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Béhar(Lévitique 25:1-26:2)

Compter vers l’infini

L’un des commandements mentionnés dans notre paracha est celui qui consiste à compter les jours qui séparent la fête de Pessa’h de celle de Chavouoth : la séfirat haomer.

Nos maîtres relèvent deux anomalies dans les versets consacrés à ce décompte ; la première concernant sa durée, la seconde portant sur sa nature même.

Concrètement, la supputation du Omer s’étend sur quarante-neuf jours. Or la Torah écrit : « Vous compterez jusqu'au lendemain de la septième semaine, soit cinquante jours. » (Lévitique, 23, 16)

Par ailleurs, les commentateurs soulignent que le compte du Omer reflète l’impatience des enfants d’Israël à recevoir la Torah après leur sortie d’Égypte. Pourtant, au lieu de compter les jours qui nous restent à parcourir avant Chavouot, nous mentionnons les jours écoulés depuis Pessah : « Aujourd’hui est le premier jour du Omer », « Aujourd’hui est le deuxième jour du Omer » etc.

N’aurait-il pas été judicieux d’exprimer notre attente à travers un compte à rebours en disant « Plus que trente jours, plus que vingt-neuf jours etc. » ?

Torah sans frontières

Pour répondre à ces difficultés, nous devons au préalable analyser la spécificité de la fête de Chavouot.

Toutes les fêtes juives sont marquées par la pratique de commandements spécifiques. Ainsi, Roch Hachana, nous sonnons du Chofar. À Souccot, nous élisons domicile dans une cabane. À Pessah, nous éliminons toute trace de pain et consommons exclusivement de la Matsa. En revanche, la fête de Chavouot ne se distingue par aucune mitsva particulière. Pourquoi cette exception ?

Car Chavouot célèbre le don de la Torah qui, de par sa nature infinie, ne peut « se confiner » à un symbole précis. Rien, pas même les mitsvot qui constituent pourtant la base de la Torah, ne peut véhiculer son essence. Car elle est infinie, intemporelle, éternelle. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle a été donnée dans un désert, un espace sans frontières.

Or pour être à même de percevoir l’infini, il faut impérativement faire le « vide » en soi. Voilà pourquoi le don de la Torah nécessita une démarche de préparation spirituelle intense d’une durée de quarante-neuf jours.

À ce propos, il est intéressant de noter que le mot hébreu (’holé) qui signifie « malade » a pour valeur numérique 49. Après la sortie d’Égypte nous étions pour ainsi dire « malades et contaminés » par toutes les formes d’idolâtrie qui étaient en vigueur dans l’Égypte d’antan. Nous devions donc impérativement effectuer un travail sur nous-mêmes pour « guérir spirituellement » et franchir les quarante-neuf degrés qui séparent l’impureté de la pureté.

Pour que chaque jour compte…

À la lumière de ces enseignements, nous pouvons à présent résoudre les deux difficultés soulevées au début de notre développement.

Loin d’une banale récitation, la supputation du Omer invite l’homme à se dépasser avec chaque jour qui passe pour améliorer son comportement et tendre vers le Bien. Alors certes, le décompte s’étend sur quarante-neuf jours et non pas cinquante. Mais son objectif suprême est d’atteindre une plénitude intérieure qui aboutira au cinquantième jour : le don de la Torah.

Intrinsèquement, la Tora est inaccessible puisqu’elle prend sa source dans l’Infini. Compter ce cinquantième jour est donc impossible. Mais dans sa bonté, Dieu nous l’a révélée et l’a mise à notre portée comme si nous avions compté le cinquantième jour. D’où le verset : « Vous compterez jusqu'au lendemain de la septième semaine, soit cinquante jours. »

Et parce que le degré auquel nous accèderons en ce grand jour est fonction du niveau atteint au cours de chacun de ces jours de progrès, nous comptons les jours écoulés et non pas ceux qui nous restent à parcourir.


RAV YAACOV SPITEZKI

France : 01.77.47.61.88

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SHORASHIM

Le centre pour les étudiants francophones

Université Hébraïque de Jérusalem

12/5/2015

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