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Charlie Hebdo : Tout est pardonné?!
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Pardonner à ceux qui recherchent tant et plus votre mort n’est rien qu’une autre forme de suicide.

Les terroristes barbares qui ont assassiné 12 membres de la rédaction de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo n’ont pas réussi à le réduire au silence.

Bien au contraire. Des millions de personnes ont manifesté en réaction à cette indicible violence et en soutien au principe de la liberté d’expression. Le papier qui avait offusqué les Musulmans à cause de sa représentation de leur prophète Mohammed n’a pas tardé à publier un nouveau numéro. Et à la stupeur de ceux qui cherchaient par tous les moyens à le faire taire, celui-ci a battu tous les records de vente de l’hebdomadaire satirique – et par la même occasion, ceux de toute l’histoire de la presse française.

En effet, le tirage habituel du Charlie Hebdo s’élevait en moyenne à 60 000 exemplaires. Annoncé d’abord à 1 million d’exemplaires, celui du journal « des survivants » sera relevé à 3 millions, puis à 5 millions, pour finalement dépasser la barre des 7 millions d’exemplaires. Un score exceptionnel quand on se souvient que le précédent record était détenu par feu France-Soir, avec 2,2 millions d’exemplaires, à la mort du général de Gaulle. Déjà décliné en anglais, espagnol, arabe, italien et turc, ce numéro devrait par la suite être vendu dans 25 pays et traduit en 16 langues.

Visiblement, le monde entier était extrêmement curieux de connaître la réaction du Charlie Hebdo aux lendemains de sa quasi-disparition, et attendait avec impatience sa prochaine « Une ». Laquelle ne les déçut guère – du moins à un certain égard.

Car une fois de plus, et n’en déplaise à ses fidèles, la couverture du nouveau numéro présenta une caricature de Mohammed, une larme à l’œil, tenant une pancarte « Je suis Charlie ». C’était là une ferme déclaration que malgré les menaces islamistes, la rédaction ne plierait pas l’échine ; nonobstant les vies perdues, elle ne se laisserait pas intimider.

Cela dit, le slogan « Tout est pardonné » accompagnant ladite caricature a laissé plus d’un lecteur perplexe. Et pour cause, ce titre se prête à deux interprétations possibles, mais contradictoires. Qui pardonne à qui ? Telle est la question…

Sur le coup, j’ai pensé que le dessinateur avait voulu représenter le prophète en pleurs à cause du mal perpétré en son nom, et qu’à travers sa caricature, il s’insurgeait contre le fait que des gens puissent justifier le meurtre à cause d’un dessin, et la violence quand celle-ci est supposément perpétrée pour défendre l’honneur d’un homme saint. J’ai donc présumé que c’était Mohammed qui accordait son pardon total aux caricaturistes ayant représenté son image, tout en pleurant pour ceux qui étaient incapables de comprendre la gravité du meurtre.

Imaginez donc quelle ne fut pas ma stupeur en découvrant que mon interprétation personnelle était totalement erronée !

Car au micro de la BBC, la caricaturiste Zineb el-Rhazaoui (Zineb) a déclaré que la dernière Une du Charlie Hebdo était « un appel à pardonner les terroristes Cherif et Saïd Kouachi qui ont abattu 12 de ses collègues et blessé une dizaine d’autres durant le carnage au siège du journal. »

Même son de cloche dans un entretien de la dessinatrice avec le journal The Gardian : « Nous sentons que nous devons pardonner ce qui s’est passé. Je pense que si elles en avaient eu l’occasion, les victimes auraient voulu prendre le café avec les terroristes et discuter tranquillement avec eux pour leur demander pourquoi ils ont fait cela… À la rédaction de Charlie Hebdo, nous ressentons que nous devons passer l’éponge. »

Réagissant à la vague de mobilisation internationale qui a fait suite aux attaques, elle a ajouté : « La mobilisation qui s’est produite en France après ce terrible crime doit ouvrir la voie au pardon. Tout le monde doit penser à ce pardon. »

En d’autres termes, la réaction attendue suite à cet attentat de proportions barbares n’est qu’une effroyable déformation de l’idéal du pardon – un idéal qui est l’apanage exclusif du repentant sincère – à l’adresse de meurtriers pourtant fermement décidés à poursuivre leurs actes de terrorisme.

S’imaginer partager un café avec ceux qui sont déterminés à vous tuer relève de bien plus que d’une naïveté inconcevable. Et croire que tendre la main vers celui qui est décidé à vous détruire ne se soldera pas par une amputation dépasse de loin la simple stupidité.

Car la réalité est tout autre : pardonner à ceux qui continuent à rechercher activement votre mort n’est qu’une autre forme de suicide.

Pardonner à des individus qui ne se repentent pas de leurs péchés revient à affirmer que le repentir n’est pas une démarche véritablement nécessaire. Peut-il y avoir une attitude plus immorale que celle d’encourager le mal en s’abstenant d’une condamnation constante de ceux qui s’y vouent ?

Qui ne proteste contre le mal y consent. Pardonner et oublier signifie, comme l’a si bien écrit Arthur Schopenhauer, « jeter par la fenêtre une expérience chèrement acquise. » Or si l’on ne tire pas de leçons de ses expériences passées, on est quasiment voué à les reproduire.

D’ailleurs, les terroristes qui ont méthodiquement massacré les journalistes dans les bureaux du Charlie Hebdo n’ont jamais demandé à être pardonnés. Au contraire, ils se sont enorgueillis de leur attaque si bien planifiée, et ont également poursuivi leur infâme tâche dans un supermarché cacher où ils ont tué quatre innocents dont le seul crime était d’être des Juifs vaquant aux préparatifs du Chabbath. Aurons-nous maintenant l’audace de proclamer, au nom des défunts, que « tout est pardonné » ?

Pardonner à des terroristes revient tout bonnement à leur accorder le droit d’assassiner d’avantage d’innocents. Pardonner à ceux qui refusent de se repentir c’est devenir complice de tous leurs futurs crimes.

Le pardon n’a de valeur que s’il est accordé à ceux qui sont remplis de remords et font le serment de ne plus jamais répéter leurs transgressions. Voilà pourquoi je trouve le titre « Tout est pardonné » qui s’étale sur la couverture du nouveau Charlie Hebdo tout à fait obscène.


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