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Le débat sur la fessée

22/10/2013 | par Tzvi

500 €, c’est le montant de l’amende infligée par un tribunal correctionnel à un père pour avoir flanqué une déculottée à son fils. L'occasion d'analyser la position du judaïsme sur la punition corporelle.

500 € d'amende pour avoir asséné une fessée à son fils de 9 ans. Tel est le verdict rendu ce vendredi par le tribunal correctionnel de Limoges.

Motif de cette déculottée ? Le père condamné le dévoile sans ambages lors de son procès : « Depuis quelques jours, mon fils ne me disait plus bonjour. Je lui ai demandé pourquoi et il m'a répondu qu'il n'en avait pas envie. Je lui ai dit qu'il me devait le respect et oui, je lui ai donné une fessée ».

Comme on peut s'y attendre, le débat autour de la punition corporelle enflamme aussitôt la blogosphère, chacun y allant de son petit commentaire sur le bien fondé (ou non) de cette condamnation.

To fessée or not to fessée ?

Il y a ceux qui partagent totalement l'avis des juges : « L'éducation se fait par le dialogue, pas les coups. Les claques, les fessées et autres corrections corporelles ne sont que des échecs qui ne provoquent qu'humiliation et rancœur ! », statue un internaute. « Votre fils vous doit le respect ? Ce n’est pas avec une fessée que vous l’obtiendrez ! » renchérit un autre.

Et il y a ceux que cette condamnation révolte : « Désormais, un père n'a plus aucun droit vis à vis de ses enfants. Et s'ils ne respectent pas leur père, celui-ci peut évidemment donner une fessée », s’insurge un bloggueur.

Pour sa part, la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti, ne mâche pas ses mots sur la question : « Les violences faites aux enfants, c'est un peu comme les violences conjugales : il ne faut pas tolérer le premier coup ! » martèle-t-elle dans un entretien paru sur le Figaro. Avant de conclure : «  La fessée n'est pas tolérable et n'est pas un instrument d'éducation ».

La fessée : une solution de facilité

Ces dernières paroles prononcées par la Ministre ne sont pas sans évoquer celles d'un grand éducateur juif du 20ème siècle, le rav Eliahou Lopian de mémoire bénie qui répétait immanquablement à ses élèves: « Oubliez les punitions corporelles, elles ne causent que des dégâts ! Avec les enfants, seuls la douceur et le dialogue sont de mise ».

Dans le judaïsme, on croit à au pouvoir des mots, non pas à la force des coups.

Car dans le judaïsme, on croit à au pouvoir des mots, non pas à la force des coups.

Un exemple révélateur de cette philosophie est le fameux épisode où Dieu reprocha à Moïse d’avoir frappé le rocher pour en faire jaillir de l’eau plutôt que de lui parler, erreur qui lui coûta d’ailleurs son entrée en terre promise.

Nos sages expliquent qu’en frappant le rocher, Moïse diminua l’aspect miraculeux de cette scène aux yeux des enfants d’Israël qui risquaient de penser que c’était par la simple force de son bâton qu’il avait extrait l’eau du rocher. Car s’il était contenté de s’adresser verbalement au rocher, tous auraient eu une preuve flagrante de la capacité divine à dominer les forces de la nature.

Cet enseignement trouve une application directe dans la sphère éducative. Comme le remarque le rav Chlomo Wolbe, un penseur et éducateur de renom, lorsqu’un parent commet une violence physique à l’adresse de son enfant, ou sans aller jusque là, emploie des insultes ou des paroles humiliantes, il obtiendra peut-être des résultats extérieurs immédiats : le bambin stoppera sa bêtise ou arrêtera son comportement insolent.

Mais en son for intérieur, l’enfant n’aura pas intégré la leçon. S’il ne reproduit pas ses erreurs, c’est simplement par crainte de s’exposer à une autre correction parentale. Au fond de lui, il n’a pas véritablement compris son erreur et son cœur n’abrite que mépris et rancœur envers son aîné.

En revanche, si le parent maîtrise sa colère et, plutôt que de se laisser aller à la solution de facilité qu’est la fessée ou l’insulte, il s’efforce de corriger verbalement son enfant en lui expliquant le mal-fondé de son comportement, il prend la peine de le transformer en profondeur.

Les résultats ne seront peut-être pas aussi visibles et immédiats, mais le changement s’opèrera doucement et sûrement. Et la force éducative du parent n’en sera que davantage mise en valeur.

En outre, poursuit le rav Wolbe, lorsqu’un parent réprime les méfaits de son enfant par l’usage de la punition corporelle, il émousse peu à peu sa propre sensibilité, ainsi que celle de l’enfant, face à la violence. Résultat, il s’empêtre dans un engrenage de violence sans fin qui le contraint à durcir encore et toujours plus ses « méthodes éducatives » pour obtenir gain de cause.

Et de conclure : « Idéalement, il devrait suffire d’un froncement de sourcils pour manifester notre désapprobation ! Mais chez l’enfant puni à tort et à travers, il en faut beaucoup plus pour le secouer… » 

La "matraque" de l’ange

Bien, me direz-vous, le judaïsme s’oppose fermement à la punition corporelle. Mais que faire de ce célébrissime proverbe du roi Salomon qui semble affirmer exactement le contraire : « Celui qui épargne son bâton, hait son fils » (Proverbes 13:24)

La réponse à cette « colle » est à chercher dans un magnifique passage midrashique qui nous révèle : « Derrière chaque arbre, derrière brin d’herbe se cache un ange qui le frappe en lui disant : “Pousse !” »

Un parent qui laisse son enfant se complaire dans la médiocrité se rend coupable de haine.

Mais quoi, nos forêts et jardins seraient-elles peuplés d’anges armés de matraques qui forceraient ces paresseux de végétaux à grandir ?!

Nos commentateurs expliquent : le mot hébraïque « maka » désignant cette frappe angélique ne renvoie évidemment pas à un coup physique. Elle se réfère à une force spirituelle créatrice qui exhorte chaque fleur, chaque plante, chaque arbre à exploiter pleinement son potentiel en s’extrayant de la terre pour pousser au grand jour !

De même, dans son proverbe, le plus sage des hommes ne fait en aucun cas l’apologie de la fessée… Bien au contraire, il encourage chaque parent à aider son enfant à exprimer son véritable potentiel, à lui donner l’envie de grandir, l’envie de dépasser ses limites, l’envie de faire ressortir le meilleur de lui-même ! Et agir ainsi est la meilleure preuve d’amour qu’il ne pourra jamais lui manifester.

A l’inverse, le parent qui « épargne son bâton », à savoir qui laisse son enfant se complaire dans la médiocrité, se rend coupable de haine. Car il le prive d’une opportunité, celle d’exploiter le potentiel inouï qui sommeille en lui.

Alors, to fessée or not to fessée ? Dans le judaïsme, on élève le débat !

Car un parent juif digne de ce nom ne se contente pas de condamner toutes formes de violences verbales et corporelles à l’égard de son enfant, violences qui se situent aux antipodes des valeurs de respect et d’amour prônées par notre tradition.

À l’image de ces anges préposés à la croissance harmonieuse des végétaux, un parent juif digne de ce nom œuvre inlassablement en faveur de l’épanouissement moral et spirituel de son enfant. Et se dévoue corps et âme pour faire ressortir ce qu’il y a de meilleur en lui.

Note importante :

Dans cet article, nous nous sommes concentrés exclusivement sur l’opposition du judaïsme à toute forme de punition corporelle et la prédilection accordée à la communication et l'échange.

Bien entendu, lorsque la voix du dialogue ne porte pas ses fruits, le parent sera parfois contraint d’adopter un autre système de punition pour corriger son enfant.

Quelle punition est-elle considérée comme acceptable ? Comment la mettre en application? Comment s’assurer qu’elle porte ses fruits et ne le conduise pas à la révolte ?

Ces questions feront l’objet d’un prochain article.

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