un véritable réconfort en voyant que nous n’étions pas seuls dans ce malheur.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre au peuple juif ?

- Nous devons toujours nous rappeler qui nous sommes, nous relier à nos racines communes, nous souvenir que nous venons tous du même endroit, nous relier les uns aux autres. Et si je peux me permettre un conseil « pratique », je rappellerai ce que le Roch Yéchiva de notre fils, le rav Dov Zinger, a dit, lors de l’enterrement. Que chacun et chacune, avant toute réunion, tout débat, toute rencontre d’affaires, prononce cet acte de foi : je prends sur moi la mitsva d’aimer mon prochain comme moi-même. Et seulement ensuite, débattre, discuter, se disputer même, mais avec cette phrase dans la tête. Personnes ne peut exiger l’unicité ou l’uniformité. Mais nous avons besoin d’unité.

Cet article a paru dans le magazine Hamodia - Édition française.

8/6/2015

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Vos réactions : 2

(2) elisabeth, June 9, 2015 10:38 PM

de tout cœur avec vous peuple D'Israel

soyez bénis peuple d'Israel shalom

(1) Maryse, June 9, 2015 8:16 AM

Merci Monsieur Frankel

Merci Monsieur Frankel, pour vos mots si touchants, si pleins de Sagesse.
Oui, puissions-nous nous aimer les uns, les autres.

 

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