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La vie après la mort
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Oui, la vie après la mort existe. Mais ce qui importe le plus est d'exploiter pleinement notre existence avant la mort...

On a vu récemment fleurir sur les rayons des librairies une série de nouveaux ouvrages présentant des cas indéniables de survie de la conscience après la mort, puisant aux sources de la mécanique quantique, de la neuroscience et de la philosophie morale.

Mais je dois avouer que les informations que j’ai trouvées dans le judaïsme - bien avant la publication de ces nouvelles découvertes qui prétendent savoir ce qui se passe après une « vie de 120 ans » - sont bien plus satisfaisantes que la soi-disant validité scientifique et impérieuse d’une croyance en une vie future.

Il est vrai que la tradition juive n’a jamais mis l’accent ou ne s’est jamais étendue sur les détails du Monde à Venir. C’était une donnée, un fait bien ancré, comme l’expliquent les commentateurs bibliques, la notion que nous sommes crées « à l’image de D.ieu. » Étant donné que D.ieu est éternel, un élément qui nous compose - l’essence Divine qui représente notre identité et que nous désignons comme notre âme - doit inévitablement être éternel et immortel.

Nos corps, en tant que créations matérielles, proviennent de la poussière de la terre et doivent retourner à leur source ; ils se désintègrent au moment où ils sont enterrés. Mais nos âmes sont un cadeau de D.ieu, instillées en nous par le Tout-Puissant. Elles nous accompagnent dans notre périple terrestre et ne nous abandonnent pas à la fin de notre existence physique.

Le judaïsme ne s’est pas étendu sur l’évident. Bien entendu, la vie après la mort existe ; sans elle, la vie serait un simple feu de paille passager, peut-être plaisante sur le moment, mais au bout du compte, dénuée de sens. La Torah a consigné le passé comme histoire ; elle a choisi de laisser l’avenir auréolé de mystère. Son objectif était d’être principalement un « arbre de vie », préoccupée par le fait de nous enseigner la manière de nous améliorer et de parfaire notre monde tant que nous y vivons. Dans l’ensemble, les détails de notre existence post-terrestre n’étaient pas retranscrits. Nous aurons suffisamment de temps pour découvrir le projet du Monde à venir dans son ensemble conçu par D.ieu - une fois que nous y serons.

Mais si nous menons notre existence avec un sens adéquat de la responsabilité et une raison d’être satisfaisante, les Sages ont pris conscience que nous devions être informés de certaines données. Ils nous ont donc permis d’entrevoir une vision furtive de la vie après la mort.

Au moment de la mort, nous entrevoyons D.ieu. La Torah nous enseigne que D.ieu a décrété : « Aucun homme ne peut me voir et vivre » (Exode 33:20). En voici la conséquence évidente : à la fin de notre vie, nous avons le privilège de bénéficier d’une vision réduite du Tout-Puissant. De nombreux commentateurs suggèrent que c’est la raison pour laquelle nous sommes obligés de fermer les yeux du défunt. Les yeux qui ont aperçu D.ieu Lui-même doivent être éloignés de tout contact supplémentaire avec le profane.

Et c’est cette rencontre passagère qui confère un sens à toute notre existence. Nous prenons soudain conscience que tous nos actes ou nos paroles se sont déroulés en présence d’un Pouvoir Supérieur. Tout ce que nous avons accompli ou échoué a été jugé par l’Unique qui nous a créés. « Sache devant qui tu es destiné à rendre des comptes au final » : tel est le langage du Talmud. Peut-il y avoir de plus grande motivation que de choisir le bien au détriment du mal, sachant qu’à la fin, c’est D.ieu qui nous passe en jugement pour déterminer si nous avons réussi ou échoué ?

Dans la Kabbale, la mystique ajoute une dimension au tableau. D.ieu n’est pas le seul à nous juger. Alors que nous faisons nos adieux au monde, on nous montre un film contenant des scènes de toute notre existence. Nous sommes les témoins de chaque moment passé sur terre, et ces images défilent devant nous à une allure incroyable. Alors que nous voyons se dérouler notre propre histoire, nous vivons des moments pleins d’embarras ; à la vue d’autres images, nous sourions de joie. Nos écarts de conduite du passé nous accablent de douleur ; nos victoires sur notre mauvais penchant nous procurent un sens aigu de triomphe spirituel. C’est alors que nous réalisons, rétrospectivement, que nous seuls sommes les plus grands juges de notre propre existence. Voici ce qui se passe après la mort : nous acquérons la sagesse pour évaluer notre propre existence en appliquant les critères du Ciel - car nous voyons désormais les choses depuis une perspective éternelle.

L’éternel, ici et maintenant

Une certaine synagogue de Jérusalem contient un élément architectural des plus surprenants. Niché au sein d’un mur, face aux fidèles, se trouve un cercueil. Lorsque je visitais cette synagogue et fis une remarque sur cet ajout apparemment morbide, l’un des anciens m’expliqua que c’était une tradition de leur communauté qu’ils respectaient depuis de nombreux siècles. Ses racines en étaient la volonté de rappeler à tout le monde une vérité cardinale : en tant que mortels, nous sommes tous destinés à affronter un jour ou l’autre notre Créateur. Personne n’est dispensé du jugement final. Placer quotidiennement cette vérité au premier plan de notre conscience, m’avoua-t-il avec un sourire, n’est pas morbide, c’est de toute évidence une mitsva.

Non, il n’est pas nécessaire de connaître les détails du Monde à Venir. Mais nous devons constamment être conscients de la réalité que notre existence sera examinée attentivement par une Autorité Supérieure - et que nous serons nous-mêmes contraints de participer au jugement Divin.

Nous n’avons pas à notre disposition d’image claire du Paradis et de l’Enfer. Alors que la croyance en la récompense et le châtiment après la mort est, d’après Maïmonide, l’un des treize principes cardinaux de notre foi, nous n’avons aucun moyen de savoir exactement ce que recouvre ce concept. Mais nous pouvons essayer de deviner. Puisque notre entrée dans le monde futur est précédée par l’obligation pour chacun d’entre nous de visionner le film de notre existence, quel plus grand Enfer peut-il y avoir pour nous que celui de reconnaître nos actes honteux et nos échecs insensés pour toute éternité ? Et quel plus grand Paradis que celui d’avoir la possibilité de porter un regard éternel sur nos propres actes de bonté, de charité, de conduite noble et pieuse qui ont trouvé grâce aux yeux de D.ieu ?

C’est pourquoi il est si capital pour nous d’affirmer que la mort n’est pas la fin. Et même si nous ne savons pas exactement comment nos âmes seront traitées, que ce soit en haut ou en bas, nous avons la garantie que les vertueux recevront une récompense correspondant à leurs bonnes actions, et que les méchants regretteront amèrement le mal qu’ils ont commis.

Qu’est-ce que l’Enfer ? Souvenez-vous : vous étiez en classe de cinquième et un incident fort embarrassant se produisit : vous avez ressenti alors une honte extrême et avez souhaité ardemment que la terre s’ouvre pour que vous puissiez vous y enfoncer. Ça, c’est l’enfer. C’est la prise de conscience, profonde que notre vie (ou une partie de celle-ci) a été gaspillée, ce qui crée un sentiment profond de regret et de honte à notre âme.

La bonne nouvelle : D.ieu - dans Son infinie bonté - a établi ce processus comme un nettoyage, au terme duquel après un an (ou moins), toute la négativité a été emportée pour toujours.

Fermer le rideau

Alors, pourquoi penser à ce qui se passe après la mort tant que nous sommes encore vivants ? La réponse est simple, mais si profonde : tout acte que nous entreprenons sur terre doit être imprégné d’un sens de sa ramification éternelle.

L’histoire suivante l’illustre fort bien. Un homme très aisé, qui ne se distinguait pas par sa piété, se tenait dans la longue file de ceux qui attendaient que leur vie soit jugée par le Tribunal céleste. Il écoutait attentivement les récits des hommes qui se faisaient juger avant lui, leurs manquements spirituels et leurs bonnes actions. Pour un certain nombre d’entre eux, les balances penchaient en leur défaveur jusqu’à ce que soudain, ils se souviennent d’actes de charité qu’ils avaient accomplis, ce qui faisait basculer de manière spectaculaire la balance en leur faveur. Notre homme prospère comprit tout et sourit en son for intérieur.

Lorsque son tour arriva, il dit avec assurance : « J’ai peut-être commis de nombreuses fautes tout au long de mon existence, mais je comprends maintenant ce qui a le pouvoir de les annuler. Je suis très riche et je me ferai un plaisir de rédiger un chèque très généreux en faveur d’une cause que vous me recommanderez. »

Et la cour de rétorquer : « Nous sommes vraiment désolés, mais ici, nous n’acceptons pas de chèques, uniquement des reçus. »

La tragédie réelle de la mort est qu’elle sonne le glas de notre possibilité d’accomplir des mitsvot supplémentaires. Nous n’avons désormais plus le libre arbitre de faire le bien (ou le mal). Seul ce que nous emportons à ce moment-là peut nous faire accéder à un état de bonheur éternel. Ce sont nos actes ici et maintenant qui comptent réellement. Les choix que nous opérons aujourd’hui forgent notre part dans le Monde à Venir. Pour l’éternité. 

La mort n’est pas un agent destructeur, c’est une transition. Comme le formulait le Rabbin ‘hassidique Mendel de Kotzk : « La mort n’est qu’une question d’aller d’une pièce à une autre. Et si nous menons notre existence en conformité avec la volonté de D.ieu, nous pouvons être sûrs que la destination où nous nous rendons sera, au final, la meilleure possible. »

Oui, la vie après la mort existe. Mais la vie future la plus remarquable est celle à laquelle nous accédons en nous concentrant sur la manière d’exploiter au mieux notre existence avant la mort. 


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