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Un amour inconditionnel
par Batya Burd
Le témoignage intime d’une femme confrontée au décès subit de son mari.

Beaucoup d’entre vous connaissent déjà mon histoire (vous pouvez la lire ici). Je voudrais aujourd’hui partager avec vous ma vision intime et profonde de cette histoire.

Petit retour en arrière. En octobre dernier, mon mari Guershon et moi-même nous sommes offert une escapade à deux pour célébrer son quarantième anniversaire. Nous avons réservé une chambre d’hôtel avec une superbe vue sur mer, et à notre arrivée, nous avons été accueillis par un beau gâteau et une bouteille de champagne dans un bac de glaçons. Quarante ans, c’est vraiment un cap, et nous voulions en profiter pour faire un petit bilan de notre vie à deux. Je n’ai jamais, jamais vu Guershon aussi heureux, aussi épanoui et aussi fier de lui. Je me souviens lui avoir dit : « Tu sais, tu as quarante ans. Tu viens juste d’achever une vie. Quarante ans, c’est une vie. C’est le début et la fin de quelque chose… et voilà, tu y es ! Tu viens d’achever une vie. » Il m’a adressé l’un de ses sourires resplendissants, comme pour dire qu’il partageait entièrement mon avis.

Nous avons décidé de faire un petit saut à la plage, et nous nous sommes dirigés vers un petit coin isolé. Je me suis assise sur le sable tandis que Guershon s’offrait un plongeon dans les vagues. Vingt minutes plus tard, on le sortait de la mer, sans le moindre signe de vie.

Lorsqu’un romancier écrit une histoire, il parsème son scénario de préfigurations. Dans un sens,  alors que je parcours les pages de ma vie, j’entrevois les préfigurations par lesquelles Dieu, l’Auteur suprême de ma vie, m’a introduit aux chapitres suivants de mon existence.

Lorsque j’ai vu mon mari dans cet état, mille et une pensées se sont bousculées dans mon esprit. J’ai ressenti à quel point ma vie allait être ébranlée. J’ai ressenti à quel point Birkat HaTorah, la yéchiva dans laquelle mon mari étudiait et travaillait, allait être ébranlée. Je savais que la perte de Guershon allait provoquer une onde de choc dans d’innombrables cercles, mais par-dessus tout, je savais que je serai la première à en faire les frais. Ensuite, il y a eu l’enterrement et la semaine des Chiva. C’est à ce moment que je me suis rendu compte que j’étais loin d’être la seule personne affectée par cette tragédie ; que ce qui venait d’arriver ne se limitait pas à mon passage à l’état de veuve ni à celui mes cinq enfants à l’état d’orphelins - bien que cela soit suffisamment difficile à aborder. Parce que Guershon avait accompli tant de ‘hessed autour de lui, qu’il avait soutenu de si nombreuses personnes dans le besoin, et ce dans le plus grand secret. Ensemble, nous avions fondé Westernwallprayers.org, un organisme qui envoie des érudits en Torah au Kotel pour prier pour ceux qui en ont besoin. Le décès de Guershon a été une tragédie pour le Klal Israël, un événement poignant pour nous tous. Et cela m’a bouleversée. Je n’avais aucune idée de l’ampleur de cette disparition.

Pendant les Chiva et les semaines suivantes, j’ai été frappée par la réaction des gens face à cette tragédie et par leur manière de l’interpréter. Permettez-moi de m’expliquer. Beaucoup de gens quittent ce monde, et en général, on retrouve une cause, une raison. Cette cause peut être une maladie, une guerre, un accident, bref, une chose ou une autre. J’ai comme l’impression qu’une partie de nous-même a plus de facilité à accepter la mort quand nous parvenons à mettre le doigt sur la cause du décès : c’était la faute du terroriste suicidaire arabe. / C’était son régime. / Elle agissait de manière imprudente. / Elle se trouvait du mauvais côté de la ville. Puis nous élevons une prière : Dieu, aide-nous ! Sauve-nous de la guerre. Sauve-nous de l’Intifada. Sauve-nous de la maladie.

Il est extrêmement difficile, je le répète, extrêmement difficile, de regarder cette tragédie en face quand on sait que Guershon était un ancien maitre-nageur, en parfaite santé, en parfaite forme, en parfaite état de vigilance, nageant dans des vagues qu’il pouvait totalement maîtriser. Et qu’il a suffi d’un petit caillou charrié par une vague pour lui faire perdre conscience. 

La seule raison de sa mort, c’est que c’était la volonté de Dieu. Sauve-nous de Toi, mon Dieu.

Dans ce cas précis, il est clair comme de l’eau de roche que Dieu l’a rappelé à Lui, et c’est là une réalité qui met les gens très mal à l’aise. Je suis moi-même mal à l’aise de coucher ces mots par écrit. J’aime Dieu. Il n’en demeure pas moins que si vous vivez une tragédie – la perte d’un être proche, un divorce – cela va affecter votre approche du judaïsme et votre manière d’aborder votre vie juive. Si vous n’abandonnez pas la pratique du judaïsme, vous allez décliner, même un tant soit peu. Vous pourrez dire : « C’est cela que Tu me réserves ? Regarde un peu tout ce je fais pour Toi. Et regarde un peu tous les problèmes que j’ai dans ma vie. Pourquoi faire tant d’efforts ? Il est tellement plus facile de prendre du bon temps, de vivre sans contrainte. Au fond,  à quoi bon m’escrimer à faire Ta volonté ? Tu m’as abandonné. À mon tour de T’abandonner. »

Le gros lot

Pour aborder ces questions, nous devons revenir aux fondements. Pourquoi est-ce que je mène une vie conforme à la Torah, et pourquoi la tragédie ne devrait-elle pas affecter mon engagement envers le judaïsme ? Pourquoi est-ce que je respecte les mitsvot ? Est-ce parce que Chabbat est une expérience conviviale ? Parce que j’apprécie de faire partie d’une communauté ? Parce que donner me fait du bien ?

Pour moi, la réponse est que le monde dans lequel nous vivons est tantôt agréable et sympathique, tantôt triste et surréaliste. Parfois, il est chaleureux et merveilleux. Mais pourtant c’est toujours une scène et une étape. C’est une étape en termes de temps - une période de temps qui s’écoule. Et une scène au sens théâtral : une estrade pour une scène. Et dans cette représentation, je ne porte pas seulement un costume ; je porte un corps pour une durée déterminée. Puis, je laisserai derrière moi cette enveloppe corporelle et il ne restera de moi que ce que je suis vraiment.

Batya entourée de ses enfants à Pourim

Or qui suis-je ? Je suis un être éternel en potentiel, qui a été propulsé dans ce monde pour y apprendre une leçon. Moi, comme vous-même et qui que ce soit d’autre, avons une mission à accomplir dans ce monde. Moi, comme vous tous, je suis d’une certaine manière incomplète et ne suis donc pas encore apte à rejoindre la Lumière Infinie de Dieu. Alors j’ai besoin de ce monde pour me permettre de retourner à ma source ultime, dans un état où je peux fusionner avec la Lumière de Dieu. J’ai besoin de ces opportunités ; parfois, j’ai besoin de la souffrance. Lorsque je m’autorise à comprendre le sens de ma raison d’être ici, de vivre ce qu’il m’est donné de vivre ici - sans refouler la douleur - le résultat, c’est une transformation spirituelle.

Le décès de Guershon va-t-il affecter mon judaïsme ? L’un des principes fondamentaux du judaïsme est le fait que nous descendons sur terre pour devenir des êtres meilleurs, et quels que soient les événements qui nous affectent, nous devons les mettre à profit pour nous rapprocher. Alors oui, cette tragédie affectera sans aucun doute mon judaïsme. En réalité, lorsqu’un événement d’une telle envergure survient, les possibilités de transformation n’en sont que plus importantes, puisque dans chaque épreuve, Dieu nous accorde Son aide pour effectuer d’immenses bonds spirituels.

Il y a certaines occasions dans la vie où l’on peut se faire « un peu de sous » sur le plan spirituel ; un petit acte de bonté, une parole gentille. Et puis il y a d’autres occasions où Dieu met devant vos yeux le gros lot. Le seul hic, c’est qu’il ne ressemble pas, mais alors pas du tout à un gros lot. Vous devez porter certaines lunettes pour vous en apercevoir. Mais lorsque vous êtres conscients du véritable objectif de votre présence ici-bas, vous comprenez que ce sont dans de telles opportunités que se cache le gros lot.

Je suis incapable de vous dire pourquoi Guershon m’a été pris, et personne ne serait capable de me le dire. En revanche, j’ai certaines connaissances sur la Providence de Dieu et de Son monde, suffisamment pour vous livrer un scénario potentiel visant à répondre aux pourquoi et aux comment. La première réponse est tout à fait évidente. « Dieu utilise les tsadikim (les justes) pour expier les fautes de la génération. » La seconde réponse est un peu plus complexe et un peu plus intéressante. J’insiste à nouveau : j’ignore le pourquoi, et je ne sais pas si cette approche est vraie. 

Imaginons que dans une vie antérieure, j’avais été une fille religieuse pendant la Shoah, et que j’avais vu un être très cher périr sous mes yeux. Incapable de comprendre comment un Dieu bon et bienveillant aurait pu permettre à un tel événement de se produire, j’en étais arrivée à délaisser la pratique du judaïsme. Emportée par la rébellion,  j’avais affirmé à qui voulait bien l’entendre que Dieu ne pouvait pas exister, qu’Il nous avait certainement abandonnés, entraînant dans ma crise spirituelle de nombreuses autres personnes.

Imaginons ensuite qu’après mon décès, et mon arrivée dans le « Monde de la Vérité », là où l’âme se rend après la mort, j’avais pris conscience de mes erreurs et compris combien de dégâts spirituels j’avais causés à mon entourage en tirant les mauvaises leçons de ma vie. Imaginons que j’avais reconnu mon erreur et demandé à Dieu de la corriger. Dieu aurait alors décidé de m’accorder une nouvelle chance d’agir bien cette fois-ci et de réparer les dégâts commis par mes soins.

Imaginons que j’étais redescendue sur terre, cette fois-ci dans une famille non religieuse, que je m’étais engagée dans la voie de la Torah et avais mené une vie convenable. Et puis, une fois de plus, Dieu m’avait pris un être très cher sous les yeux, mais cette fois-ci, il m’avait accordé suffisamment de chances de ne pas vasciller dans ma foi, ainsi que l’opportunité d'exhorter d’autres personnes à rester confiantes en Dieu. De cette manière, j’avais pu non seulement rectifier mes erreurs d’antan, mais de surcroît, j’avais pu m’élever encore davantage.

Seul un Dieu bon, aimant, bienveillant, plein de compassion, pourrait m’offrir l’occasion de rectifier mon erreur, de me parfaire, et de parfaire mon entourage.

J’ignore si ce scénario est authentique, mais je pense qu’il peut illustrer une facette plausible de la Providence divine.

Quarante ans, la fleur de l’âge

Abordons maintenant la tragédie du point de vue de Guershon zatsal. Quarante ans. La fleur de l’âge. Un homme heureux, en bonne santé, père de cinq jeunes enfants de moins de dix ans. Quelqu’un m’a dit : « Pourquoi Dieu ne m’a-t-Il pas pris moi, à sa place ? » Je ne crois pas que sa mort fut une punition. Imaginons qu’un grand tsadik arrive au Paradis après 80 ans sur terre et demande : « Dieu, j’ai fait tout ce que Tu M’as demandé. Pourquoi n’ai-je pas obtenu 120 ans de vie comme Moïse ? »

« C’est d’accord, lui répond Dieu. Tu recevras quarante ans supplémentaires. Retourne sur terre et récolte autant de mitsvot que possible. Et à ton retour, tâche d’obtenir une place encore plus élevée au ciel… »

Guershon bossait comme un fou. Non pas dans le vide, mais dans les vraies valeurs, celles pour lesquelles nous sommes descendus ici-bas. Les gens parlent toujours d’épargner pour la retraite. Guershon lui, a épargné fiévreusement pour sa « retraite spirituelle. » Fiévreusement. Et maintenant, il a pris sa retraite, menant une vie de rêve au Gan Eden, le Monde Futur. Il a fait les meilleurs investissements dans ce monde, employant son temps de manière optimale pour accomplir les mitsvot et d’innombrables actes de bonté. Et maintenant il rayonne. Il est heureux. Il est à sa place. Si seulement nous pouvions arriver dans l’au-delà avec un tel patrimoine spirituel !

Pour le moment, mon rôle consiste à rester ici-bas et à continuer à travailler. Le fait de ressentir de la douleur – une immense douleur – est différent que de ressentir de l’abandon. Lorsque Yossef descendit en Égypte où il allait passer 12 ans en prison, dans l’obscurité, seul, pouvant potentiellement se sentir abandonné, la Torah dit : « Regarde ! Une caravane en provenance de Guilad arrivait, elle contenait des épices : du baume et du lotus. » Les chameaux transportaient généralement des carburants à l’odeur immonde, mais cette caravane transportait des épices dégageant une bonne odeur. Il y avait une raison à cela.

La douce odeur était un clin d’œil divin, un rayon de lumière dans la nuit qui indiquait ceci : « Écoute, Je suis avec toi. Je descends avec toi. Je sais que tu es là. Souviens-toi de Moi. Souviens-toi que Je suis encore avec toi. Tu n’es pas seul. »

Ma propre caravane, voyageant à travers l’obscurité, a été parfumée des épices aux arômes les plus incroyables. J’ai tant de gens à remercier à tant de niveaux possibles, je ne peux même pas commencer à en dresser la liste. On m’a donné tant d’amour.

Mon épiphanie à l’hôpital

Je vais partager avec vous une histoire très personnelle. Certains d’entre vous savent que toute cette tragédie s’est déroulée une veille de Chabbat, et que personne n’a eu le temps de me rejoindre dans ma chambre d’hôpital de Tel-Aviv. J’ai donc passé le Chabbat, portant toujours ma tenue de plage conforme à la Tsniout, sans personne si ce n’est l’infirmière en poste pour le week-end et mon (défunt) mari. Je savais que son état était très préoccupant. Pour tout vous dire, je ne m’attendais même pas à ce qu’on nous conduise à l’hôpital. Et puis je me suis dit qu’on nous avait amenés ici pour une raison précise. Il devait y avoir une lueur d’espoir, une raison derrière tout cela.

Il y a quelques années, mon père subit une attaque cérébrale très grave. Il n’obtint de l’aide qu’au bout de plusieurs jours, et alors, il était déjà comateux. Au bout de trois semaines, les médecins nous annoncèrent qu’il était dans un état végétatif. Accompagnée de ma sœur, je pris l’avion pour être auprès de lui et pour le soigner afin qu’il recouvre la santé. Pendant six semaines, je laissais ma famille et consacrais ma vie et mon âme à mon père. J’employais chaque once d’intelligence, de pouvoir curatif, de pouvoir de prière, toute ressource dont je disposais, tout ce que je pouvais trouver pour déclencher une activité cérébrale, pour lui inspirer une volonté de vivre afin qu’il lutte pour revenir. Grâce à Dieu, il s'en sortit.

Assise au chevet de mon mari ce Chabbat-là, j’étais envahie par une impression de déjà-vu tristement familière. Il devait être huit heures du matin ce Chabbat ; je n’avais pas fermé l’œil une seconde. J’avais supplié. J’avais sangloté. J’avais accordé mon pardon. J’avais demandé pardon. J’avais exprimé tout ce que je pouvais vouloir dans ma vie. À Guershon. À Dieu.

J’étais épuisée, mentalement, spirituellement, physiquement. J’étais tellement épuisée. Je savais que Guershon était loin, très loin… bien plus loin que mon père ne l’avait été lorsqu’on nous avait annoncé qu’il était dans un état végétatif. Jadis, j’avais totalement ignoré les médecins et avais poursuivi mes initiatives de guérison, envers et contre tout. Mais à présent, j’avais deux enfants de plus, j’étais plus âgée et plus fatiguée – et surtout je n’avais plus de mari pour m’aider avec les enfants tandis que je l’aidais. Je ne savais plus quoi faire. Je ne savais plus si j’avais la force de lutter pour lui. Je ne savais plus ce que cela exigerait de ma part, je savais seulement que cela demanderait beaucoup. Et je ne savais pas quel genre de mari j’aurai au bout du compte - après les dégâts subis par son corps et son esprit. Je savais simplement que je n’obtiendrais pas grand-chose. J’étais tellement fatiguée.

Dans de tels moments, votre vie défile devant vous. Je me suis souvenue qu’avant d’être Batya Burd, j’avais été Lisa Fefer, une jeune fille qui menait une existence très différente. Et que lorsque j’avais entamé ma nouvelle vie, je m’étais dit : « Ah, j’y suis enfin arrivée ! Je suis maintenant Batya Burd, et je le resterai pour toujours ! »

À ce moment-là, j’ai levé les yeux vers Dieu et j’ai dit : « Dieu, j’ai été Lisa Fefer et puis Batya Burd. Désormais, tu peux me mener vers celle que je m’apprête à devenir … » Et puis je me suis levée, et j’ai fait un pas en avant.

Soudain, j’ai été envahie par un regain d’énergie. J’ai fait volte-face et couru vers le lit en martelant : « Non ! Je veux rester Batya Burd ! Peu importe ce que cela implique. Je veux simplement que tu sois là à mes côtés. Je ferai ce qui est nécessaire. Je suis Batya Burd. »

J’ai imaginé Guershon à côté de moi à la table de Chabbat. Je l’ai vu dans un fauteuil roulant, faible et infirme, alors que je récitais courageusement le Kidouch et parlais aux enfants de ce qu’Abba disait, et de ce qu’Abba ferait. Et j’étais si heureuse. J’avais eu droit à cet incroyable don d’en-Haut : le don de l’amour inconditionnel pour mon époux. Tout ce que je voulais, c’était la présence de son âme, qu’il soit simplement présent. C’est tout ce dont j’avais besoin pour être heureuse.

Cette révélation m’a bouleversée.

Est-il possible de vouer un amour inconditionnel pour son conjoint ? Pour qui que ce soit d’autre que son propre enfant ? Jusqu’à présent, je n’avais jamais abordé le mariage sous cet angle. Rencontrer quelqu’un et puis l’aimer à tout prix ? Personnellement, j'avais tendance à percevoir le couple comme une situation de donnant-donnant : quels sont tes besoins ? Quels sont les miens ? Comment pouvons-nous accommoder nos deux êtres ? Il va falloir faire des compromis…  

Mais ce que j'ai vécu dans cette chambre d’hôpital a propulsé mon mariage vers une tout autre dimension. Cela a été une sensation surnaturelle. Une sensation divine. Je déteste l’idée que ce sentiment n'a été accessible qu’en un tel moment… mais il a été accessible, et ce n’était pas seulement une émotion fugitive. Cela a été une acquisition, un don du Ciel. C’était la faculté de vouer un amour entier et inconditionnel, et cela a été le plus beau cadeau que Dieu pouvait m’offrir à ce moment-là.

Lorsque mon mari a fini par quitter ce monde, j’ai dû traverser un douloureux processus de deuil. Je m’y trouve toujours d’ailleurs. Mais ce cadeau d’un amour inconditionnel doit maintenant être dirigé - directement - vers le Tout-Puissant. Tous ces sentiments que j’ai développés, toute cette ferveur, tout cet amour… doivent être emballés dans un paquet et offerts à mon Créateur. Car c’est bien là leur finalité suprême.

Dieu est toujours constant. Le rav Leib Kelemen affirme : « Dans le monde physique, l’intimité se mesure par la proximité ; dans le monde spirituel, elle se mesure par la similarité. » Dieu dit : « Vous voulez être proche de moi ? Soyez comme Moi. Vous serez en consonance avec Moi. Vous Me sentirez. » Serait-il pensable que je sois heureuse de faire quelque chose - n’importe quoi - afin que Dieu soit proche de moi ? La présence de Dieu à mes côtés serait-elle suffisante pour me donner la vie ? Ce Chabbat à l’hôpital, j'ai vécu ce sentiment. J'ai ressenti ceci pour mon mari : peu importe ce que je dois entreprendre. Peu m’importe combien d’années je dois consacrer à la rééducation, ou à quel point tu es impuissant, sois simplement ici présent à mes côtés.  

C’est une vision spirituelle totalement nouvelle ; peu importe ce que Tu me confies comme rôle, Dieu. Je veux juste être proche de Toi. C’est tout ce dont j’ai besoin. Cela ne vient pas de Dieu ; cela vient de nous, d’un choix que nous opérons.

La souffrance est complexe. En effet, nous sommes formés de deux parties : l’âme, qui sait et comprend que tout est pour le bien, sait et comprend à quel point Dieu fait preuve d’amour envers nous, et sait et comprend que tout doit en être ainsi. Mais ensuite, nous avons le corps : il a tant de sentiments qui ne rentrent pas dans le cadre. Des sentiments comme la frustration. La perte. La douleur. La colère. Les droits. L’apitoiement sur soi-même. La paresse. Ils sont tous bien réels. Il faut tous les traiter. En effet, ils forment notre réalité. Nous ne sommes pas des robots qui fonctionnons uniquement sur des convictions intellectuelles ni des corps qui nous laissons emporter uniquement par nos sensations. Nous sommes un mélange des deux.

Le vrai « nous » est le marionnettiste entre les deux. Celui qui peut voir : « Oui, c’est mon corps qui subit un processus. J’ai besoin de respecter ce processus et de le subir. J’ai besoin de le laisser évacuer la douleur d’une manière saine, mais je ne dois pas le laisser me guider. J’ai besoin de laisser mes sentiments de deuil et de perte s’exprimer, sans leur permettre de déterminer mon niveau d’observance religieuse. Pendant ce temps, j’attends que l’obscurité passe, et que la lumière au bout du tunnel luise faiblement. Même lorsque je me sens en colère ou que je ressens de la douleur et de la frustration, c’est acceptable. Rien de cela ne signifie que je vais tout laisser tomber. »

Cela signifie que je vais les laisser exister et obtenir l’aide dont j’ai besoin. Je vais subir la douleur et l’émotion et je vais les permettre de me conduire à l’étape suivante de mon périple.

J’ignore combien de temps ce parcours me prendra, et d’ailleurs, je ne crois pas que cela importe vraiment, du moment que je ressens avec certitude qu'il s'agit de mon propre parcours, celui que Dieu m’a réservé. Comme Guershon l’affirmait toujours : « Rien n’importe plus que la mitsva qui se trouve devant toi, et la bonne chose que tu dois faire maintenant. »

En ce qui me concerne, la bonne chose à faire maintenant est de m’efforcer de vivre à la hauteur de ses propos.

Adapté d’un discours de Batya Burd prononcé lors d’un rassemblement communautaire à Jérusalem.


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