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Vie et Mort de Joseph Robinson

Vie et Mort de Joseph Robinson

L'histoire d'un rappeur devenu Juif Orthodoxe.

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La première fois que Joseph Robinson s’est retrouvé face au canon d’un revolver, c’était il y a quinze ans. Il était alors un jeune dealer du Bronx de 19 ans qu’un autre dealer voulait liquider. Le choc de cette expérience le décida à quitter la rue, la drogue et le crime. Il entama ensuite un parcours qui allait le mener d’abord au succès professionnel dans la production de musique rap, puis au Judaïsme Orthodoxe.

Le 19 Aout 2010, Joseph Robinson, 34 ans et père de quatre enfants, se retrouva à nouveau face à un revolver. C’était à Brooklyn, dans l’épicerie cachère qui l’employait. Et cette fois la rencontre fut fatale. 

Le propriétaire du magasin, Benji Ovitsh, 39 ans, était l’employeur et l’ami proche de Joseph Robinson. Il n’était pas dans la boutique lorsqu'un voleur armé fit irruption. L’homme tira et Robinson fut atteint à la poitrine et au bras, alors qu’il tentait de protéger son amie, Lehavah Wallace, une jeune femme de 37 ans qu’il avait rencontré quelque temps auparavant. 

Ovitsh et Robinson s’étaient rencontrés deux ans plus tôt. Robinson revenait de Los Angeles, où il s’était converti, puis s’était marié, et où il avait finalement divorcé. Au moment de sa mort, il était en pleine bataille juridique pour la garde de ‘Hannah, sa fille de 6 ans. Un ami commun de la Synagogue Kehal Zikhron Mordekhai à Brooklyn les avait présentés et Robinson avait rapidement commencé à travailler au magasin. Il y était devenu en peu de temps très apprécié. 

« Parfois les gens venaient juste pour le voir. Il était ouvert et sympathique, toujours prêt à débattre et a discuter » raconte Ovitsh. « Il était vraiment exemplaire, tout le monde était touché par lui » 

Ovitsh pense que Robinson aurait vu en sa mort tragique une sorte d’aboutissement. Comme l'était sa vie, et surtout son parcours vers le Judaïsme. Il considérait sa conversion à l’âge de 23 ans comme l’aboutissement d’une série d’événements sans liens apparents. Il en concluait qu’après tout, le Judaïsme l’avait choisi plus que lui n’avait choisi le Judaïsme. Il disait parfois : « le Judaïsme m’a attrapé.» 

Shais Rison (connu aux Etats-Unis sous le nom de MaNishtana), 28 ans,  ‘Juif de Couleur’ lui aussi, confirme. « Joseph avait une foi très forte, il croyait fermement que tout ce qui arrive vient du Ciel, il ne croyait pas au hasard » explique t-il. « Si un événement  lui était pénible, il pouvait passer des heures entières à essayer de le decrypter, cherchant  le Bien qu’il devait contenir, ou pourquoi c’était arrivé comme ca et pas autrement. Il incarnait le principe que ‘tout est pour le Bien’ » 

Pas d’issue pour Chester.  

Le chemin qui mena Robinson au Judaïsme a probablement commencé dès sa naissance. Il semblerait que le père de son père était Juif. Ce détail, qui joua peu de rôle pendant la plus grande partie de sa vie, devait s’avérer décisif. Robinson est né en Jamaïque, à Spanish Town. C’est une famille Juive orthodoxe de Borough Park, où sa mère travaillait comme nounou, qui lui obtint ses papiers d’immigration aux Etats Unis alors qu’il avait 12 ans. Arrivé à New York, son premier petit boulot après l’école fut de faire les livraisons d’une épicerie cachère. Il devint ainsi familier d’une communauté dont il devrait plus tard faire partie. 

Suite à sa première rencontre avec la mort, Joseph Robinson, qui s’appelait alors Chester Robinson et avait interrompu ses études au Lycée, quitta la rue et la violence qui l’accompagne pour émigrer à Los Angeles. Là-bas il fonda une maison de disques – No Exit – et fit fortune. Il était riche, roulait en Lamborghini et se permettait tous les excès. Mais il se dégouta rapidement du mode de vie ‘Hip-hop’ et du matérialisme à outrance, et se mit à la recherche de messages plus profonds. 

C’est Ovitsh qui nous décrit la première rencontre significative de Robinson avec le Judaïsme. Ce dernier avait acheté une télévision a écran plasma qui n’arrivait pas, car la boutique n’en finissait pas d’ajourner la livraison. L’incident l’incita à se mettre à la lecture pour occuper ses soirées, et tandis qu’il cherchait un nouvel ouvrage à lire, il pénétra dans une boutique de Judaïca située dans le quartier Juif nommé San Fernando Valley, où lui et son amie (qui était juive) avaient déménagé quelque temps auparavant.   

Robinson ayant décidé de lire la Bible, qu’il trouvait régulièrement sur sa table de nuit dans les hôtels qu’il fréquentait quand il sillonnait le pays pour sa maison de disques, il en réclama un exemplaire. Quand l’employé lui demanda s’il voulait acheter le Nouveau ou l’Ancien Testament, il ne sut que répondre, ne sachant pas vraiment la différence. Mais le nom ‘D’Ancien Testament’ sonnait plus authentique a ses oreilles, et il l’acheta. 

« C’était parti » raconte Ovitsh. Ce qu’il lisait l’enthousiasmait.  Ce fut l’un des multiples canaux qui tout au long de sa vie le rattachèrent au Judaïsme. 

Comme son intérêt pour le Judaïsme allait en grandissant, son amie lui acheta a livre de prières avec lequel il commença à suivre les services à la synagogue locale. Finalement, en 1999, après une procédure qui dura deux ans et demi, Robinson obtint du Tribunal Rabbinique de Los Angeles sa conversion au Judaïsme. 

Certes sa route ne fut pas dénuée d’embuches. L’acceptation d’un homme de couleur par la communauté juive locale n’allait pas de soi. En conséquence il s’engagea dans une activité de rapprochement entre Juifs et Noirs, tantôt intra-communautaire, tantôt par le biais d’interventions dans les écoles et les synagogues de la région, ce qui lui prenait le plus clair de son temps. Il poursuivit cette activité même après qu’il eut quitté Los Angeles pour revenir à Brooklyn. 

Son niveau moral et son intégrité  étaient au delà du commun des mortels. 

Ainsi qu’il l’écrivait sur son site internet (yosephrobinson.com): «  Dans le Judaïsme c’est l’âme, la Neshama, qui constitue l’essentiel de la personne. C’est une entité spirituelle qui peut s’incarner dans n’importe quel corps physique ou objet. Dès lors qu’on est à même d’accepter l’idée que la spiritualité ne connait pas de frontières physiques, on peut très facilement accepter l’idée qu’un noir puisse être Juif. ». 

« Il était très fier d’être Juif, et aussi très fier d’être Jamaïcain, il n’y voyait pas de contradiction »  nous dit Ovitsh. 

Le détail des étapes du voyage de Joseph Robinson vers le Judaïsme devait apparaitre dans ses mémoires intitulées : ‘Un Rappeur Jamaïcain Devenu Juif Orthodoxe’ dont la parution était programmée pour Décembre 2010. Ovitsh, qui a aidé à sa rédaction, a bon espoir de le faire paraitre malgré le meurtre. « Je voudrais vraiment le faire, pour honorer sa mémoire ». 

Le Rabbin Shlomo Rosenblatt avait l’habitude de rencontrer Joseph Robinson à sa synagogue, la ‘Moshe Tuvia Lieff Shul’ : « Il était membre à part entière de la communauté. Tout le monde l’adorait. Tout le monde aimait énormément sa compagnie ». Le Rabbin Rosenblatt se remémore avec émotion les jours de fête que Joseph Robinson venait passer avec sa famille. «  Il était chaleureux, rigolo, charismatique, toujours enjoué et souriant. C’était un honneur pour nous de le compter parmi nos amis proches. » 

Le Rabbin Kenneth Aumann de la communauté Young Israël de Flatbush, où Joseph Robinson assistait régulièrement aux offices de Shabbat, estime que la popularité de Joseph Robinson tenait à son ouverture et sa présence régulière dans toutes les synagogues de la communauté de Flatbush sans distinction. 

« Il était inclassable » dit le Rabbin Aumann, « il se sentait bien partout. » 

Un Minyan en Jamaïque. 

Les manifestations de sympathie quand il est mort furent gigantesques. Des centaines de personnes assistèrent à son oraison. Les organisations de charité du quartier de Borough Park ont même organisé le voyage de 10 hommes au service funéraire qui s’est tenu pour Joseph Robinson à Spanish Town, en Jamaïque. 

La famille de Robinson a insisté pour qu’il soit enterré dans l’arrière-cour de sa maison natale, à côté de sa grand-mère Pearl qui l’a éduqué jusqu’à ce qu’il émigre aux Etats-Unis. Bien que les membres de la communauté juive eussent préfèré qu’il soit enterré dans un cimetière juif, ils respectèrent les vœux de la famille et furent d’accord pour tenir une cérémonie aussi cachère que possible dans les conditions qui leur étaient données. 

«  C’était un cas de ‘Meth Mitsvah’, c’est à dire un défunt Juif qui n’a pas de parent proche qui puisse l’enterrer » explique le Rabbin Aumann, qui faisait partie des dix hommes présents. « Beaucoup de gens de la Communauté ont contribué généreusement au voyage. C’est dire en quelle estime ils le tenaient. » 

Le Rabbin Aumann garde cette image de Robinson : « Je le revois debout dans la synagogue. Il s’asseyait toujours à la même place. Il se tenait là, très fier, et priait avec intensité. Il prenait ça très au sérieux. C’est comme ça que je me souviendrai de lui. » 

Le Rabbin Rosenblatt pense que son trait le plus marquant était sa générosité. «  On vient au Monde pour donner, et lui passait sa vie à donner. Il est venu un jour avec un sac plein d’ingrédients pour nous préparer sa recette de la ‘sauce délire’ avec la famille. Il adorait partager et donner. Il était fondamentalement enclin à donner et c’est comme ça qu’il nous a quittés, en donnant. » 

« Yoseph a démontré que les dés ne sont pas jetés une fois pour toutes » dit le Rabbin Aumann. « On peut s’élever au dessus des difficultés et des défis qui nous sont présentés. Sa vie nous l’a démontré » 

Rison acquiesce : « Il était très fier de nous raconter ses mésaventures de jeunesse, pas pour se la ramener ou montrer quel caïd il était, juste pour nous montrer qu’il revenait de très loin et qu’il en était fier. » dit-il. « Yoseph était un pilier pour les Noirs, un pilier pour les Juifs, un pilier pour les Juifs Noirs et un pilier pour sa génération. » 

« Yoseph voulait prouver qu’une personne peut se changer, qui qu’elle soit et quoi qu’elle ait fait » dit Ovitsh dans son oraison en mémoire de Robinson à Borough Park. « Il s’était transformé, tant au plan spirituel qu’au plan affectif, en la personne qu’il voulait être. C’était ce qui le distinguait. Il n’était pas sans défaut, comme tout le monde, mais il essayait de s’améliorer. Et il réussissait à devenir, jour après jour, une personne meilleure. Il a vécu sa vie en accord avec des standards de moralité et d’intégrité que peu d’entre nous peuvent atteindre. »

3/4/2011

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