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Le dernier combat d’Amalek
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Qui est donc Amalek ? Et pourquoi s’acharne-t-il avec tant de hargne contre le peuple d’Israël ? Portrait d’un assaillant aux milles visages.

Au début du livre de Chémot (Nombres), après l'intervention divine qui a permis aux Hébreux de quitter la condition d'esclave et de sortir d'Égypte, la Torah mentionne un épisode fondamental pour l'histoire d'Israël, connu sous le nom de "guerre contre Amalek"1. Des nombreuses guerres que connut le peuple juif au cours de sa longue histoire (qui, n'en déplaise à certains, est loin d'être terminée), celle contre Amalek revêt un caractère particulier :

La lecture de ces quelques versets soulève immanquablement de nombreuses interrogations :

Mais avant de répondre à ces questions, il faut en poser une autre, essentielle : qui est donc Amalek ???

Les racines d’une haine

La première mention du nom d’Amalek dans la Torah se trouve dans le livre de Béréshit (Genèse) qui nous apprend qu’Elifaz, fils d’Essav (Ésaü), avait une concubine du nom de Timna avec laquelle il eut un enfant du nom d’Amalek7.

La Torah nous apprend également que Timna, la mère d’Amalek, était une femme de haut rang, sœur du "chef" Lotan8.

Sachant que, dans le contexte de l'époque, le statut d'une femme vivant avec un homme sans être mariée avec lui n'était pas particulièrement enviable, comment se fait-il que Timna ait préféré devenir la concubine d'Elifaz plutôt que l'épouse d'un homme correspondant à son rang social ?

C'est le Talmud9 qui répond à cette question, expliquant que Timna, désireuse de lier son destin à celui des Hébreux, s'était rendue auprès d'Abraham, Isaac et Jacob et que ceux-ci avaient tour à tour refusé de l'accepter. Estimant "qu'il vaut mieux être une servante au sein de cette nation plutôt qu'une princesse dans n'importe quelle autre", elle se tourna alors vers Elifaz – fils d’Essav et donc petit-fils d’Isaac – et devint sa concubine, entrant ainsi dans cette famille par la petite porte. Timna gardera cependant rancune à Abraham, Isaac et Jacob de l'avoir "rejetée" et cette rancune, jointe à celle qu’Essav éprouvait pour son frère Jacob10, sera transmise à Amalek qui finira par développer une haine farouche pour cette famille.

Amalek, l’ennemi aux mille visages

Au fur et à mesure que la famille hébraïque s'agrandit et devient un véritable peuple, la haine amalécite grandit également et va peu à peu se transformer en véritable idéologie : puisqu’Amalek ne peut participer à l'histoire des Hébreux, il va devenir, selon les termes du rav Yehouda Léon Askénazi, "l'antagoniste absolu de [cette] histoire et de [cette] identité"11. C'est cette idéologie qui motive la première bataille que livrent les Amalécites contre les Hébreux au moment où ces derniers sortent d'Egypte; et c'est cette même idéologie qui tentera, tout au long de l'Histoire, de s'opposer à Israël. Ainsi, le livre biblique d'Esther relate la manière dont Haman, descendant d’Amalek12, avait planifié la première solution finale de l'Histoire et résolu de "détruire, exterminer et anéantir tous les Juifs, jeunes et vieux, enfants et femmes, en un seul jour"13.

Pour autant, l'échec de ce plan, célébré lors de la fête de Pourim et la pendaison de Haman et de ses fils, ne mit pas fin à la haine amalécite, bien au contraire : la Haggada (récit) que nous lisons lors de la fête de Pessa'h souligne que "ce n'est pas un seul qui se leva contre nous pour nous exterminer, mais à chaque génération, [des ennemis] se dressent contre nous pour nous exterminer et le Saint béni soit-Il nous délivre de leurs mains"14. La précision de ce texte écrit il y a près de 2000 ans ne s'est jamais démentie : chaque génération a en effet vu se lever un ou des descendant(s) d’Amalek (si ce n'est sur le plan génétique, en tout cas au niveau spirituel) désireux d'anéantir le peuple juif. Et ceux qui croyaient qu’Hitler et ses sbires étaient les derniers, découvrent avec horreur qu'aujourd'hui Amalek est présent dans les rues de Paris, Bruxelles ou Copenhague (pour ne parler que des exemples les plus récents !)

Mais quelle est donc cette idéologie qui se prolonge jusqu'à nos jours et se transmet à des individus qui, génétiquement, n'ont rien à voir avec le peuple amalécite (peuple dont nous avons d'ailleurs complétement perdu la trace) ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire d'analyser minutieusement les termes utilisés pour décrire l'attaque d’Amalek au chapitre 25 de Dévarim cité plus haut: "Souviens-toi de ce que t'a fait 'Amalek, lors de votre voyage, au sortir de l'Egypte; comme il t'a surpris chemin faisant, et s'est jeté sur tous tes traînards par derrière. Tu étais alors fatigué, à bout de forces, et lui ne craignait pas D.ieu.".

"Lors de votre voyage [...] chemin faisant"

C'est toujours lorsque le peuple juif est "en chemin" qu’Amalek l'attaque. Ce qui le dérange, ce n'est pas tant l'existence de ce peuple que le "chemin" qu'il entreprend, cheminement spirituel qui vise à élever l'humanité dans la conscience et la connaissance de D.ieu. Le but de ce chemin n'est pas d'ériger une théocratie mondiale, mais bien au contraire de construire un monde où l'être humain puisse retrouver la dignité qui est la sienne en tant créature formée "à l'image de D.ieu"15. C'est à ce projet que s'attaque Amalek, comme nous allons le voir plus en détail.

"Il t'a surpris"

Cette expression traduit le mot hébreu "kar’ha" qui, entre autres significations, peut être rattaché au mot "mikré", signifiant : le hasard16. Amalek ne nie pas nécessairement l'existence de D.ieu ; ce qu'il réfute, c'est Son influence dans ce monde. Pour lui, tout est une question de hasard. L'Histoire n'a pas de sens, il n'existe aucun projet divin transcendant l'être humain et traversant les générations, seuls comptent l'instant présent et la jouissance que je peux en retirer : voilà l'idéologie d’Amalek. Et c'est en raison de cette idéologie qu'il va s'attaquer, tout au long de l'Histoire, au peuple qui représente l'antithèse de cette "religion du hasard"17.

"Il s'est jeté sur tous tes traînards par derrière. Tu étais alors fatigué, à bout de forces."

À première vue, nous avons ici une simple description de la cruauté d’Amalek, qui s'en prend aux faibles et à ceux qui ne peuvent lui résister. Le commentaire de Rachi (Rabbi Chlomo Yits'haki, 1040-1104, l'un des commentateurs essentiels du texte de la Torah) livre cependant une précision étonnante. Le terme "vayezanev", traduit ici par "se jeter sur", signifie littéralement : couper un appendice (zanav). Rachi explique alors que les Amalécites, s'en prenant aux Hébreux mâles, "tranchaient l'endroit de la circoncision et le lançaient vers le ciel". La circoncision, signe par excellence de l'alliance entre D.ieu et le peuple juif, symbolise d'après nos Sages la capacité de l'Homme à canaliser ses pulsions animales (la pulsion sexuelle étant considérée comme la plus forte de toutes) et à les soumettre à un impératif moral supérieur18. En effet, contrairement à d'autres religions, le judaïsme ne demande pas à l'Homme d'ignorer ou d'annuler ses pulsions (chose impossible), mais de conditionner leur satisfaction à un certain nombre d'exigences d'ordre moral. Là encore, Amalek intervient pour lutter contre une notion impliquant la conscience de D.ieu et l'idée d'une humanité dont le moteur serait la moralité et non le profit personnel. Il est d'ailleurs extrêmement intéressant de remarquer que ce dégoût pour la circoncision se retrouvera, des siècles plus tard, dans des paroles attribuées à l'un des héritiers les plus tristement célèbres de l'idéologie amalécite : Adolf Hitler. Dans son livre Hitler m'a dit, Hermann Rauschning cite en effet le Führer en ces termes : "La conscience est une invention juive, tout comme la circoncision. Mon devoir est de libérer l'humanité des idées sales et dégradantes de la conscience et de la moralité"19.

"Il ne craignait pas D.ieu"

Comme nous l'avons vu plus haut, Amalek ne nie pas l'existence de D.ieu ; si c'était le cas, il n'aurait aucune raison de se battre puisqu'on ne peut attaquer ce qui n'existe pas. Amalek reconnaît donc l'existence de D.ieu mais il nie que cette existence puisse avoir une quelconque conséquence pour le monde et l'humanité. L'idée selon laquelle l'être humain, en tant que dépositaire du projet divin, se doit d'agir avec responsabilité et selon les exigences d'une morale supérieure, lui est insupportable. C'est pourquoi il entreprend une véritable guerre contre D.ieu, selon le texte de Chémot cité plus haut, en s'attaquant au peuple dont la vocation est précisément d'enseigner cette notion à l'humanité. C'est pour cette raison que la Torah nous ordonne d'effacer jusqu'à son souvenir et que D.ieu Lui-même a juré de s'associer à cette tâche. Ou pour reprendre les mots du rav Elie Munk : "Le règne de 'Amalek ne sera effacé que lorsque la Loi morale sera devenue la Loi universelle pour les plus grands et les plus puissants de ce monde, et que leurs crimes seront un objet d'horreur pour tous les hommes. À nous de faire en sorte que soient effacés de dessous les cieux le principe d’Amalek et sa glorification, à D.ieu d'effacer alors les dernières traces de ses représentants sur terre"20.

Une génération après la Shoah, il est manifeste qu’Amalek, fidèle à sa "mission" et plus déterminé que jamais, revient et se lance dans "une nouvelle guerre contre les Juifs"21. Tel une hydre protéiforme, on le retrouve aujourd'hui sous les traits d'islamistes fanatisés, de nostalgiques du IIIe Reich, d'un "comique" français qui a fait de l'antisémitisme son fonds de commerce et de ceux qui manifestent dans les rues de Paris, Berlin ou Amsterdam en hurlant "Mort aux Juifs".

Il est évident que la guerre entreprise par Amalek contre D.ieu est perdue d'avance ; mais elle peut néanmoins faire de nombreuses victimes. Amalek a commis trop d'atrocités au cours de l'Histoire, il est temps que son règne prenne fin. À nous de faire en sorte que ce combat soit le dernier...

Notes

1. Chémot XVII, 8-16
2. Chémot XV, 14-16
3. Chémot XVII, 8
4. Chémot XVII, 16
5. Chémot XVII, 14
6. Dévarim XXV, 17-19
7. Béréchit XXXVI, 12
8. Béréchit XXXVI, 22 et 29
9. Traité Sanhedrin 99b
10. Voir Chémot XXVII, 41
11. Ki-Mitsion: notes sur la paracha, Ed. Fondation Manitou 1997, p. 364; cité in: Les définitions hébraïques de "Manitou", Michel Koginsky, Editions Ormaya 2006, p. 30
12. Esther III, 1
13. Esther III, 13
14. Haggada de Pessa'h: partie Maguid, passage débutant par "Vehi che'amda"
15. Béréchit I, 27
16. Voir le commentaire de Rashi (Rabbi Shlomo Yits'haki, 1040-1104) sur ce passage
17. Voir Naissance d'Israël - Le printemps du monde, rav Yossef Atoun, 2012, p. 396
18. Voir le commentaire du rav Shimshon Raphaël Hirsch (1808-1888) sur Béréchit XVII, 10-14
19. L'authenticité des entretiens entre Rauschning et Hitler, censés être à la base du livre, a été plusieurs fois mise en doute. Cependant, si l'on en croit l'historien Martin Broszat, le contenu du livre reflète exactement la philosophie d’Hitler bien que ses citations puissent difficilement servir de source irréfutable. Voir à ce sujet Antisemitism and racism in Nazi ideology, Walter Zwi Bacharach, Yad Vashem 2007, p. 8
20. La voix de la Torah, rav Elie Munk, p. 186, cité in: Naissance d'Israël - Le printemps du monde, rav Yossef Atoun, 2012, p. 397
21. Reflections on global anti-Semitism: its implications and impact, Dr Steven Windmueller, E Jewish Philantropy, 22 février 2015


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