Yom haShoah prend fin. Les récits des rescapés résonnent encore dans toute leur horreur. La mort des enfants en particulier, est insupportable. Sont-ils partis pour rien ? Que pouvons-nous pour honorer leur mémoire ? Édifier des musées, retrouver des photos, respecter une minute de silence ? Chaque année, cette question me hante.

Ayant perdu des membres de ma famille durant cette terrible destruction, je ne peux m’empêcher de penser à tous ces jeunes enfants, parqués puis gazés sans merci. Je pense aussi à leurs parents. À leur mère.

Un jour, un homme rencontra dans un jardin public une jeune femme entourée de plusieurs de ses enfants. Gêné par le bruit et l’idée même de famille nombreuse, il interpella la mère. « Alors, vous voulez en faire combien comme ça ? ». Gentiment, elle lui répondit : « six millions ».

À la mort, nous répondons par la vie. À l’extermination, nous répondons par la transmission.

À la mort, nous répondons par la vie. À l’extermination, nous répondons par la transmission. À chaque fois que j’assiste à la sortie des écoles à Jérusalem, en particulier celle des écoles de filles d'où les élèves sortent avec les joues roses et les cheveux nattés, je ne peux m’empêcher de pleurer. Je pense aux 93 jeunes professeurs du Beith Yaakov, qui, cernées par les Nazis, préférèrent se donner la mort plutôt que de tomber entre leurs mains. Certaines victimes, dans les camps et les prisons de la gestapo, écrivirent de leur sang « Nekama », « vengeance ».

Lorsque j’assiste à la sortie des jeunes filles du Beith Yaakov de Jérusalem, je me dis que nous avons là la plus belle des vengeances, celle de la vie. Alors que la « bête immonde » est morte, nos enfants vivent et étudient, sur les bancs du talmud Thora et ceux du Beith Yaakov. Ils récitent l’alphabet et regardent vers l’avenir.

Un autre souvenir me fait vibrer. La mère de l’une de mes amies a passé de longs mois à Auschwitz où elle perdit toute sa famille. Elle ne put jamais effacer les souvenirs du camp. Ni la peur panique qui la prend, que ce soit la nuit ou en plein jour, lorsqu’elle est seule ou au milieu d’une foule. Après la guerre, elle se maria et eut des enfants (et de nombreux petits-enfants). Il y a quelques années, j’eus la chance d’assister à la consécration d’un sefer Thora au nom de tous les siens. Cette femme était là, devant moi, dans une synagogue, entourée de ses descendants. Elle souriait d’un sourire que je ne pourrais jamais oublier.

Notre amour pour Dieu ne connait ni la peur, ni la mort.

Les Nazis voulaient détruire les Juifs et le judaïsme. Ils voulaient brûler les enfants et les Sefer Thora. Ils voulaient couper les papillotes et les barbes. Ces enfants, ces vieillards, ne sont pas morts pour rien. Ils nous donnent la force de continuer. De nombreux étudiants en Yechiva dansaient devant les chambres à gaz. Je n’arrive pas à me représenter cette scène surréaliste rapportée par de nombreux témoins. Les gardes allemands devenaient fous. Aujourd’hui, je pense à eux et au chant qu’ils entonnaient « Heureux sommes-nous ! » « Tu es notre D.ieu et nous sommes ton peuple bien aimé ! »

Continuer à chanter, à construire les synagogues qu’ils voulaient éradiquer, à lire les Tehilim qu’ils voulaient saccager, n’est ce-pas la meilleure façon de se souvenir ? N’est-ce pas la véritable célébration juive ? Car peut-être est-ce là la particularité de notre peuple. Elle n’est ni anatomique, ni culturelle. Elle n’est ni culinaire ni économique. La particularité juive tient à notre force de clamer notre fidélité et notre intimité avec Dieu. Quelle que soit l’époque et la situation. Que l’on nous torture ou nous encense. Que l’on nous tue ou nous distingue. Peu nous importe. Achrénou Israël. Notre amour pour Dieu ne connait ni la peur, ni la mort. Nous continuerons à Te chérir. Quoi qu’il arrive. Et aucun Nazi, aucun antisémite ne parviendra jamais à déraciner cet amour éternel. Voilà ce que chantaient les Juifs devant la chambre à gaz, et ce que chantent mes enfants à la table de chabbath. Heureux sommes-nous !