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  • Lecture de la Torah: Balak
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Un jour, je reviendrai...

Un jour, je reviendrai...

Un Séfer Torah abandonné retrouve sa place d'honneur. Une jeune fille délaissée goûte enfin à un havre de paix.
Une bouleversante histoire vécue de Sim'hat Torah...

par le rabbin Binyamin Pruzansky
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Les petits garçons se mirent promptement en file indienne, chacun d’entre eux posant la main sur l’épaule de l’enfant situé devant lui. Ils se mirent en branle et encerclèrent à toute allure la synagogue, tandis que des centaines de fidèles dansaient en cercles concentriques autour de l’arche. Certains portaient des rouleaux de la Torah drapés de fines robes velours et ornés de splendides couronnes. D’autres avaient hissé leurs petits enfants sur les épaules. Dès qu’une chanson prenait fin, la suivante débutait, et personne ne semblait vouloir mettre fin à cette ronde magique.

Parmi le groupe d’adolescentes qui étaient invitées chez Rabbin Bentsion Klatzko, se trouvait une fille nommée Rachel qui assistait à la scène. Habillée à la toute dernière mode, elle observait la ronde endiablée avec émerveillement ; c’était là une expérience à laquelle elle n’avait jamais assisté jusque là dans son parcours vers le Judaïsme. Aux yeux de Rachel, l’atmosphère de cette soirée lui insufflait une nouvelle vie, un baume guérisseur pour son âme blessée.

Tout à coup, l’attention de Rachel se focalisa au centre de la pièce. Leur hôte, Rabbin Klatsko était monté sur une chaise placée en face de l’arche et il tenait dans ses mains un rouleau de la Torah miniature. Il avait une histoire à raconter, et les hommes, les femmes et les enfants agglutinés dans la synagogue avaient hâte de l’écouter. Rachel s’efforça d’écouter chaque mot parce que quelque chose lui disait que le récit lui parlerait.

« Chaque semaine, dans ma maison, j’ai le privilège d’accueillir de 30 à 40 personnes pour les repas du Chabbath. La plupart d’entre eux sont des étudiants universitaires qui sont Juifs mais n’ont jamais eu la chance de vivre l’expérience du Chabbath. Ils sont issus de toutes sortes de milieux et de toutes sortes de localités aux quatre coins du pays, et ils se réunissent autour de ma table pour goûter à la saveur du Chabbath.

« Le seul hic est que beaucoup d’entre eux sont un peu gênés à l’idée de prier dans une synagogue traditionnelle. Ils préfèrent rester chez moi et attendre mon retour. L’inconvénient de cette situation est qu’ils n’ont jamais la chance d’observer la beauté d’une authentique prière du Chabbath. Alors j’ai décidé que la meilleure chose qui me restait à faire était de faire l’acquisition de mon propre rouleau de la Torah et ma propre arche que j’installerais dans mon séjour. De cette manière, je pourrais organiser la prière à la maison et mes invités pourraient y participer tout en se sentant à leurs aises. Autre avantage, cela fournirait à beaucoup d’entre eux la chance de monter à la Torah, un privilège que certains n’ont pas connu depuis leur bar-mitsva.

« La question était : comment allais-je pouvoir me procurer un rouleau de la Torah cachère à un prix raisonnable. Quant à l’arche, elle représentait également un investissement de taille. Il semblait donc que, sauf miracle, mon beau projet allait tomber aux oubliettes. Or comme vous le savez, D.ieu n’accomplit pas des miracles comme cela. Il faut fournir ses efforts personnels et espérer qu’Il prendra soin du reste.

« Alors j’ai épluché les petite annonces dans les journaux pour voir si quelqu’un mettait un rouleau de la Torah en vente. Et, croyez-le ou non, c’était effectivement le cas. J’ai immédiatement composé le numéro indiqué, et à l’autre bout de la ligne, un vieil homme m’a informé qu’il mettait en vente un très petit rouleau de Torah. Il mesurait tout juste 28 cm.

Cela faisait 50 ans que le rouleau de la Torah dormait inutilisé dans sa vitrine.

« Je lui ai demandé d’où il se l’était procuré et il m’a répondu que son père avait été rabbin d’une synagogue dans les Catskills qui avait finalement fermé. Ils avaient vendu tout le mobilier aux enchères et ce rouleau de Torah était la seule chose qu’ils avaient gardée. Cela faisait 50 ans qu’il dormait inutilisée dans sa vitrine, et à présent il sentait que le moment était venu de le vendre lui-aussi.

« Bien qu’il en voulait une belle somme et que le prix était un peu élevé pour moi, je lui ai dit que je voulais y jeter un coup d’œil. Il a accepté de venir chez moi pour me le montrer.

« Quelques jours plus tard, Mr Foreman est venu. Il m’a présenté un magnifique rouleau de Torah – datant de plus de 200 ans mais en parfait état. Il m’a demandé quel usage je voulais en faire, et je lui ai parlé de mes invités de Chabbath et de mon projet de leur permettre de prier à mon domicile, là où ils seraient à leurs aises.

« Il m’a fixé pendant un moment, visiblement très touché par la perspective que ce rouleau aiderait des jeunes à se rapprocher du Judaïsme. Et puis tout d’un coup, il a littéralement éclaté en sanglots. J’ai essayé de le faire parler mais il lui était impossible d’émettre le moindre son. Au bout de quelques temps, il s’est expliqué. Il m’a raconté qu’il s’était éloigné du Judaïsme et avait épousé une femme bouddhiste. Ce rouleau de Torah était son seul et unique lien avec le Judaïsme, et à ce stade, il se sentait tellement éloigné qu’il s’était dit que tant qu’à faire, il n’avait qu’à le vendre aussi. Mais lorsqu’il a découvert que ce rouleau de Torah allait permettre à des jeunes de renouer avec leurs racines juives, il a exprimé le désir de m’en faire cadeau. De cette manière, il sentait qu’il aurait peut-être le mérite de se rapprocher à son tour de la religion et de retrouver ses véritables racines.

« Même si je ne savais pas quoi dire, j’appréciais sincèrement son cadeau exceptionnel. J’ai pris conscience que ce rouleau avait été pratiquement sans-abri pendant les 50 dernières années. Il n’y avait eu personne pour lire dedans, pour l’enlacer ou pour en prendre soin comme il le fallait. Mais maintenant D.ieu avait offert un foyer à cette Torah et il allait certainement aussi rapprocher ce Juif solitaire dans un futur proche.

« Et que s’est-il passé pour l’arche ? C’est une histoire en soi. J’ai trouvé une publicité en ligne à propos d’un objet d’art antique juif, un coffre sacré. Les vendeurs n’étaient pas Juifs mais ils l’avaient acheté auprès d’un prêtre qui leur avait affirmé qu’il était d’origine juive.

Il y avait une énorme croix attachée au dessus de l’arche. J’ai failli défaillir.

« Quand j’ai ouvert les photos dudit coffre, j’ai vu devant moi ce qui semblait être une arche magnifiquement sculptée. Elle était tellement petite qu’elle ne pourrait jamais contenir un rouleau de Torah de taille normale, mais elle serait parfaire pour celui que nous venions de recevoir. Mais lorsque j’ai vu la photo du haut de l’arche, j’ai failli défaillir. Il y avait une énorme croix attachée dessus. Tout à coup, je n’étais plus du tout sûr qu’il s’agisse d’un objet d’origine juive.

« Et puis soudain, j’ai distingué une petite plaque au bas du coffre. J’ai demandé aux vendeurs de m’envoyer une photo de la plaque qui semblait comporter des caractères hébraïques. Ils m’ont envoyé une photo où se trouvait une inscription hébraïque qui disait : "Voici, Il ne dort ni ne sommeille le gardien d’Israël » (Psaumes 121) qui prouvait que le coffre était certainement juif. La croix, en l’observant de plus près, était une pièce détachée qui y avait été rajoutée ultérieurement. J’ai compris que c’était le prêtre qui avait acheté cette arche qui avait dû effectuer l’ajout. J’ai été profondément ému par cette découverte et j’ai eu la certitude que c’était la main de D.ieu qui me guidait de manière tangible.

« J’ai acheté l’arche et je me le suis fait livrer à la maison. Une fois la croix enlevée de l’arche, j’ai pu m’émerveiller du verset qui était inscrit. Je n’avais jamais vu ce verset inscrit sur une arche auparavant. Et j’ai pris conscience qu’il y avait un message caché dans tout cela. C’était comme si D.ieu me disait que bien que cette arche eût été perdue pendant des années, Lui ne l’avait jamais oublié. Il n’aurait pas de repos tant qu’elle serait restituée entre des mains juives.

« Mes chers amis, voyez le miracle auquel nous venons d’assister ! Un rouleau de Torah qui a été négligée pendant de si longues années a finalement été accueilli par une arche qui avait été utilisée par un prêtre. Et pourtant, durant toutes ces années d’exil, le message était clair que D.ieu ne les abandonnerait jamais. Il n’avait jamais perdu de vue son rouleau de Torah et son arche disparus. Et en fin de compte tous deux ont été réunis et peuvent désormais être mis à profit pour rapprocher à leur tour des jeunes hommes et des jeunes femmes vers leur père qui est aux Cieux.

« Cela fait plus de 50 ans que l’on n’a pas dansé autour de ce rouleau mais aujourd’hui nous avons la chance d’accueillir son retour à la maison. Réservons-lui l’accueil qu’il mérite. »

Et à ces mots, toute l’assemblée se mit à chanter et à danser. Le minuscule rouleau de Torah se trouvait au centre de l’attention, absorbant l’amour et l’honneur débordants qui lui faisaient défaut depuis des décennies. Il n’était plus enfermé, inutilisé et abandonné pendant cette fête destinée à la joie. Il était retourné à la maison, au centre de toute cette joyeuse agitation.

Plus tard dans la soirée, Rabbin Klatsko rapporta le rouleau chez lui et le déposa dans l’arche de son séjour. Pour Rachel, ce n’était pas seulement le sentiment de sérénité et de chaleur qu’elle chérissait. C’était la sensation exceptionnelle et indescriptible que lui inspirait ce rouleau de Torah exceptionnel.

Le repas se termina tard, et enfin, les invités heureux mais épuisés se dirigèrent vers leurs chambres pour un repos bien mérité. Rachel resta étendue dans son lit, les yeux grands ouverts et les battements de son cœur résonnant dans ses tempes. Elle attendit pendant un long moment, peut-être une heure ou plus, jusqu’à ce qu’elle fût certaine que personne dans la maison n’était resté réveillé. Alors, elle se glissa hors de son lit et marcha sur la pointe des pieds jusqu’au séjour. Puis elle se posta devant l’arche, comme si celle-ci attendait sa venue.

A cet instant, elle épancha son cœur devant D.ieu, priant pour que la douceur de ce foyer soit la sienne, dans sa propre vie, un jour prochain. Ce furent les premières prières que ses lèvres prononcèrent depuis de longues années. L’amertume de sa propre maison familiale – les disputes constantes, les critiques et la colère, les nuages sombres qui menaçaient d’éclater à tout moment à travers la porte d’entrée – avaient eu l’effet de la lame acérée d’un rasoir, rompant sa relation avec D.ieu. Mais ici dans la demeure des Klatzko, elle pouvait sentir la réparation de cette relation ; le souffle vital de sainteté qui réanimait son être et recommençait à l’habiter.

Repensant à l’exil du rouleau de Torah, elle se dit en son for intérieur : « Mon petit rouleau de Torah si saint, toi tu sais ce que cela fait d’être négligée. Tu sais l’effet que cela fait de vivre avec des gens qui ne voient pas la beauté qui est en toi et ne comprennent pas ta véritable valeur. C’est ainsi que j’ai vécu durant toute ma vie, mais toi tu l’as vécu encore plus longtemps. Pendant 50 années entières, tu es resté enfermé sans que personne ne t’embrasse, ne l’enlace ni ne t’ouvre pour connaître tes secrets. Et pourtant, tu m’as donné de l’espoir, parce que même après 50 ans, regarde ce qui s’est passé ! Regarde quelle soirée tu viens d’avoir ! Tout le monde t’a enlacé et t’a embrassé. Tout le monde voulait danser avec toi. Tu étais le clou du spectacle. Le Tout Puissant jamais ne sommeille. Il veille sans arrêt sur son peuple, et il veille sans arrêt sur moi.

« S’il te plait D.ieu, je t’en supplie, fais que je puisse devenir comme ce rouleau de Torah. Je sais que mon âme abrite encore beaucoup de sainteté. Laisse-moi renouer avec elle à l’image de ce rouleau. Et quand le temps viendra, trouve-moi un mari qui me respectera et m’honorera comme une femme doit l’être. Permets-moi de construire un foyer rempli de bonheur, de sainteté, rempli d’enfants, d’invités et de bonté, exactement comme cette maison. S’il te plait, D.ieu, retrouve-moi, moi aussi et ramène-moi à la maison. »

27/9/2012

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