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Je ne suis jamais tombé amoureux de ma fiancée
par
Ne laissez pas Ryan Gosling vous apprendre ce qu’est l’amour…

N’oublie jamais est un film génial. Je l’ai vu au cinéma quand j’étais au lycée et une autre fois pendant une rencontre. Vous vous souvenez du nom du personnage joué par Ryan Gosling ? Il s’appelait Noah, comme moi. Du coup, j’ai eu droit à mon quart d’heure de gloire ce lundi matin en arrivant au bahut. « T’as vu ? Il s’appelle Noah, comme Ryan Gosling dans le film… » Puis les copains n’ont pas tardé à se rendre compte que le prénom Noah est le seul point commun que j’ai avec Ryan Gosling…

Nous connaissons tous le problème de ce film et de toutes les autres comédies romantiques du même genre. Ma voiture toute rouillée n’est pas un charmant symbole de différences sociales ; c’est juste une « pompe à fric ». Je ne possède pas de barque et j’ai encore moins les abdos de Ryan Gosling. Et quand j’ai enfin dit « je t’aime » pour la première fois, aucune musique originale n’a été composée pour saluer notre amour naissant sous un torrent de larmes d’émotions.

Pourtant nous tombons à chaque fois dans le panneau. Les filles sont sous le charme, et se laissent emporter sur les ailes de la romance. Il y a même des garçons qui sortent du cinéma en se croyant capables de faire une déclaration d’amour à la Love Actually sans même bégayer une seule fois.

Et ceci devient un sérieux problème quand nous appliquons les valeurs de ces films à l’eau de rose à la vraie vie.

Je me marie dans une semaine. Je suis amoureux de ma fiancée Aliza, mais je ne suis pas « tombé » amoureux. Et l’amour que j’éprouve pour elle a été précédé de loin par le respect et l’admiration que je lui porte. Au début, ce n’est pas mon cœur qui s’est entiché du sien ; c’est mon esprit qui s’est épris du sien. En tant que juifs pratiquants, nous n’avons aucun contact physique avant le mariage. Ce qui nous laisse tout le loisir de découvrir la personnalité de l’autre. Nos cinq premières rencontres ont duré entre trois et six heures, que nous avons passées à marcher, parler, manger, marcher, écouter, boire, parler, écouter et apprendre. Apprendre tout en douceur. Mon esprit n’était pas affairé à planifier LA déclaration d’amour qui précèderait ce fameux Premier Baiser, pour la bonne raison que ce dernier n’était pas au programme pour le moment… Je n’ai fait qu’écouter et apprendre.

J’ai appris l’endroit où elle voulait vivre, les noms de ses frères et sœurs, les valeurs qui lui tenaient à cœur, son sens de l’éthique, ce qui contribuait à son épanouissement personnel, sa trajectoire professionnelle et ses objectifs personnels, comment s’est déroulée son enfance, le rôle que ses parents ont joué dans sa vie, son genre de musique préféré, ses connaissances en pop-culture, son intérêt (ou plutôt son désintérêt) pour la politique, la place que le judaïsme occupe à ses yeux, combien elle aime la vie, comment elle imagine sa future maison, et par-dessus tout, qu’elle adore la soupe. En quatre rencontres, j’ai découvert tout cela, et bien plus encore.

À la cinquième rencontre j’ai su que j’allais l’épouser. Ce jour-là, nous avons passé 18 heures ensemble. Et puis il y a eu ce fameux moment où j’ai eu la certitude que nous étions faits l’un pour l’autre. Ce même moment où, comme elle me l’avouerait plus tard, elle a pensé exactement pareil. Nous étions installés sur une terrasse qui surplombait une Jérusalem recouverte par un tapis d’étoiles et de lumières qui scintillaient depuis les maisons perchés sur la montagne en contrebas. Elle était assise sur une balancelle et elle m’a dit : « Tu me pousses ? » Alors j’ai dit : « Bien sûr » et j’ai poussé la balancelle. Et puis ça a été le déclic…

Attendez, je sais exactement ce que vous pensez… « Il est en train de nous décrire le genre de scènes à l’eau de rose qu’il vient tout juste de critiquer ! Quel hypocrite ! »

Mais je ne suis pas d’accord avec vous.

Un moment d’une telle pureté, d’une telle simplicité, n’aurait pas pu se produire si nous nous n’étions pas d’abord assurés d’être sur la même longueur d’onde.

À quoi rime une scène romantique si vous n’avez pas au préalable la certitude que vos valeurs, vos objectifs et votre vision générale de l’avenir concordent ? Cela reviendrait à acheter des tableaux de maître pour décorer le gratte-ciel de 40 étages que vous êtes en train de construire, avant même de vous assurer que les murs sont assez solides. Vos belles œuvres d’art risquent fort de tomber.

Aliza m’a dit une phrase très puissante l’autre jour : On ne peut aimer une personne que dans la mesure où on la connait. La romance version Hollywood vous apprend souvent l’inverse. Tombez amoureux maintenant, et laissez les questions pour plus tard.

« Tomber » amoureux. Le seul emploi de ce verbe devrait suffire à nous mettre sur nos gardes. « Tomber » c’est perdre l’équilibre et s’affaisser au sol. C’est s’abandonner au bon vouloir capricieux de Cupidon en espérant que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourquoi voudrions-nous reléguer la relation la plus importante de notre vie au soin du hasard ?

Je voudrais changer cette terminologie. Au lieu de « tomber amoureux », je propose qu’on dise « voler amoureux ». Je vous l’accorde, cette expression sonne bizarre et a l’air de sortir tout droit d’une publicité pour un nouveau parfum de Beyoncé, mais tentons le coup. Parce que voler est un choix effectué avec confiance et précision. Et par-dessus tout, c’est quelque chose de libérateur. C’est un terme beaucoup plus fidèle à l’état d’esprit qui caractérise une relation saine, solide et durable.

Je sais bien que le fait que nous ayons pris soin de faire ample connaissance l’un avec l’autre avant de laisser libre cours à nos sentiments amoureux ne signifie pas pour autant que nous ferons jamais d’erreurs et ne trébucherons jamais. Mais je suis convaincu que parce que je n’ai fait que parler et écouter ma fiancée pendant les six derniers mois, j’ai, tout au moins, évité de nombreuses embûches. Et avec l’aide de Dieu, je me suis engagé dans la voie royale qui nous conduira à un amour et un respect sincères et authentiques.

Sinon, je serai bien obligé de m'acheter une barque…


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