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Voie n°39 : Partager le fardeau

Voie n°39 : Partager le fardeau

Un cœur brisé fait davantage souffrir qu’une fracture de l’épaule. Soyez sensible à la douleur des autres.

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Un cœur brisé fait davantage souffrir qu’une fracture de l’épaule. Soyez sensible à la douleur des autres. Votre conscience et votre énergie vitale y gagneront en acuité.

Vous est-il déjà arrivé, alors que vous êtes déprimé, que quelqu’un vous donne une tape dans le dos en vous disant : « Allez, secoue-toi un peu, tu as tout pour être heureux ! ». Vous avez certainement eu envie de lui donner des coups. Pourquoi ? Parce que, bien qu’il essaye de vous aider, il n’a pas la moindre idée de ce que vous ressentez. 
 
La Voie 39 s’intitule « Nossè be’ol im ‘havèro », littéralement « aide ton ami à porter son fardeau ». Autrement dit, sachez voir et partager la douleur des autres. On ne peut pas traverser la vie comme s’il s’agissait d’une course d’obstacles où il n’y a que des rapports de force et où il convient de tirer son épingle du jeu. Il faut, au contraire, apprendre à aider les autres à partager leur fardeau. 
 
Devant la douleur physique, tout le monde se met en quatre pour apporter des pansements, de l’eau, un défibrillateur… Mais lorsque la douleur est d’ordre affectif ou moral, s’il s’agit d’une souffrance due à la dépression, nous ne savons pas quoi faire. Et nous avons tendance à battre en retraite. Et pourtant, ce sont là précisément des situations où nous devrions sortir de  notre passivité pour partager la douleur de notre prochain. Parce qu’un cœur brisé fait plus mal qu’un bras cassé. 
 
Chaque individu est confronté (consciemment ou non) à des dizaines de fardeaux qu’il doit supporter de son mieux : problèmes de manque de confiance en soi, de projets avortés, d’échecs, de doutes, d’incompétence… Le grand défi de la vie consiste à les surmonter. 
 
Si vous aspirez à vivre dans un monde « humain », vous devez sortir de vous-mêmes et être attentifs  aux problèmes des autres. Vous ne pouvez pas vivre les yeux bandés dans un monde où « moi seul j’existe ». Ce serait un monde barbare, non civilisé. 

Savoir se mettre à la place de l’autre   Nous saluons nos connaissances d’un cordial « Comment allez-vous ? », alors qu’en fait, nous n’avons aucune envie d’entendre une réponse détaillée à notre question !  

Pour aider les autres à  supporter leur fardeau, il faut commencer par les voir comme des êtres humains et non comme des objets. Ainsi, les convenances sociales font que nous saluons nos connaissances d’un cordial « Comment allez-vous ? », alors qu’en fait, nous n’avons aucune envie d’entendre une réponse détaillée à notre question ! 
 
Sachez observer. Cette personne est-elle gaie ou triste ? Faible ou forte ? Anxieuse ou sûre d’elle ? Mesurez à quel point les problèmes des autres, leurs espoirs, leurs rêves, leurs aspirations, sont tout aussi réels que les vôtres. Demandez-vous « De quelle nature est leur fardeau ? ». Essayez d’imaginer à quel point il pèse sur leurs épaules. 
 
Certaines personnes parviennent cependant à dissimuler leurs émotions. Ne vous fiez  pas toujours aux apparences. Quelqu’un peut donner l’impression d’être calme et méthodique alors qu’il se sent intérieurement en plein désarroi. 
 
Essayez de vous mettre à la place de l’autre. Quel effet cela fait-il d’être vieux, faible, dur d’oreille, de perdre ses dents, de voir mourir un proche ? De commencer un nouveau travail ? D’emménager dans un nouveau quartier ? 
Cet employé, à la poste, son travail n’est pas facile. Comment le supporte-t-il ? Cette personne qui passe devant vous dans la file d’attente, pourquoi est-elle si tendue ? 
 
Soyez attentifs à la réalité qui vous entoure. Lorsque vous parlez, par exemple, à une personne âgée, essayez d’imaginer qu’à votre âge, il était aussi créatif et dynamique que vous. Quant aux enfants, on a trop tendance à les traiter comme des jouets, en oubliant à quel point ils perspicaces et sensibles. 

 
Une question de point de vue

En présence d’une personne inconnue, nous parvenons à l’évaluer en ayant recours, inconsciemment, à une approche instinctive, affective ou intellectuelle. Votre subconscient analyse ainsi, à votre insu, la personne qui s’assied à côté de vous dans un avion, par exemple. Essayez maintenant d’utiliser cette possibilité de manière plus consciente. 
 
Il nous arrive d’entrer en conflit avec des interlocuteurs dont nous nous demandons comment ils peuvent défendre des points de vue aussi différents des nôtres. C’est pour cela que nous devons essayer de voir le monde avec les yeux de nos contradicteurs. 
 
Supposons, par exemple, que vos parents vous sermonnent en vous disant que vous êtes en train de gâcher votre vie. Ils veulent, en fait, dire par là que vous ne répondez pas à leurs attentes ! Ne contre-attaquez pas, de vous lancez pas dans une escalade verbale qui risque de se terminer par des injures et des insultes. Essayez plutôt de vous mettre à leur place, d’imaginer leur anxiété. Quelle serait votre réaction si vous aviez un enfant qui vous cause du souci. Qu’est-ce qui les préoccupe ? Ils se tracassent pour moi. Ils sont inquiets et s’imaginent que je vais gâcher ma vie. Et ils le prennent très mal. 
 
Chaque individu est un monde en soi,  qui n’a pas nécessairement la même manière de penser que vous. Essayez de pénétrer leur monde et de deviner ce qu’ils pensent. Ne soyez pas trop prompt à imposer votre opinion ; examinez aussi la leur. Sachez écouter. 
 
Essayer de voir les choses sous un autre angle vous permettra à tout le moins de diminuer votre colère et d’augmenter votre capacité d’empathie.

 
Etre réceptif à l’autre en cas de conflit

 

Lorsque vous êtes en désaccord avec quelqu’un, ne vous focalisez pas sur la logique et la justesse de votre position. Essayez de voir quel est le problème de votre interlocuteur. Y a-t-il quelque chose qui l’empêche de voir où est la vérité ? 
 
Sachez voir pourquoi votre ami est « bloqué ». Il ne veut peut-être pas reconnaître qu’il a commis une erreur. Ne le poussez donc pas dans ses retranchements. Ne poursuivez pas une discussion qui le met mal à l’aise. Essayez au contraire de le détendre. 
 
Ne réagissez jamais violemment en oubliant la sensibilité de votre interlocuteur. Si votre employé n’a pas fait son travail, c’est peut-être parce qu’il a besoin de conseils, ou de marques d’appréciation. 
 
De même, si vous donnez des cours à quelqu’un, faites en sorte que la communication ne se fasse pas en sens unique. Voyez s’il vous écoute, s’il est intéressé, s’il accepte ce que vous dites, si, au contraire, il semble être en désaccord, s’il vous paraît  stimulé, perturbé, heureux…Vous devez sentir tout cela, le percevoir. 
 
L’inverse est également vrai. Essayez d’aller au-delà des paroles du professeur qui vous transmet un savoir et d’apprécier  ce que cela signifie pour lui, sur le plan personnel.  Vous atteindrez ainsi  une nouvelle dimension. C’est ainsi que s’acquiert la sagesse. 

 
Partager le fardeau

 

Lorsque quelqu’un sait que vous comprenez ce qu’il éprouve, son fardeau s’allège instantanément. Supposons qu’un de vos amis vienne de perdre un proche parent. Vous allez lui rendre visite et même s’il ne veut pas parler, le fait que vous soyez simplement assis près de lui  fera paraître son fardeau moins lourd. Il sait que vous comprenez ce qu’il ressent. 
 
Ceci s’applique également à un malade. Votre visite lui fera du bien ; il se sentira même peut-être un peu mieux. S’il voit que vous lui consacrez du temps et  que vous le comprenez, vous aurez un peu allégé son fardeau. Vous l’aurez peut-être aidé bien plus que vous ne le croyez. 
 
Il ne s’agit cependant pas d’en rester à la compassion. Essayez d’alléger de manière plus concrète le fardeau d’autrui. Pour un malade, cela signifie par exemple aller ouvrir la fenêtre de sa chambre, ou lui masser les pieds ou encore  prier avec lui. 
 
Vous aussi, vous êtes passé par là. 
 
Il arrive que quelqu’un de pauvre devienne très riche et qu’il évite alors ses anciennes connaissances. Le rappel de son passé est trop douloureux. 
 
Le judaïsme affirme le contraire : nous avons l’obligation toute particulière de compatir aux souffrances de quelqu’un qui est confronté à une épreuve que nous avons nous aussi subie dans le passé. 
 
C’est pourquoi la Torah précise : « Tu aimeras l’étranger car vous aussi avez été étrangers en Egypte ». L’expérience de l’Egypte nous rend plus sensibles à la détresse des autres. Nous la comprenons car nous sommes également passés par là. Il s’agit bien sûr de nos ancêtres, mais notre mémoire collective nationale nous a dotés d’une réceptivité particulière à la douleur des autres.

 
Tout commence à la maison 
 

Pour mettre en pratique ces principes, le plus simple est de commencer avec votre famille et vos amis. Un manque de compréhension et d’empathie est souvent à l’origine de nombreux conflits familiaux. Lorsque vous rentrez le soir à la maison essayez d’être réceptif à votre entourage. Mettez-vous à la place de votre femme, imaginez les efforts qu’elle fait pour que la famille fonctionne de manière harmonieuse. Dites-lui à quel point vous appréciez le mal qu’elle se donne. Essayez de voir comment vous pouvez l’aider davantage. 
 
De même, pour les jeunes. Imaginez un adolescent qui rentre à la maison et se plante devant la télévision avec un plateau-repas.  C’est insultant pour ses parents qui sont vécus comme faisant juste partie du décor, et n’étant bons qu’à régler les factures. Lorsque vous rentrez à la maison, observez le visage de votre mère. Est-elle soucieuse ? Demandez-lui s’il y quelque chose que vous pouvez faire pour l’aider. 
 
Avec les personnes avec qui vous êtes constamment en relation, demandez-vous : 
-    Comment va mon professeur aujourd’hui ? 
-    Le boucher, le boulanger, l’esthéticienne : qu’ont-ils l’air de ressentir ? 
-    Comment vont vos parents ? Ont-ils l’air fatigués ? Stressés ? Inquiets ? 
-    Et votre conjoint(e) ? Que puis-je faire pour l’aider ? 
-    Ceux dont vous vous préoccupez le plus, ce sont vos enfants. Vous les aimez, mais les comprenez-vous réellement ? Cela suppose que vous ayez accepté la difficile évidence qu’ils sont des entités indépendantes. Et cela signifie qu’il ne faut pas vous focaliser sur votre propre tristesse en voyant qu’ils ne répondent peut-être pas à vos attentes. 
 
Des millions de parents sont en conflit avec leurs enfants. Ils les aiment plus que tout au monde mais leurs relations sont empreintes d’hostilité et de souffrance. C’est réellement tragique et cela uniquement parce qu’ils ne sont pas réceptifs à l’autre. 
 
Voyez comme le manque de sagesse peut être destructeur !

 
Se relier à l’humanité tout entière  
 

Il faudrait parvenir à élargir votre horizon. Ressentir profondément toutes les souffrances, même celles qui ne vous concernent pas directement. Lorsque vous entendez aux informations que quelqu’un a été assassiné, pensez à lui. Pensez à ceux qui sont seuls chez eux et sont dans l’incapacité de se déplacer. Imaginez ce que c’est que d’être pauvre et à quel point c’est humiliant. Pensez à  eux qui sont le plus vulnérables : les veuves et les orphelins. 
 
Si vous ne le faites pas, votre cœur s’endurcira. 
 
Pensez aux victimes de la société. Pensez aux victimes de crimes, aux victimes du grand âge, aux victimes de discriminations. Pensez aux souffrances de personnes que vous ne connaîtrez jamais, à la situation désespérée de millions d’étrangers de par le monde. 
 
En « partageant le fardeau » d’une personne déprimée, nous nous immunisons, en quelque sorte, en commençant à voir la vie de manière plus objective. Et nous nous réconfortons en voyant que d’autres personnes peuvent ressentir et connaître les mêmes sentiments que nous. 
 
Vous pouvez clamer que vous êtes quelqu’un de bien… Vous pouvez le répéter à la moindre occasion… Mais si, au fond de vous, vous restez insensible, vous vous bercez d’illusions.

 
Etre sensible au divin 

 
Pensez à la souffrance de Dieu. Dieu souffre lorsque l’homme souffre. 
 
Lorsque vous avez des enfants, vous vous rendez compte que vous ne pouvez pas les contraindre à obéir. Vous ne pouvez pas les réduire à n’être que des objets. Il faut, pour leur bien, les laisser commettre leurs propres erreurs. Ils doivent devenir indépendants. 
 
Nous autres, humains, commettons beaucoup de fautes, et le Tout-Puissant souffre lui aussi, pour ainsi dire, de nos folies. Pensez au Tout-Puissant. Il a créé un monde merveilleux, doté de potentialités immenses, et Il souffre en voyant tout ce gâchis, et cette confusion dans laquelle Ses enfants se débattent. 
 
Peut-être pourrez-vous faire quelque chose à ce sujet ?

 
Partager la joie 
 
 
Imaginez que vous venez d’avoir un bébé et qu’il n’y ait personne à qui l’annoncer. Ou bien que votre petite amie vient de vous dire « oui », et qu’il n’y ait personne avec qui partager la bonne nouvelle. Vous marchez dans la rue et vous avez envie de crier « Je suis fiancé ! ». Qui cela intéresse-t-il ? C’est terrible de ne pas pouvoir partager sa joie. 
 
Dans un mariage juif, tout le monde partage la joie des mariés. Pourquoi ? Parce que la joie partagée apporte une sorte de confirmation de la réalité de l’évènement, sa pleine authentification. Alors, la prochaine fois que vous serez invité à un mariage, ne vous contentez pas de manger ! 
 
Enfin, partager un fardeau, si lourd soit-il, c’est partager un sentiment de joie. Pourquoi ? Parce qu’apporter son aide à quelqu’un procure vraiment du plaisir. Et qu’ensuite, lorsque votre ami aura résolu son problème, sa joie retrouvée sera la vôtre autant que la sienne. 
 
 
En quoi « partager le fardeau » est une Voie de la Sagesse ? 
 
-    Tout le monde veut être quelqu’un de bien et aider l’humanité. Pour faire en sorte que le monde soit plus humain, soyez attentif aux autres et sachez partager leurs peines. 
-    Pour pouvoir se comporter avec les autres de manière efficace et intelligente, sachez cerner leur personnalité. 
-    Où que vous vous trouviez (en classe, au travail ou dans une soirée) intéressez-vous aux gens autour de vous. Parlez-leur, demandez-leur leur nom, observez leurs expressions,  et sachez écouter. 
-    Si vous ne vous intéressez pas aux autres, vous ne ferez en général qu’ajouter à leur fardeau, en disant, par exemple, ce qu’il ne faut pas dire alors qu’ils sont dans la peine. 
-    Partager le fardeau des autres est le moyen de nous relier au reste du monde, en nous rattachant à l’unicité intrinsèque de l’humanité et à l’univers tout entier.

14/2/2012

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