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L’attaque de la synagogue de la Roquette

L’attaque de la synagogue de la Roquette

Entretien exclusif avec Serge Benhaïm, président de la synagogue Don Isaac Abravanel, violemment attaquée dimanche par des manifestants pro-palestiniens.

par Y. Miller pour Aish.fr
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« C’était censé être un rassemblement pour la paix – de paix pour les Israéliens, et de paix pour les Arabes. » C’est par ces mots que Monsieur Serge Benhaim, président de la synagogue Don Isaac Abravanel, rue de la Roquette, choisit de revenir sur les incidents de la veille.

Lui et ses collègues désiraient en effet faire quelque chose pour aider à promouvoir la paix au Moyen-Orient. Et c’est ainsi que le projet d’organiser une grande prière communautaire avait vu le jour.

Située dans le quartier branché du 11ème arrondissement, cette importante synagogue orthodoxe séfarade est un lieu de culte vibrant de vie et d’activité. Des centaines de fidèles participent aux offices du Chabbat, dont de nombreuses familles avec des enfants en bas âge.

Mais à mesure que la date de ce rassemblement pacifique approche, l’atmosphère en France s’assombrit. Aux quatre coins de l’Hexagone, des manifestations anti-israéliennes sont prévues, et les vocables employés dans les programmes de ces évènements n’ont rien de pacifique.

« Vendredi matin, nous avons appris qu’un rassemblement anti-israélien se tiendrait à proximité de la Synagogue, et à la même heure que la prière » se souvient Monsieur Benhaim. Détail qui n’augure rien de bon, les organisateurs prévoient une manifestation partant de la Bastille et se terminant devant la Synagogue Don Isaac Abravanel.

« J’ai dit à la police que ce serait dangereux, et leur ai demandé de changer la trajectoire du défilé pro-palestinien ou du moins de l’écourter, de manière à ce qu’il débouche loin de notre synagogue » poursuit Monsieur Benhaim. La police lui assure qu’ils n’ont aucun souci à se faire, que la situation est sous contrôle.

Au cœur symbolique de Paris, place de la Bastille, un organisateur vocifère dans son micro « Mort aux Juifs », « Allah Akbar », des appels répétés par une foule en furie.

Mais la tension continue à monter. Samedi soir, un cocktail Molotov est lancé sur la synagogue d’Aulnay sous Bois, en banlieue parisienne et deux autres hommes armés sont arrêtés à proximité de l’entrée d’une autre synagogue du 20ème arrondissement.

Dimanche 13 juillet, à l’heure du rassemblement anti-Israël, 8 000 Parisiens affluent place de la Bastille pour écouter, et répéter, des accusations contre les Juifs et de l’État juif.

Jonathan Simon-Sellem, un journaliste franco-israélien qui arrive, par hasard, place de la République au moment de la manifestation partage sur son blog ses impressions à chaud sur ces scènes qui frisent l'irréel : au cœur symbolique de Paris, place de la Bastille, un organisateur vocifère dans son micro « Mort aux Juifs », « Allah Ouakbar », des appels répétés par une foule en furie. Dans les restaurants et cafés des alentours, les Parisiens observent la scène en silence, écoutant les appels incendiaires sans broncher. Et alors que les manifestants progressent dans les rues de Paris, on entend ça et là des appels à « casser du Juif ». La réplique d'un missile du Hamas qui s'est écrasé sur une crèche israélienne est de parade, largement acclamée par la foule.

À la même heure, aux abords de la synagogue Don Isaac Abravanel, des centaines d’hommes et de femmes, dont beaucoup accompagnés de leurs enfants, affluent pour la prière communautaire. Malgré leur anxiété due à la proximité de la manifestation – et sur les promesses renouvelées de la police – les organisateurs se sentent prêts à entamer le service. Outre la présence des forces de l’ordre, le Consistoire a posté une dizaines de gardes non armés devant la synagogue pour la journée. Ils sont assistés par 50 membres d’un mouvement de jeunesse – également non armés – qui se sont portés volontaires pour défendre la synagogue en cas de menaces pendant la prière.

« Nous avons donc débuté notre rassemblement, avec 400 personnes, hommes, femmes et enfants. » poursuit le président. Alors que les fidèles entament la prière, les manifestants pro-palestiniens se rapprochent et deviennent plus provocateurs. À 18h00, quelques minutes après le début de l'office, une altercation éclate à l’extérieur entre les manifestants et la police, à tout juste 300 mètres de la synagogue.

Les forces de l’ordre font bifurquer la manifestation dans un boulevard parallèle de la synagogue. Mais une bande de 1 000 émeutiers font volte-face et se dirigent droit vers le lieu de culte. « Nous avons entendu de grands cris et des “Allah Ouakbar“ scandés par mille personnes, » témoigne Monsieur Benhaim.

Sous le regard effaré des fidèles, des manifestants armés font irruption dans la synagogue.

Sous le regard effaré des fidèles, des manifestants – dont beaucoup sont armés de couteaux, de haches ou de bouteilles cassées – font irruption dans la synagogue. Les gardes de sécurité s’efforcent tant bien que mal de les repousser. Et pendant un long moment, ils sont forcés de se battre seuls. Ce n’est que quelques temps plus tard que la police intervient. Entre temps, 5 personnes sont blessées dont une grièvement.

À l’extérieur de la synagogue, les heurts se poursuivirent pendants plusieurs heures. La synagogue des Tournelles essuie, elle aussi, des jets de pierre.

« Nous avons donc verrouillé la synagogue et demandé à tous les participants de rester à l’intérieur jusqu’à ce que la situation se calme. Pendant tous ce temps, j’entendais la foule chanter “Allah Akbar” et “Mort aux juifs“”, si on peut appeler cela un chant... » poursuit Serge Benhaim.

Reclus dans la synagogue pendant plusieurs heures, les fidèles reportent leur attention sur leurs enfants qu’ils s’efforcent tant bien que mal de rassurer. Certains responsables communautaires diffusent des clips sur Israël, tandis que d’autres chantent en chœur avec les enfants. Les gens sortent des jeux et quelqu’un déniche des boissons qu’il offre à la ronde. Ce n’est qu’à 21h30, soit trois heures et demie après le début de la prière que la police sécurise la zone de la synagogue et permet aux fidèles de quitter le bâtiment pour rentrer chez eux en sécurité.

Un tournant dangereux

À la suite du siège, François Hollande et plusieurs ministres sont prompts à condamner l’attaque. Lors de sa traditionnelle allocution télévisée du 14 juillet, le président de la république déclare : « le conflit israélo-palestinien ne doit pas s’inviter en France. Je ne tolèrerai aucun débordement sur le sujet. » Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, a également « condamné avec la plus grande fermeté les violence qui ont eu lieu aux abords des deux synagogues. »

Dès le lendemain, des policiers sont dépêchés devant la synagogue. Tour à tour, les membres du gouvernement s’empressent de réitérer leurs promesses de protection. Mais après le siège de sa synagogue, l’un des plus grandes d’Europe, Monsieur Benhaim n’en est plus si sur. Pour lui et pour beaucoup d’autres, l’attaque de la Synagogue Don Isaac Abravanel marque un dangereux tournant pour la sécurité des Juifs de France.

« Les gens ont vraiment peur. Ils n’auraient jamais rêvé d’une telle situation ; des gens qui pénètrent dans une synagogue pour se battre, voire tuer des fidèles. La dernière fois où le peuple juif fut en danger est la deuxième guerre mondiale, avec les Allemands. Les synagogues ont toujours été des lieux très respectés ; comme les cimetières, les écoles et les hôpitaux, ceux sont des lieux sont très saints. Cette attaque est vraiment nouvelle. »

« Autrefois, la question était : “Devons nous partir ? » Désormais, la question est devenue : “Quand devrions nous partir ?”

Monsieur Benhaim croit que les politiciens et hommes politique veulent protéger la communauté juive, mais que vu les menaces antisémites grandissantes et constantes auxquelles la communauté face, ils n’en ont plus les moyens : « Maintenant, nous avons peur qu’ils nous tuent. Cocktail Molotov. Toulouse, il y a deux ans. Chaque jour, nous avons un autre problème. Chaque jour, des jeunes gens se font pousser et attaquer à leur sortie de classe. »

Et d'ajouter : « J’ai arrêté de porter la kippa en public. Plus personne ne sort en kippa dans la rue. Cela fait déjà deux ou trois ans. Maintenant, nous portons la casquette. »

Ces deux dernières années, les chiffres de l’Alya de France ont explosé. Rien que durant les 4 derniers mois de 2014, on a constaté une hausse de 312% des Juifs français qui s'installent en Israël

En tant que président de la communauté, Monsieur Benhaim est un témoin de première ligne de ce phénomène. « Autrefois, la question était : “Devons nous partir ? » Désormais, la question est devenue : “Quand devrions nous partir ?” »

En tant que chef de la communauté, son rôle a lui aussi évolué. « Autrefois, les dirigeants de la communauté parlaient de sécurité, maintenant nous parlons de partir. Autrefois notre rôle était de trouve les moyens de garder les juifs en France… Mais maintenant, quelques dirigeants juifs se demandent si notre rôle n’est pas plutôt de préparer notre communauté à quitter la France. »

15/7/2014

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Vos réactions : 6

(6) Dorlin, July 19, 2014 7:24 PM

depuis le temps que la violence des musulmans anti juifs s'organise fallait s'y attendre. Ceux qui n'ont pas voulu voir venir et ont laissé faire portent une lourde responsabilité

(5) Anonyme, July 17, 2014 2:55 PM

Réagir de fois violenment est interessant

Dommage que la France accepte cette dérive. Les discours ne peuvent rien résoudre. Il faut poser des actes concrets pour protéger la population juive d'Israël.

(4) Anonyme, July 16, 2014 5:48 PM

fuire n'est pas la solution, mais se cacher non plus. c'est le problème depuis plus 2ooo ans. y en a marre que le juif soit pris pour un moins que rien.

(3) Michèle Toussaint, July 16, 2014 12:38 PM

la France en passe de devenir un désert culturel.?

Imaginer le départ des Français de confession juive, c'est imaginer la France privée de ce qui stimule et donc élève les débats, un pays qui s'alimente de bouillie culturelle.

(2) schana, July 16, 2014 11:19 AM

effectivement partir est le seul moyen mais ?

oui mais quant on a une petite retraite que fait on , la vie vaut la peine je le sais que trop ,aller comment finir sa vie a plus de 70 ans donnez moi la solution amicalement

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