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C'est Une Insulte
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Ne pas demander assez, c'est parfois un problème.

C’est la saison des grands départs : l'Université se sépare comme chaque année de ses diplômés.

Suivant l'ancienne tradition, les discours d'éminents orateurs, invités pour l'occasion, vont accompagner l'envol de ces jeunes gens vers le vaste monde, dans le but de les inspirer à l'aube de leur carrière. 

J'éprouve un plaisir particulier à lire les comptes-rendus de ces discours, véritables “guides pour les égarés” contemporains. Beaucoup ne contiennent que des lieux communs à peine rafraîchis, mais d'autres véhiculent de profonds messages qui méritent d'être entendus. Non seulement par ces jeunes diplômés qui vont débuter leur vie, mais aussi par chacun d'entre nous. 

Et cette année j'ai tiré le gros lot. Joe Plumeri, l'un des orateurs invités qui s'adressa aux nouveaux diplômés du College of William and Mary, se servit d'une idée qui jadis changea ma vie. Il parla de ce qu'un de mes professeurs me fit partager il y a longtemps, mais en l’exprimant cette fois de son point de vue à lui d’homme d'affaires accompli. 

J'étais alors un jeune écolier. Quelque chose que nous venions d'apprendre au sujet de Moïse me chiffonnait : la Torah nous enseigne que Moise avait « la bouche pesante et la langue embarrassée », c'est à dire qu'il avait des difficultés d'élocution. L'homme pressenti pour être le plus grand dirigeant du peuple juif , le Grand Rabbin par excellence, était affecté d'un handicap qui aurait dû le disqualifier pour ce rôle. Dans le film « Le Discours d'Un Roi », le bégayant Georges VI se fait soigner pour pouvoir exercer sa monarchie. Moise quant à lui, demeura avec son handicap. 

Si Dieu peut tout faire, demandais-je, pourquoi ne pouvait-il soigner Moise ? 

En bon professeur, mon rabbin me félicita d'avoir relevé une difficulté intéressante. Il ajouta que nombre de commentateurs avaient soulevé ce problème, et avaient proposé différentes solutions. Il ajouta qu'en grandissant, je serais à même d'y puiser celle qui me convient le mieux. Il me fit cependant part de la réponse qu'il avait le plus appréciée, et me recommanda de la garder à l'esprit chaque fois que mes problèmes m’amèneraient à me tourner vers Dieu. 

C'est vrai, me dit-il, Moise s'en serait bien mieux sorti si l'élocution faisait partie de ses qualités. Son bégaiement le gênait et Dieu aurait pu aisément l'en soulager. Pourquoi ne l'a t-Il pas fait ?

Parce que Moise n'en a jamais fait la demande.

Humble comme il était, Moise ne s'estimait pas digne d’une telle requête. Dieu, par le biais du récit de Ses relations avec le plus important Juif de l'histoire, a voulu nous enseigner ceci: la condition préalable à ce que nos prières soient entendues, c'est qu'elles soient formulées.

« N'aie pas peur de demander quoi que ce soit de Dieu », dit en conclusion mon professeur. « Si tu t'abstiens d'une requête sous prétexte qu’elle semble exagérée, c'est une insulte au Tout-Puissant. C'est comme Lui dire qu’il aurait du mal à la réaliser. Si Dieu veut dire non, ça ne dépend que de Lui. Toi, tu dois montrer que tu crois en Son pouvoir d'accomplir tout ce qu'Il veut, quelle qu'en soit la difficulté ».

Ce que j'ai retenu, c'est donc qu'il faut apprendre à demander.

Penser en grand.

C'est la raison pour laquelle le discours aux diplômés de Joseph Plumeri, qui est le P.D.G. Du Groupe d'Assurances Willis, m'a tellement captivé.

Compte rendu en Anglais du discours de Joe Plumeri

Il a commencé par demander aux étudiants s'ils avaient entendu parler de ce grand bâtiment à Chicago appelé la Tour Sears. Bien entendu, tous le connaissaient. Il leur a rappelé qu'il s'agit de la tour la plus haute de tout l'Occident. Puis il s'est mis à raconter comment, il y a quelques années, il a annoncé aux gens qu'il allait la faire renommer la Tour Willis.

A cette époque on lui avait ri au nez en lui disant que c'était impossible. La tour s'appelait Sears depuis 1973, pour qui se prenait-il donc de vouloir en changer le nom ! Il répondit que de toutes façons, Sears avait quitté les lieux en 1993.

Ensuite il partit trouver le propriétaire de la tour, dont un vaste cinquième était alors inoccupé, et lui dit qu'il avait besoin d'un cinquantième seulement de l'espace. Il en négocia le prix, et lorsque le propriétaire lui demanda si l'affaire était conclue, il lui dit : « Presque, mais il reste un détail. Le nom de votre tour est ringard. Vous avez besoin d'un nouveau nom, un nom vivant, un nom qui évoque l'avenir, pas le passé. Je veux le changer ! » 

En conclusion de son discours, Joseph Plumeri déclara : « Le soir de l’inauguration, je passais au journal télé de Brian Williams. Il m’a demandé : « Joe, comment vous avez fait? Tout le monde la connait depuis des années comme la Tour Sears, comment avez-vous obtenu de la faire renommer La Tour Willis ? » J’ai fixé la camera et j’ai dit : « J’ai demandé, c’est tout». 

Un des grands classiques de l’auteur Yiddish Isaac Leib Peretz est l’histoire de Bontsha le Silencieux. Sa description de cette sainte âme qui n’a pas conscience de sa propre bonté est très émouvante. Quand il arrive au Tribunal Céleste pour passer en jugement, on ne peut lui trouver de tords. L’ange qui le défend énumère toutes ses bonnes actions : Bontsha a toujours souffert en silence ; maltraité, il ne s’est jamais plaint, ni n’a remis en question la Justice Divine. Même le procureur reste coi,  incapable de trouver une seule ombre à la vie de Bontsha. 

Le Tribunal rend alors son verdict unanime : « Le Paradis t’appartient, fais ton choix, prends ce qui te plaît, tout ce que tu désires, puisque tout te revient. »

Et voici comment l’histoire se termine : « Eh bien – Bontsha sourit pour la première fois – eh bien, ce que j’aimerais vraiment votre Honneur, c’est un croissant chaud avec du beurre frais tous les matins au petit déjeuner. »

Le grand Bontsha, diminué  par la vie, ne savait même plus rêver ! Sa tragédie est notre tragédie, quand nos ambitions se réduisent à rêver d’un croissant au beurre frais.

Nous sommes les enfants de Dieu, nous avons Quelqu’un là-haut pour qui nous comptons énormément. Notre erreur, trop souvent, n’est pas de Lui demander trop - notre erreur est de ne pas savoir lui demander assez.

Quand nous avons des problèmes qui semblent insurmontables, nous devrions Lui demander d’intervenir.

Quand une situation semble humainement insurmontable, nous devrions Lui demander de s’impliquer.

Quand nous souffrons d’être impuissants, nous devrions solliciter Celui qui a promis Son aide à tous les démunis qui l’implorent.

Et cela, je l’ai vécu personnellement : chaque fois que j’ai eu la sagesse de demander, Dieu m’a montré qu’il était disposé à répondre.


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