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Dieudonné et ses quenelles : à quelle sauce?

30/12/2013 | par Franck D. Lévy

Alors que la polémique fait rage autour de la quenelle de Dieudonné, J.J Goldman est élu "personnalité préférée de Français". Conspués ou adulés, les Juifs ne laissent pas indifférents...

Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, aimerait bien frapper un grand coup contre Dieudonné et ses délires antisémites.

Les propos du « clown »  (triste) qui suscitent l’indignation du CRIF, sont allés trop loin. Et alors qu’ils trouvent un certain écho sur les réseaux sociaux, tout le monde s’accorde pour reconnaître qu’ils sont un appel à la haine antisémite. Sa dérisoire « quenelle », geste qui tend à mimer le salut nazi, y est aussi pour quelque chose, surtout lorsqu’elle est reprise par une star du ballon rond, comme Anelka après un but.

Les pouvoirs publics réagissent donc vigoureusement en essayant de prévenir plutôt que de guérir. Ils souhaitent annuler les spectacles de Dieudonné, qui part en grande croisade pour 2014  dans 22 villes de l’hexagone. Sa tornade d’insultes s’abattra-t-elle sur toute la France ?

Quand la musique est bonne...

Les chiens aboient, la caravane passe. Tel pourrait être l’adage de Jean-Jacques Goldman. Absent des salles de concert et sans nouvel album depuis une dizaine d’années, le chanteur est pourtant très présent sur les charts puisque son album de reprise « Génération Goldman » se vend à plus de 800 000 exemplaires. Puis il est sacré « personnalité préférée des Français » pour la deuxième année consécutive. À l’époque où la quenelle fait rage, le pied de nez a de quoi faire sourire. Quand la musique est bonne, l’idéologie est aux oubliettes.

Mais quoi qu’il en soit, l’attirance-répulsion a de quoi surprendre. Les fils de Jacob suscitent l’intérêt, qu’il soit positif ou négatif. Encensés par les uns, détestés par les autres, ils occupent une place de choix dans les médias, alors qu’ils ne représentent qu’un infime pourcentage de la population. Cette omniprésence est remarquée par leurs détracteurs comme par leurs admirateurs.

On se souvient du triste « Je suis partout », média antisémite des années noires de la collaboration. Dieudonné reprend d’ailleurs des thèmes de l’époque : le Juif veut s’emparer du monde (Protocole des Sages de Sion) afin d’imposer son pouvoir. Il faut le combattre car, en secret, il dirige la société (pour sa perte).

Pourquoi tant de haine?

Prétendu peuple déicide (« il faut s’indigner contre, bien que le crime ne soit pas fréquent », comme disait Flaubert), on accuse les Juifs d’empoisonner les puits et d’être porteurs du bacille de la peste au Moyen-âge.

Puis ils subissent successivement les expulsions durant l’ancien régime, la Terreur durant la Révolution et la politique assimilationniste de Napoléon. Contre vents et marrés, ils résistent et restent eux-mêmes, fidèles à l’Alliance et à leurs croyances.

Considérés comme un État dans l’État, on fera tout pour les encourager à abjurer leur foi, par la force ou la douceur. Au 19e puis au 20e siècle, qu’ils soient grands financiers ou agitateurs anarchistes, ils sont accusés de tous les maux : le capitalisme et le Bolchévisme.

On croit alors trouver la panacée universelle : ressembler aux non-Juifs. Mais les plus assimilés vont en faire les frais, et de manière plutôt sanglante : dans l’Allemagne de 33, alors qu’ils ont abandonné toutes pratiques religieuses et tout sentiment d’appartenance, les « Israélites » vont provoquer l’ire d’Hitler et être massacrés les premiers.

Puis le sionisme fait rêver des générations entières : avec la souveraineté nationale, les Juifs n’auraient plus jamais à souffrir du fléau de l’antisémitisme.

Mais aujourd’hui, le rêve s’est effondré : l’État d’Israël est traité d’état « apartheid », et sa population est victime d’attentats atroces qui tuent régulièrement hommes, femmes, enfants et nourrissons, tels des pogroms modernes. Il faut donc trouver autre chose. Mais quoi ?

Sortir du cadre

Les grands esprits innovent. Là où le commun piétine dans la banalité et les idées reçues, les « découvreurs » se distinguent par leur soif d’apprendre et leur goût de l’inédit. Galilée brave les tabous lorsqu’il affirme que la terre est ronde. Edison bouscule les mentalités en inventant sans cesse de nouvelles machines. Einstein est presque considéré comme fou lorsqu’il lance l’idée de la relativité. Il faut sortir du cadre pour créer de nouveaux concepts, de nouvelles espérances.

Quel rapport avec l’antisémitisme, me direz-vous ? Pour conjurer la fatalité qui fait du peuple juif un éternel proscrit, il faut apparemment changer de méthode. Tonner contre l’injustice ou s’indigner du mauvais traitement que l’on nous inflige en essayant de ressembler aux autres ou publier des actes d’accusation ne sert à rien. Pour sortir du cadre, une première piste nous est donnée par un Midrach. Alors que le peuple juif, réuni au pied du Mont Sinaï, vient de recevoir la Thora,  le texte nous dit : “Ne lis pas Sinaï mais Sina (la haine) : Au pied du Mont Sinaï, commença la Sina.”

Pour les Sages, il n’y a pas de doute : c’est l’appartenance à la nation juive, comme dépositaire du message divin, qui provoque toutes les dérives antisémites.

Rabbi Chimone Bar Yo’haï explique : il existe une loi, « Esaü déteste Jacob ». Esaü ne voulait pas du droit d’ainesse et l’a laissé à son frère, mais n’a pas supporté que celui-ci empoche au passage la bénédiction paternelle. Si Jacob trahit son engagement, à savoir respecter la parole divine, la haine d’Esaü se réveille. Car il s’agit là d’une usurpation. Le conflit dure à travers les générations, sans qu’aucun communiqué de presse ni aucune campagne contre les propos d’un Dieudonné n’y puissent rien. Car la lutte est plus cosmique qu’il n’y paraît.

Aucune fatalité

Pour lui permettre de préserver son identité, et bien qu’inconsciemment, les antisémites servent de garde-fou. Parce que c’est paradoxalement l’agressivité d’Esaü qui protège les Juifs d’un éventuel abandon de leur particularité.

Mais « loi » ne signifie pas « fatalité ». Dans le langage des Maîtres du judaïsme, la loi spirituelle est de même nature que la loi physique : si on laisse un verre glisser de nos mains, il s’écrase par terre. Mais si on le garde précieusement, il ne subira pas la pesanteur. Traduction : lorsqu’un Juif respecte la parole divine, il n’est plus l’usurpateur prétendu qu’Esaü déteste.

Si Stendhal, à raison, expliquait que c’est « la différence qui engendre la haine », nous ne pouvons en tirer la conclusion qu’il faut abandonner la nôtre pour récolter l’amour. Au contraire, en cultivant notre identité, en renforçant notre attachement à la parole divine, nous pourrons lire de nouveau « Sinaï » et non « Sina »… 

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5 comments on “Le pouvoir de la haine : les résolutions du Nouvel An et l’ONU”

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