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Attentat de Boston : l'expertise médicale israélienne à l'honneur

Attentat de Boston : l'expertise médicale israélienne à l'honneur

Médecins et personnel de l'hôpital de Boston louent l'expertise en situation d'urgence reçue par Israël.

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Alors que Boston et le monde entier se remettent du choc des récentes attaques terroristes et de leur violence, l’hôpital général du Massachusetts s’est distingué comme un acteur clé dans les soins apportés aux victimes. Ce centre médical de renommée mondiale a traité des dizaines de victimes de l’attentat du marathon. Spécialisé dans le traitement des traumatismes et la chirurgie orthopédique, il a contribué à la guérison des victimes souffrant de perte d’organes et d’autres blessures. 

L’équipe d’Aish.com a interviewé le Dr. Alasdair Conn, chef du département de médecine d’urgence de l’hôpital Massachusetts General, au cours du bouclage qui a touché Boston et ses environs lors de la chasse à l’homme destinée à retrouver celui qui avait placé la bombe, Dzhokhar Tsarnaev. Le Dr. Conn a semblé à la fois soucieux, mais également déterminé à se consacrer à son travail au maximum de ses capacités même dans des conditions extrêmement difficiles.

Il décrit la collaboration capitale avec les médecins israéliens qui se sont rendus à Boston pour aider à mettre en place la réaction au traumatisme. Cette collaboration a été initiée après le 11 septembre, lorsque l’équipe du Massachusetts General prit conscience qu’ils ne seraient pas prêts à l’éventualité d’une attaque d’une telle envergure si elle se produisait près de chez eux.

« Nous pouvions parfaitement traiter des patients ayant subi un carambolage - avec trois, quatre ou cinq blessés, se rappelle le Dr. Alasdair Conn, chef du département de médecine d’urgence, mais que se passerait-il si un nombre bien plus grand de patients arrivait simultanément, et sans crier gare? »

Dr. Conn et ses collègues se tournèrent vers Israël pour obtenir des conseils, et s’adressèrent au Dr. Pin’has Halpern, chef des services d’urgence du centre médical de Tel-Aviv. Grâce au Dr. Halpern, expert connu mondialement dans le domaine des soins de traumatologie, le centre médical Sourosky de Tel-Aviv est devenu l’un des leaders au monde en termes de médecine d’urgence.

Les médecins israéliens ont développé de bonnes réponses médicales aux attaques terroristes et partagent leur savoir laborieusement acquis avec des médecins du monde entier.

Le Dr. Halpern se souvient très bien de sa première visite à Boston en 2005, la première d’une longue série. Israël était alors la cible constante d’attaques terroristes de grande envergure. Les bombes placées dans les autobus et d’autres lieux publics en Israël étaient souvent bourrées de clous et de billes - ressemblant fortement aux explosifs utilisés lors du marathon de Boston - destinées à créer une quantité considérable d’éclats d’obus et à entraîner le maximum de dégâts.

« Nous avions acquis beaucoup d’expérience dans le traitement des blessures liées au terrorisme, » confie le Dr. Halpern. Subissant la violence terroriste dans leur pays, lui et ses collègues israéliens réagirent en canalisant leurs efforts vers la guérison, en développant de meilleures réponses médicales aux attaques terroristes, et en partageant leur savoir laborieusement acquis avec des médecins du monde entier. Le Dr. Halpern voyagea dans le monde entier et rencontra des équipes de traumatologie en différents points des États-Unis, mais aussi au Canada, en Asie, en Afrique et en Chine. 

Pour les médecins du Massachusetts General, la visite fut innovatrice. « Jusqu’à aujourd’hui, je me souviens d’un commentaire, » se rappelle le Dr. Conn. L’un des Israéliens fit remarquer qu’aux États-Unis, une attaque terroriste se produit toutes les quelques années, mais que "malheureusement, en Israël, nous avons une situation où une bombe est placée dans un bus une fois toutes les trois semaines. Nous ne sommes nullement avertis, et nous recevons 50, 60 ou 70 blessés sans préavis." »

Un système de triage efficace

La logistique est devenue un point central de la formation. Les médecins israéliens ont enseigné à leurs collègues américains les leçons qu’ils avaient apprises en organisant leurs réactions face à des catastrophes à grande échelle. « Seule une petite partie du traitement de tels événements est médicale, une grande partie relève de la logistique, » explique le Dr. Halpern de Tel-Aviv.

Lui et ses collègues ont développé un système de triage particulier, faisant entrer les blessés à l’intérieur aussi vite que possible et réorganisant les procédures pour les rendre plus rapides et plus efficaces. « Nous nous sommes débarrassés d’une bonne partie de la structure qui figure dans les manuels et qui n’a jamais été réellement testée, » explique Dr. Halpern. Ils ont développé des protocoles comme celui de procéder à des scannographies CT supplémentaires afin de détecter de petites pièces d’éclats d’obus, destinées à causer le maximum de dégâts.

Les médecins israéliens des services de traumatologie ont appris à modifier leurs procédures d’analyses de laboratoire, et à simplifier les méthodes d’identification des victimes après les attaques terroristes. Ils ont appris à ne pas libérer de suite les victimes d’explosions, car souvent, les symptômes de leurs blessures ne se manifestent que plus tard. Le Dr. Paul Biddinger du Massachussetts General remarque : « Nous avons amélioré nos plans de triage, de sécurité des sites, de réexamen et de coordination entre les spécialités après consultation avec les Israéliens. » 

Une autre leçon que les Israéliens ont retenue : dès que l’hôpital est informé d’attaques terroristes, il convoque un grand nombre de membres du personnel au cas où leur présence s’avérerait nécessaire. Cette mesure a été particulièrement bénéfique pour les médecins de Boston.

« Dès que nous avons été informés des explosions, nous n’avons laissé aucun anesthésiste, chirurgien général, traumatologue, ou pédiatre quitter l’hôpital, » explique le Dr. Alasdair Conn, chef du département de médecine d’urgence. « Nous avons appris ce principe des Israéliens. Je me souviens avoir déambulé dans le département d’urgence deux heures après l’arrivée des victimes des bombardements. Un grand nombre de patients gravement atteints avait déjà été déplacé, et on aurait dit qu’il y avait plus de personnel que de patients dans le service. S’il y avait eu une troisième ou une quatrième bombe ce jour-là, nous aurions pu nous en sortir. » 

Alors que l’hôpital de Massachusetts General a fait face à plus de trente victimes des explosions, chaque patient a été entouré d’une équipe médicale dévouée, lui assurant des soins de la meilleure qualité ; ce fut une leçon importante apprise des Israéliens.

Apprendre de ses expériences

Une autre leçon est le défi de vivre sous la menace des attaques terroristes, comme le font les Israéliens chaque jour. « Les endroits où je me suis rendu en tant qu’expert en traumatologie, relate le Dr. Halpern, ont une bien meilleure perception de la situation en Israël. »

« Nous ne sommes pas plus intelligents que les autres médecins, » affirme le Dr. Halpern, expliquant pourquoi Israël est devenu un prestataire principal en innovation et en conseils en soins d’urgence. « Mais nous avons deux facteurs pour nous. Le premier, malheureusement, est le haut niveau de terrorisme auquel Israël est confronté. Le second facteur est le système médical de pointe d’Israël. En général, les pays confrontés à un haut niveau de terrorisme possèdent un niveau plus faible de recherche et de travaux académiques ; des pays possédant des systèmes médicaux sophistiqués sont confrontés à un niveau plus faible de terrorisme. Israël combine les deux. »

Plutôt que de devenir cyniques ou amers, les défis auxquels Israël est confronté n’ont fait qu’inciter les médecins israéliens à travailler davantage, et à partager leurs compétences avec le reste du monde. Ces dernières années, Israël est devenu l’un des principaux centres en matière de médecine traumatologique.

« J’estime qu’en tant que Juifs et Israéliens, il nous incombe d’aider quiconque a besoin de nous. »

Le centre médical Rambam, par exemple, organise depuis dix ans une importante conférence annuelle sur la préparation aux catastrophes pour des médecins du monde entier. « Une grande partie de ce que nous avons appris ici nous aidera dans notre centre », témoigne le Dr. Buland Thopa, chef d’un nouveau service de traumatologie de 200 lits à Katmandou, qui s’est rendu l’an dernier en Israël pour la conférence.

Une obligation morale d’aider

Fort du constat que les Israéliens sont les premiers sur la scène de catastrophes comme en Turquie, à Haïti, en Roumanie et en d’autres endroits, le Dr. Halpern remarque : « Nous pouvons apporter notre aide, et nous sentons que nous en avons l’obligation morale. Nous réagissons très rapidement et efficacement. Nous pensons en dehors des catégories, sans dogmatisme, et nous sommes souvent les premiers sur la scène des événements… nous ressentons une responsabilité très forte sur le plan moral d’appliquer les techniques que nous avons apprises. J’ai choisi de vivre en Israël face à beaucoup d’adversité, et je pense qu’il nous appartient en tant que Juifs et Israéliens d’apporter notre aide à quiconque en a besoin. »

En réalité, travailler main dans la main avec des équipes de traumatologie semble avoir conféré aux médecins israéliens un sens plus aigu de la détermination. « Au plus fort de l’Intifada il y a quelques années, note le Dr. Halpern, lorsque les bombes explosaient en Israël dans des endroits bondés toutes les quelques semaines, les spécialistes israéliens de l’urgence recherchèrent des signes d’un stress post-traumatique chez le personnel médical. »

Ce qu’ils ont trouvé les a surpris : « Nous n’avons constaté aucun affaiblissement chez le personnel. Les effectifs ont au contraire été renforcés par leur participation à ces événements. Cela a forgé un sens de la camaraderie et leur moral en a été fortement boosté. »

À Boston, l’équipe d’urgence a été confrontée à ce genre de défi pour la première fois. L’un des anesthésistes du service de traumatologie de l’hôpital Massachusetts General, le Dr. David King, venait de finir le marathon de Boston et se reposait sous une tente lorsque les explosions survinrent. Il courut pour apporter son aide aux blessés, et fit entrer plusieurs blessés en salle d’opération. Une infirmière qui travaille à l’hôpital a été gravement blessée dans l’attaque et un autre membre de l’équipe a également souffert de blessures.

« Lorsque j’entrais dans le service des urgences dix ou quinze minutes après l’arrivée des premiers patients, l’atmosphère était suffocante, remarque le Dr. Conn de Boston. Une patiente avait perdu une énorme quantité de sang - peut-être parce que son garrot avait glissé, mais elle fut ressuscitée - et un nombre très important de blessés souffrait de blessures terribles. » En peu de temps, ils furent tous conduits en salle d’opération, remarque-t-il.

« Lorsque nous nous préparions à l’arrivée d’une grande quantité de blessés, conclut le Dr. Conn, nous avons pris conscience que les Israéliens possédaient des compétences dans ce genre de situations, et nous nous sommes tournés vers eux. Cette semaine, cette collaboration a été vraiment payante. » 

22/4/2013

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