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Le cœur des rois

06/11/2012 | par Tzvi

Obama ou Romney : L'identité du vainqueur importe-t-elle vraiment ?

A quelques heures des présidentielles américaines, il me semble que le monde entier retient sa respiration, dans l'attente du verdict de cette campagne électorale aussi houleuse que coûteuse.

Les enjeux sont de taille. Sur de nombreux thèmes économiques, sociaux et de politique étrangère, la vision des candidats est radicalement différente. Tout semble dépendre du candidat qui gouvernera les Etats-Unis – et en définitive, le monde libre – au cours des quatre prochaines années. Cette élection est certainement l'une des plus cruciales de l’histoire contemporaine.

Et pourtant, à y regarder de plus près, les résultats de cette élection ne sont peut-être pas aussi décisifs qu'on ne le croit.

Dans le Livre des Proverbes (21:1), nous lisons :

« Le cœur du roi est comme un ruisseau dans la main de Dieu. Il le dirige là où Il le souhaite. »

Quel est le sens exact de ce verset ? Sous-entend-il tout bonnement que les dirigeants de la planète ne sont que de simples marionnettes dans les mains du Tout-Puissant ? Et s'il en est ainsi, pourquoi prendre la peine de voter ?

Plus encore, comment confronter ce verset avec la croyance fondamentale juive dans le libre arbitre - la faculté de choisir entre le bien et le mal ? (Voir Maïmonide, Téchouva, chapitre 3).

La réponse est que le libre arbitre n’est pas un concept absolu. Bien que D.ieu accorde le libre arbitre à chaque individu, ce privilège peut être suspendu lorsqu’il s’agit de dirigeants dont les décisions peuvent déterminer le sort de tout un pays.

Comparés à des citoyens ordinaires, les dirigeants jouissent incontestablement d’une supériorité en termes d’honneur et de pouvoir. Or, puisque leurs choix ont un impact sur de si nombreuses vies, D.ieu - dans le but de guider le cours de l’histoire - pourra parfois retirer le libre arbitre d’un dirigeant. (Voir Abrabanel - Genèse 45)

Fort de cet éclairage, nous pouvons désormais comprendre un élément clé du récit biblique de l’Exode. D.ieu souhaitait faire sortir les enfants d’Israël d’Égypte avec « de grands signes et des prodiges », pour mettre définitivement en évidence Son pouvoir incontestablement. Or pour y parvenir, Dieu avait besoin que Pharaon « entre dans le jeu », qu’il refuse constamment aux Juifs l’option de quitter le pays - en dépit des épreuves constantes qu’un tel refus imposa à la société égyptienne. Voilà pourquoi, Dieu « endurcit le cœur de Pharaon », lui retirant son libre arbitre et le contraignant à opposer un refus aux nombreuses requêtes de Moïse : « Laisse partir mon peuple. »

Mandat public

On raconte que lorsque le premier ministre Ména’hem Begin se rendit en visite à New York dans les années 1970, il insista pour rencontrer les grands Sages en Torah de la génération. Au fil d’une conversation qui s’avéra très fructueuse, Begin relata aux Sages qu’il souffrait d’une maladie du cœur et leur demanda de prier pour lui. Rav Yaakov Kaminetzky répondit en citant le verset des Proverbes : « Tu n’as guère besoin de nos prières. Le cœur du roi est entre la main de Dieu. »

Et maintenant, de retour aux présidentielles américaines...

Ce qui détermine définitivement le cours de l’histoire, ce ne sont ni les plate-formes politiques, ni les accords de coalition, mais la promesse contenue dans le verset : « Tel un ruisseau, Il le dirige où Il le souhaite. » Et le Midrach de commenter : de même que l’eau, placée dans un ustensile, peut être inclinée du côté que l’on souhaite, de même, lorsque quelqu’un s’élève à la grandeur, son cœur est livré entre les mains de D.ieu.

Bien entendu, cela ne signifie pas pour autant que nous devions faire preuve de nonchalance à l'égard d'une élection et manquer à notre devoir civil. Car notre libre arbitre exige que nous déployions l’effort nécessaire pour que notre décision pèse dans la balance. C'est le secret que nous révèle le Midrach suivant (Yalkout Chimoni - Proverbes 21) :

Bien que D.ieu ne laisse pas un dirigeant prendre une décision unilatérale guidée par son libre arbitre lorsque celle-ci détermine le sort d’un si grand nombre d’hommes, D.ieu lui confère une certaine latitude pour prendre des décisions en s’appuyant sur le mandat accordé par le peuple. En d’autres termes, si la génération est méritante, D.ieu incline le cœur du roi vers le bien ; dans le cas contraire, Il l’incline à faire le mal.

C’est la raison pour laquelle les élections revêtent tout de même de l'importance. Car en choisissant nos dirigeants, nous déterminons en grande partie notre propre destin. Les « démarches politiques » d’un leader ne sont jamais opposées à la volonté du peuple - elles sont plutôt une affirmation de notre intention la plus profonde d’avoir « choisi librement » ce dirigeant.

Alors, à quelques heures des résultats de cette bataille qui promet d'être serrée, nous pouvons garder notre sérénité, sachant que quel que sera le vainqueur, le résultat final est bien en sécurité entre les mains du Ciel.

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