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Prise d’otages meurtrière dans une épicerie cacher à Paris
En hommage à Yoav Hattab, Philippe Braham, Yohan Cohen et François-Michel Saada de mémoires bénies, puisse Dieu venger leur sang.

Le Ciel pleuvait à larmes glaciales, ce Chabbat, à Jérusalem. Mais moi, j’ignorais encore pourquoi.

Ce n’est que sur les coups des 16 heures, quand mon mari est revenu de la prière de l’après-midi, que j’ai compris, à son visage, que quelque chose ne tournait pas rond.

«  Tout va bien ? » Je lui demande, inquiète.

Il me dit « oui », mais à sa voix, j’entends « non ». Alors j’insiste. Et il finit par cracher le morceau :

« Il y a des sales nouvelles. En France. Un type a braqué un HyperCacher, porte de Vincennes, il a pris les clients en otage. » Et à ces mots, sa voix se brise…

Dès que les trois étoiles règlementaires éclairent le ciel hiérosolymitain, je me rue devant mon PC. Chabbath oblige, les sites communautaires en sont restés à la prise d’otages. Alors je passe à la presse française.

Sur la Une du Monde s’étale une photo cauchemardesque : des hommes du RAID, armés jusqu’aux dents, escortent les otages hors de l’épicerie cacher. Leur visage dit l’effroi, l’horreur, l’indicible.

Et là, juste en dessous, le titre que je redoute : « Les quatre victimes de la prise d’otages de la porte de Vincennes identifiées ».

Yoav Hattab, Philippe Braham, Yohan Cohen et François-Michel Saada. Quatre hommes. Quatre Juifs venus faire leurs emplettes en l’honneur du Chabbath. Quatre Juifs qui s’apprêtent à rejoindre leurs foyers respectifs pour un dîner en famille. Mais qu’ils ne reverront jamais. Emportés par la barbarie. Fauchés au nom d’un intégrisme qui vénère la mort comme nous-mêmes chérissons la vie.

Après Charlie Hebdo, j’avais senti, et je n’étais sans doute pas la seule, qu’un palier avait été franchi dans l’horreur. Mais ce soir, j’ai comme l’impression que ce n’est plus un palier, mais un sommet. Un monstrueux sommet.

Je ne suis pas pessimiste. Je ne suis pas fataliste. Je ne suis pas alarmiste. Mais ce soir, je suis devenue réaliste.

Jusqu’à quand allons-nous nous voiler la face ? Jusqu’à quand allons-nous contenter de condamnations officielles, aussi fermes soient-elles ? De manifestations publiques, aussi peuplées soient-elles ? De renforcement de la sécurité devant nos écoles, nos synagogues et, bientôt, de nos épiceries ?

Si la France n'est plus en mesure – malgré toute la bonne volonté qu'elle y met – de protéger ses Juifs comme elle le devrait ; si elle les livre, sciemment ou non, en pâture à l’intégrisme islamique qui la ronge en toute impunité, c’est peut-être qu’elle ne les mérite plus sur son sol. Ni eux, ni la richesse culturelle, intellectuelle et spirituelle qu’ils confèrent au pays.

En juillet dernier, quand l’Europe était balayée par une déferlante antisémite (qui, soit dit en passant, ne faisait que refléter la couverture médiatique biaisée du conflit israélo-palestinien), la Commission de la Knesset sur l’Immigration et l’Intégration avait tenu une réunion d’urgence sur la situation des communautés juives en Europe en présence d’ambassadeurs étrangers.

Ne mâchant pas ses mots, le député Hasson, ex-directeur adjoint du Shin-Beth avait alors lancé à la ronde : « Si les pays européens ne parviennent pas à protéger les Juifs sur leur territoire, l’État d’Israël le fera. Le sang juif n’est pas du sang qui compte pour rien du tout ! »

À mon tour, j’ai envie de vous dire : si la France ne sait pas protéger ses Juifs dans l’Hexagone, c’est la terre d'Israël qui les accueillera à bras ouverts et, sous l’œil du Tout-Puissant, qui les protègera.

Certes, et comme le martèle à juste titre le grand-rabbin Haïm Korsia, « l’Alya doit être un choix spirituel réfléchi, volontaire, et en aucun cas ne doit s’apparenter à une fuite, à une rupture avec la France. » (i24news, 25/06/2014)

Mais si la France elle-même est en rupture avec les valeurs qu’elle incarne, si la France elle-même fuit ses responsabilités en se bornant à « condamner l’horreur antisémite » sans prendre les mesures qui s’imposent pour le traduire dans l’action, alors la quitter n’est ni une fuite ni encore moins une rupture. Cela devient tout simplement un devoir. Une nécessité. Voire même une urgence.

Personnellement, j’ai quitté ma Savoie natale pour Israël à l’âge de 23 ans et, pour être honnête avec vous, j’ai eu pas mal à faire le grand plongeon. Mais Israël me l’a bien rendu ; passés les lourdeurs bureaucratiques et l’acclimatation à la légendaire nervosité sabra, j’y ai découvert la joie de vivre avec une famille qui s’étend sur tout un pays. Le plaisir de vivre mon judaïsme sans crainte et sans complexe. Le bonheur d’unir mon destin à celui de la Terre sur laquelle Dieu pose en permanence Son regard bienveillant.

Certes, tout n’est pas toujours tout rose au pays du bleu et blanc. Et la nostalgie pour « la Gaule de mon enfance » n’est jamais bien loin. Mais depuis quelques temps, j’ai découvert qu’elle s’est muée en déception. Puis en dégoût. Et enfin en colère.

Car le sang d’Ilan Halimi zal, le sang de Yonathan, Aryé et Gabriël Sandler zal, de Myriam Monsonégo zal, et celui de Yoav Hattab zal, Philippe Braham zal, Yohan Cohen zal et François-Michel Saada zal qui viennent de s’ajouter à cette révoltante liste, ce sang-là n’est pas du sang qui compte pour rien du tout.

D’abord, parce que l’Éternel ne laissera pas leurs tortionnaires impunis, ni eux, ni ceux qui ont l’audace de les ériger en héros. Mais aussi, parce que nous-mêmes, qui pleurons leur assassinat, tenterons de donner un nouveau sens à nos vies et, peut-être ainsi, dans une certaine mesure, à leur odieuse mort.


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