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Michael Jackson et ma kippa

Michael Jackson et ma kippa

Le jour où j’ai dit au « roi de la pop » qu’il n’était pas le Roi de l’univers.

par le rabbin Mayer Fuchs, propos recueillis par R.L. Fuchs
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C’était une chaude journée de printemps à Hollywood, en Californie. J’avais 14 ans et me dirigeais vers l’un de mes lieux de prédilection, le Golden Apple Comic Shop, une librairie spécialisée en bandes dessinées sur Melrose. À l’époque, j’étais un collectionneur passionné de bandes dessinées et j’avais besoin de me ravitailler toutes les deux semaines. Dès que j’ai poussé la porte, j’ai senti quelque chose de différent. Comme de l’électricité dans l’air. J’ai lancé un regard circulaire sur la pièce, me demandant ce qui se passait. La librairie était quasiment vide, à l’exception de plusieurs hommes en lunettes de soleil qui étaient postés partout dans le magasin. Tous les yeux étaient fixés sur un individu à l’arrière.

J’ai tendu le cou et n’en ai pas cru mes yeux. Figurez-vous que Michael Jackson se trouvait dans le magasin ! J’ai jeté un rapide coup d’œil au caissier, lequel a fait un signe de tête pour me confirmer que c’était bien lui. J’étais fermement décidé à ne pas laisser cette opportunité me filer entre les doigts.

J’ai essayé de la jouer « détente ». Moi, un adolescent juif dégingandé en kippa et baskets montantes, voilà que je me retrouvais nez-à-nez avec le roi de la pop. Tout y était, depuis le légendaire accoutrement excentrique jusqu’au chapeau en feutre emblématique, en passant par les gardes du corps. « Êtes-vous Michael Jackson ? » ai-je demandé. (Je m’étais dit que c’était une bonne entrée en matière.) Quand il m’a répondu que c’était bien lui, je suis allé droit au but et lui ai demandé un autographe. Il s’est exécuté poliment, griffonnant son nom de scène sur un couvre-livre en carton que j’avais saisi en vitesse sur une table voisine.

Pourquoi portes-tu une yarmulke ? m’a interrogé Michael.

Je pensais que notre rencontre en resterait là mais à ce moment, il m’a pris au dépourvu.

— Puis-je te poser une question ?

— Euh, bien sûr, ai-je répondu.

— Es-tu juif ?

— Oui, ai-je répondu tout en me demandant bien où cette conversation allait me mener.

— Pourquoi portes-tu une yarmulke (kippa en yiddish) ? m’a interrogé Michael.

Nous avons tous deux esquissé un sourire timide, quoiqu’un brin penaud, à l’évocation de ce terme connu par les seuls initiés, et j’ai essayé pour ma part de réfléchir à une réponse appropriée. Faisant appel à mes 14 ans d’éducation juive, j’ai formulé la réponse la plus convaincante qui me soit venue à l’esprit : « Nous portons une yarmulke sur la tête pour nous rappeler qu’il y a toujours un Être suprême au-dessus de nous, et que quelle que soit le rang auquel nous avons accédé, Sa grandeur nous dépasse. »

Il a hoché la tête en déclarant que c’était une belle réponse, mais il était difficile de déterminer ce qu’il en pensait sincèrement derrière ses impénétrables lunettes de soleil. Après un échange de banalités et une poignée de mains, j’ai quitté le magasin, enchanté par l’autographe que je venais d’obtenir.

Le lendemain à l’école, la seule et unique chose dont je pouvais parler était ma rencontre avec Michael Jackson. Quant à mon formidable nouvel autographe, inutile de préciser qu’il a fait le tour de tous mes camarades.

Des années plus tard, un ami a attiré mon attention sur le puissant symbolisme se dégageant de ma réponse : j’avais conseillé à Michael Jackson, qui était à l’époque un artiste au zénith de sa carrière et l’un des individus les plus célèbres et fortunés de la planète, d’être humble et de se souvenir qu’il y avait un Être suprême au-dessus de lui, dont la grandeur dépassait la sienne. Sans mesurer la véritable portée de mes paroles, j’avais dit au « roi de la pop » qu’il n’était pas le Roi de l’univers.

En repensant à cette anecdote, je me rends compte que ce concept est encore plus profond. La kippa siège sur notre tête, au-dessus de notre cerveau. Elle est là pour nous rappeler que même les choses que nous avons accomplies avec nos capacités intellectuelles, et dont nous avons de quoi être fiers, ne devraient pas pour autant nous conduire à l’arrogance parce que c’est notre Créateur au ciel qui nous en a donné les moyens. Nos cerveaux sont responsables de notre créativité, de nos doctorats et prix Nobel, de nos ouvrages artistiques et nos œuvres littéraires, et oui, de nos succès musicaux. Mais sans l’aide du Tout-Puissant, rien de tout cela ne serait possible.

D’ailleurs, le terme yiddish « yarmulke » renvoyant au couvre-chef est une contraction des mots araméens « yaré malka » qui signifient « crainte du Roi ». Alors, oui, j’ai une bonne tête et j’ai accompli de grandes choses dans ma vie, mais je dois me rappeler que tout cela est un don du ciel.

La question de Michael Jackson m’a donné matière à réflexion et après toutes ces années elle me reste encore à l’esprit. Alors M.J., merci de me l’avoir posée.

30/5/2016

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