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Le jour où j'ai laissé tomber Lady Gaga

Le jour où j'ai laissé tomber Lady Gaga

À 19 ans, j’ai laissé filer entre mes doigts la meilleure affaire de l’industrie du disque du siècle. Et c'est la meilleure chose qui me soit arrivée.

par Elan Cohen
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À l'âge de 19 ans, j'ai laissé filer entre mes doigts la meilleure affaire de l'industrie du disque de ces dix dernières années.

Et c'est la meilleure chose qui me soit arrivée.

Quand je me suis inscrit à l'Institut de technologie musicale de l'Université de New York en 2005, j'avais deux idées précises en tête : devenir le PDG de l'une des quatre plus grandes maisons de disque des États–Unis (donc du monde…) et l'un des meilleurs producteurs musicaux de toute la planète. La fac ne me garantissait pas à elle seule l'accès au succès mondial dans l'industrie du disque ; aussi travaillais-je d'arrache-pied en parallèle de mes études pour affiner ma créativité artistique et mes compétences d’homme d’affaires. On ne devient pas créateur de hit du jour au lendemain, mais je dois dire que j'étais déjà bien avancé avant même mes 19 ans.

Dans ma deuxième année d'études, j'ai décroché un stage exceptionnel à Atlantic Records, l'une des plus grandes maisons de disques du monde. La route vers un siège de direction dans une major peut commencer ainsi mais doit forcément passer par la détection d'un chanteur à succès, l'enregistrement de son album haut de gamme, la vente de millions d'exemplaires, puis la découverte d'une autre star. Bien que je fusse la plus jeune recrue de la boîte, je comptais bien en gravir tous les échelons.

J'ai surfé sur les sites des labels indépendants, fréquenté les clubs de musique locaux, fouillé sans fin des démos qui s'empoussiéraient sur les étagères de mon bureau. Presque tout ce que j'ai écouté était sans intérêt. C'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin, mais j'étais bien déterminé à trouver.

Au beau milieu de cette recherche improbable, je me suis souvenu d’une dénommée Stefani, une chanteuse que m'avait présentée mon colocataire. Avant d’entrer à Atlantic Records, j'avais discuté avec cette dernière d'un projet de remix de l'une de ses chansons intitulée « No Floods ». Cela aurait nécessité beaucoup de travail, mais j'avais deviné un énorme potentiel chez cette artiste. Après trois longues journées passées à remixer sa chanson dans mon studio (qui était aussi ma chambre d'étudiant), je l'ai appelée, très enthousiaste, pour discuter d'une possible collaboration, mais elle n'a jamais daigné me rappeler. Mon ego en a pris un sacré coup...

Il y a quelques mois, j'étais une personne qu'on ne prenait pas la peine de rappeler. Désormais, j'étais sur la liste VIP.

Après quelques mois de travail acharné à Atlantic, j'ai décidé de revenir à la charge. Même si j'avais été vexé qu'elle ignore mes avances professionnelles, j'ai ravalé ma fierté et tendu la main à son agent, Bob Leone, qui a répondu avec enthousiasme et m'a invité à venir la voir se produire sur scène lors d'un concert organisé par un certain compositeur.

Nous étions le 23 mars 2006, au club Cutting Room à Manhattan. Bob m'a accueilli chaleureusement et m'a présenté à Stefani comme « Elan d’Atlantic Records ». J'ai adoré cette introduction ! Il y a quelques mois, j'étais une personne qu'on ne prenait pas la peine de rappeler. Et aujourd’hui, j’avais rejoint la liste VIP…

Stefani a débuté son concert par une nouvelle chanson intitulée « Hollywood ». Elle avait beaucoup progressé en quelques mois, mais elle avait encore beaucoup de techniques à perfectionner ; alors j'ai décidé d'attendre encore un peu de temps avant de parler d'elle à la direction générale de la major. La vérité c’est qu’au fond de moi, j'avais peur de prendre ce risque. Je paniquais à l'idée de me mettre en première ligne pour finalement essuyer l’affront de voir mon poulain rejeté. Cela était tout à fait représentatif de mon état d'esprit à l'époque. J'avais de grandes ambitions, mais j'avais toujours peur de faire le saut.

Peu de temps après ce concert, Bob m'a donné d'excellentes nouvelles. Rob Fusari, un producteur de renom, était en train de réaliser de nouvelles maquettes pour Stefani. Dès qu'ils auraient terminé, je pouvais être assuré que nous serions la première major à les recevoir.

Dans le même temps, je suivais un semestre capital à l'université de New-York et passais tout mon temps extra-scolaire à Atlantic Records. Je n'avais le temps pour rien en dehors de ma carrière et je me sentais sérieusement à la limite du burn-out. Cette obsession me faisait négliger tous les autres domaines importants de ma vie, quand j’ai brusquement senti que je passais à côté de l’essentiel. C'était une crise existentielle classique, qui touche souvent les personnes en milieu de vie. Sauf que moi, j’étais encore un adolescent…

Je me suis plongé avec frénésie dans un bouquin de développement personnel, en espérant pouvoir retrouver mon équilibre par la seule lecture. Mais cela n'a pas fonctionné. Ma vie était gravement déséquilibrée. Pourtant je vivais mon rêve, n'est-ce pas ? Je ne pouvais pas m’imaginer ralentir la cadence alors que tout semblait à portée de main. Alors j'ai continué à tirer sur la corde.

Mon voyage en Terre Sainte

Le printemps a laissé place à l'été, et je me suis accordé des vacances bien méritées : un voyage en Israël dans le cadre du programme Birthright. Le séjour a été au-delà de toutes mes attentes. Je suis tombé amoureux du pays, de la terre. J'ai goûté chaque parole de la sagesse des rabbins rencontrés. Je me suis senti proche de mon héritage juif. Pendant ces dix jours, j'ai ressenti que je renouais avec mon véritable moi, et découvert des aspects insoupçonnés de ma personnalité.

J'ai eu le privilège d'être accueilli par différentes familles, et j'ai observé chez chacune d'entre elles un profond lien d'amour et de respect, non seulement entre le mari et la femme, mais aussi entre les enfants et les parents.

Un soir, j'étais assis avec un rabbin dans sa maison, et l'un des enfants est sorti de sa chambre en colère à cause d'une dispute avec son frère. Le rabbin a chuchoté quelque chose à son fils et le garçon a immédiatement affiché un grand sourire, puis est retourné dans sa chambre apparemment apaisé. Quelques minutes plus tard, l'un des autres enfants a fait irruption dans le même état que son frère, et le rabbin a agi de même avec lui.

Médusé, j'ai demandé au père de famille comment il réussissait ce tour de force.

Il a montré du doigt les centaines de livres juifs qui garnissaient sa bibliothèque murale et a déclaré en toute simplicité : « Tu sais, on en apprend beaucoup sur le sujet dans tous ces bouquins ! »

Ce voyage en Israël m'a permis de freiner mon rythme de vie et de réfléchir à ma vie. Je me trouvais sur la piste d'envol idéal pour atteindre tous mes rêves professionnels ; et pourtant je ne me sentais pas heureux. C'est là que j'ai décidé de prendre un risque ce qui, comme expliqué plus haut, était plutôt inattendu de ma part à cette époque. J'ai envoyé un mail à mon boss pour l'informer que je prolongeais mon séjour de deux semaines.

J'aurais maintenu la pression jusqu'à ce que j'obtienne ce que je voulais, y compris pour découvrir que ce n'était finalement pas satisfaisant.

De retour à New York, j'ai commis un acte insensé : j'ai quitté Atlantic Records. J'avais un emploi de rêve dans une grande maison de disques et j'étais sur le point de lancer ce qui aurait pu L'AFFAIRE de ma vie. J'aurais pu facilement rester en poste dans cette major pour encore quelques semaines, lancer le « produit » Stefani et attendre de voir s'il fonctionnait. Mais je savais que si je ne partais pas à ce moment précis, j'aurais maintenu et augmenté la pression jusqu'à ce que j'obtienne ce que je voulais, y compris pour découvrir que ce n'était finalement pas satisfaisant.

J'ai pris rendez-vous avec mon patron. Je lui ai dit qu'en dehors de ma carrière, d'autres domaines de ma vie faisaient aussi partie de mes priorités et que je voulais leur consacrer plus de temps. Je voulais avoir une vie intérieure riche et empreinte de sens. Je ne savais pas encore comment l'atteindre, mais je savais ce que je voulais. Mon patron a compris et m'a laissé facilement partir. Pas de préavis de deux semaines nécessaire. Pas besoin de finir les projets en cours. Dès la fin de cet entretien, j'étais libre.

Retour en arrière

Vers la fin de ma dernière année d'études, trois des quatre artistes que je voulais lancer à Atlantic Records se sont vu offrir de généreux contrats d'enregistrement. J'avais donc tout de même déniché quelques aiguilles dans cette botte de foin... Pour sa part, Stefani a signé avec Island Records et j'étais curieux de voir ce qui allait en sortir.

En parallèle, je me suis davantage impliqué dans la communauté juive sur le campus en participant à des repas de Chabbath et à des cours de Torah. Je ne portais a priori aucun intérêt que ce soit à la religion, mais j'avais soif de grandir. Ces rabbins apparemment archaïques étaient si constamment profonds, sages et empreints joie et de sérénité. Je savais qu'il y avait forcément quelque chose de fort derrière tout cela.

En rencontrant différentes personnes qui étudiaient régulièrement la Torah, j'ai été frappé de voir à quel point elles avaient de la facilité à aborder les complexités de la vie. Pour ma part, j'avais souvent eu l'impression que mes décisions étaient aléatoires et que ma vie était une perpétuelle course à l’aveuglette. Mais ces juifs pratiquants semblaient avoir la clairvoyance nécessaire pour naviguer calmement dans les zones les plus compliquées d'une vie ; les relations sociales, le développement personnel, la famille, l'épanouissement spirituel etc. Ils jouissaient d’un cadre qui leur permettait d'aller de l'avant avec confiance, tout en offrant à l'individu la possibilité de suivre son propre chemin vers l’amélioration personnelle.

Je me demandais pourquoi personne ne m'avait jamais parlé de ce trésor du patrimoine juif auparavant. Je voulais aller à la source pour en savoir plus. Je me suis dit que le meilleur endroit pour découvrir la sagesse juive serait une Yéchiva et il me semblait que les meilleures se trouvaient à Jérusalem. Quelques-uns de mes amis y étaient partis et en avaient retiré une expérience incroyable.

J'ai décroché des stages à Los Angeles avec trois des plus grands producteurs de musique au monde.

Mais j'ai été distrait par une offre que je ne pouvais pas refuser. J'ai décroché des stages à Los Angeles avec trois des plus grands producteurs de musique au monde, et passé ainsi six semaines d'observation des sessions d'enregistrement de célébrités aussi diverses que mondialement connues, telles que Christina Aguilera ou New Kids on the Block. Je côtoyais la crème de la crème. Mes patrons produisaient des artistes tels que Kelly Clarkson, Bon Jovi, P. Diddy, OneRepublic, Adèle, Katy Perry, Aerosmith, Elton John, Pink ou Céline Dion entre autres superstars.

L'un des producteurs m'a offert un emploi à temps plein comme assistant, ce qui était une occasion exceptionnelle et inespérée de l'observer produire quelques-uns des plus célèbres albums de l'époque. Le seul hic c’était que ce poste m'aurait arraché à New York, et donc à ma famille, à mes amis ainsi qu’à mon propre développement personnel qui m'importait tant. Alors j’ai décliné la proposition.

À l'automne 2008, je suis retourné à New York pour reprendre ma carrière à zéro. J'ai créé un label indépendant et j’ai dû subventionner mes rêves entrepreneuriaux avec un travail salarié. Je bossais avec mon père dans l'immobilier de 9h à 17h puis je m'échinais à mon propre compte de 18h à minuit. J'ai cassé ma tirelire pour m’aménager un studio à la maison, et la première chanson que j'ai produite et coécrite a été achetée par Warner Brothers Television et Red Bull.

En même temps, je saisissais toutes les opportunités pour étudier la Torah avec mes rabbins. C’est ce qui comptait le plus à mes yeux. Je respectais également le Chabbath, qui ajoutait à mon agenda chargé une journée entière consacrée à la réflexion et au développement spirituel.

J’aurais eu bien plus de facilité à me hisser vers le succès avec un label de major ou un grand producteur à Los Angeles, mais j'étais heureux d’avoir choisi ma propre voie.

C’est alors qu’un évènement inattendu s’est produit. Stefani a lancé un nouvel album et il a été bien accueilli par les médias. Puis les choses  ont pris une tournure exceptionnelle. Elle est passée numéro un sur les radios. Voilà que je m’échinais dans la paperasse 8 heures par jour et me forçais à garder les yeux ouverts dans mon studio de fortune la nuit, tandis que l'artiste que j’avais voulu lancer à Atlantic Records passait sur ??toutes les radios !

Très vite Stefani Germanotta est devenue la plus grande artiste pop mondiale. Elle s’est faite appelée Lady Gaga. Elle brassait des millions de dollars tandis que moi, je gagnais le SMIC. Telle était la situation.

Les mois ont passé. L’hiver est arrivé et avec lui l’occasion de voir si j’avais tiré une leçon de mon expérience passée. Etais-je finalement capable de prendre un risque pour quelque chose en quoi je croyais vraiment ?

Cela faisait déjà un an que j’étais diplômé et je n'avais pas encore eu le courage de partir à Jérusalem. J'avais de grandes questions existentielles et j’étais passionné par la Torah et ses promesses de développement personnel, mais j'avais peur de l’inconnu. Qu’allaient dire mes amis et ma famille ? Allais-je apporter des changements majeurs dans ma vie ? Allais-je languir la maison à des milliers de kilomètres de là ? Que faire si je détestais cette nouvelle expérience ?

Je ne faisais que repousser l’échéance. En fait, je commettais à nouveau la même erreur : je croyais en quelque chose mais je n’osais pas faire le premier pas.

À l'époque, je participais régulièrement à des séminaires sur le judaïsme. Chaque nouveau programme me passionnait, mais l’enthousiasme retombait dès la fin de la session. Finalement, j'ai pris conscience que je comptais sur quelqu'un d'autre, sur quelque chose d'extérieur,  pour m'inspirer. Je n’arrivais pas à être autonome, j’étais comme branché sur un générateur externe.

C’est alors que j’ai pris la ferme décision de ne plus être spectateur de ma propre vie. La seule façon d'avoir une vie extraordinaire, c'est de prendre des mesures extraordinaires. Quand les Juifs ont quitté l'Égypte, la mer Rouge ne s’est pas ouverte jusqu'à ce qu'un homme, Na’hchon, n'entre résolument dans l'eau.

Alors, à mon tour, je me suis jeté à l’eau. Je suis arrivé en Israël le 31 décembre 2009, pour entrer à la yéshiva le temps nécessaire pour trouver ce que je cherchais.

L'affaire de ma vie

Six mois se sont écoulés. Un beau matin, je parlais au téléphone avec ma mère, assis dans le dortoir de la yéchiva. C’est alors qu’elle m’a appris que Lady Gaga avait atteint la barre des 50 millions de dollars cette année.

J’étais sous le choc. Non pas par ce que maman m’apprenait, mais par ce que je lui ai répondu : « Maman, ici j’ai le sentiment d’avoir gagné 100 millions de dollars ! »

J'étais là, dans ma petite chambre d'étudiant partagée avec quatre autres type. J'avais le lit du haut, et comme notre plafond était voûté, quand le chauffage était allumé, je me sentais comme en train de rôtir dans un four à convection. J'étais réveillé presque chaque nuit par le bruit de mes colocataires qui fermaient bruyamment la porte. De plus, mon colocataire de la couchette du bas, qui était très grand, se levait parfois si vite le matin qu'il se cognait la tête sur ma couchette et me réveillait en sursaut.

Et pour couronner le tout, j’avais laissé passer une occasion en or de me propulser au top de l’industrie du disque. J’avais laissé filer ce qui était le but de ma vie.

Et qu’avais-je reçu en échange ?

Tout ce que je désirais vraiment. Tout simplement.

Car voyez-vous, les chants de la prière d'accueil du Chabbath entonnés le vendredi soir à Jérusalem m'émeuvent beaucoup plus que n'importe quel tube que je n'ai jamais entendu. La symphonie de la sagesse de mes humbles professeurs me transporte plus que n'importe quel concert pop avec 20 000 fans en délire. Et puis surtour, ce chant spirituel ne prend pas fin lorsque le rideau tombe. Chaque jour ajoute un autre bloc de construction pour la production la plus importante que je puisse jamais réalisée : une vie riche de sens.

La musique transforme une expérience simple en quelque chose qui semble compter beaucoup plus. Le seul problème c’est que la chanson s'arrête. L'argent, la gloire, la beauté et la puissance ont un dénominateur commun : ils apportent temporairement une nouvelle couleur à nos vies, puis perdent de leur éclat.

J'ai appris que le vrai succès ne consiste pas à recueillir un tas de biens, de réalisations prestigieuses, ou d'expériences de vie intéressantes. Il s'agit de rassembler les étincelles de ce que vous êtes vraiment, en essayant de toutes vos forces pour les assembler au mieux.

Depuis trois ans, je me tiens au pied des géants de Jérusalem, qui ont partagé avec moi les secrets de la joie, de la sagesse, et de la marche dans la vie avec un but.

Pas le moindre doute, j’ai fait l'affaire de ma vie…

12/4/2015

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Vos réactions : 1

(1) DOMINIQUE, April 14, 2015 8:37 AM

AMEN ELAN

Beau témoignage et que D.ieu te garde, shalom

 

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