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Comme en instance d’orage

Comme en instance d’orage

La France mérite mieux que de vivre la peur au ventre.

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L’air, un peu différent. Comme en instance d’orage.

La pluie, cette pluie presque d’été, qui pourrait annoncer un arc-en-ciel.

Qui pourrait, oui. Mais sera-t-elle capable de laver l’affront fait hier, en ce 25 mai 2014, à la Démocratie ?

Prendre le bus, croiser tous ces visages. En apparence, rien n’a changé. Ce sont les mêmes personnes qui rentrent du travail, ce sont les mêmes enfants qui reviennent en chantonnant de l’école. Il y a les SDF fatigués devant la boulangerie, les Roms qui mendient, on se presse, on court dans les couloirs du métro, on prend RV chez le dentiste.

Contemplant cette vie qui gronde, je me demande si, au lendemain du 30 janvier 1933, les Allemands eux-aussi ont vaqué à leurs occupations, comme si de rien n’était. Si les visages, comme dans Toulouse ruisselante aujourd’hui, sont demeurés les mêmes, inchangés, n’entendant ni le souffle de l’Histoire, ni les hurlements des enfants juifs et Roms dans les Camps, ni les bombes des bombardements tapis qui bientôt souilleraient, à jamais, le pays des Penseurs et des Philosophes.

Je vous écoute, dans vos radios, vos télés, par écrans interposés. Tout un pays anéanti, ou presque. Presque, car, aussitôt, en lieu et place d’une réelle interrogation sociétale et profonde, voilà que les panem et circenses médiatiques nous servent un nouveau scandale, une de ces affaires tonitruantes qui tombent, vous l’avouerez, à pic. Histoire de ne pas se passer la patate chaude de ce vote dont les autres médias européens et internationaux se repaissent, histoire de plutôt faire de la bouillie sarkoziste, grâce à ces financement occultes étrangement révélés ce jour, que de poser les véritables questions.

Et moi j’ai honte. Honte pour mon propre pays dont le monde se gausse, honte pour cette mémoire outragée.

Et moi j’ai honte. Honte pour mon propre pays dont le monde se gausse, honte pour cette mémoire outragée. Et surtout, je souhaiterais que « nos » responsables, enfin, se remontent les manches, pour désamorcer la bombe du populisme et de la xénophobie.

Il ne devrait pas être très compliqué de contenter les petites gens, de se rendre compte que personne ne peut, décemment, vivre avec une misérable retraite inférieure au SMIC. Il ne devrait pas être très compliqué d’oser enfin prendre l’argent là où il dort scandaleusement, pour aider les Petits et les Humbles, mais aussi ces classes moyennes engorgées, surendettées, prises entre le marteau et l’enclume, gagnant trop pour recevoir de l’État Providence, mais pas assez pour sortir de la spirale des découverts et des dettes. Il ne devrait pas être très compliqué, que l’on soit gaulliste ou socialiste, voire même centriste, de se retrousser les manches pour sortir de la Crise, pour rassurer ces ouailles électorales qui, ne sachant plus à quel Saint se vouer, ont fini par voter pour le Diable…

Ce qui sera plus difficile, ce sera de lutter contre le racisme, la xénophobie, la peur de l’Autre, de cet « autre » que d’aucuns stigmatisent par un voile ou un minaret tandis, mais parfois aussi en évoquant ce fameux « complot judéo-maçonnique »…Car l’électeur bleu Marine mélange allègrement les phobies et les dérives, idolâtrant la « Quenelle » libre, conspuant d’une main la « Shoah-ananas » et jetant joyeusement de l’autre du sang de porc contre la Mosquée de quartier…

Comme il est fragile, l’équilibre de la Démocratie…Comme elle est fine, cette ligne de crêtes qui slalome au gré de notre Histoire, des pogroms aux ratonnades, de l’Affaire Dreyfus à la gégène…Et comme il est aveugle, celui qui croit voter pour la France Libre quand il offre sa voix au démon du protectionnisme et de la Peur.

Il conviendrait que les médias fassent, par exemple, devoir de mémoire, pour rapidement rappeler, par quelques pages choc, par quelques émissions tonitruantes, comment les populismes ont, toujours, mené les nations à leur perte.

Mais il conviendrait aussi d’éduquer et de canaliser « celui par qui le scandale arrive », à savoir ce bouc  émissaire de « l’Étranger », qu’il soit à mendier devant nos grilles ou à brûler les voitures un soir de désœuvrement…

Il est temps, plus que temps, de semer à nouveau la parole démocratique, laïque et pacifique de notre État de droit dans l’anarchie liberticide des banlieues.

Il est temps, plus que temps, de redonner leur liberté à ces filles grillagées derrière leurs voiles d’un autre temps, et de trouver des solutions intelligentes pour faire de nos cités des démocraties participatives, et non plus des zones de non droits.

Plutôt que de nous lamenter sur la ghettoïsation, permettons par exemple à de grandes enseignes de travailler là où même la police ne se rend plus…Une médiathèque et quelques projets culturels ne suffisent pas à oxygéner des univers devenus coercitifs, où il n’y a plus de brassage social. Il faudrait, dans nos banlieues, des FNAC, des librairies, et pas seulement des échoppes diffusant de la littérature coranique ; il faudrait, dans nos « Quartiers », des Monoprix, des Séphora, et pas simplement des boutiques vendant du thé vert et des babouches ; il faudrait, dans nos cités, faire advenir une normalité qui jamais n’a eu cours, quitte à être un peu dirigiste, quitte à prendre quelques mesures radicales pour évincer les Mohamed Merah en puissance des coursives où ils rêvent d’en découdre en Syrie, alors que notre économie a besoin de leur force, de leur dynamisme, de leur richesse !

Alors au-delà de ma colère contre ces électeurs qui n’ont pas vu plus loin que le bout de leur nez, je vous demande, mesdames et messieurs nos dirigeants, et mesdames et messieurs de l’opposition, et mesdames et messieurs les nouveaux élus, de réfléchir à ce qui se cache derrière ce camouflet, et de vous battre.

La France mérite mieux que de vivre la peur au ventre. La France mérite que nous nous engagions pour sa démocratie. La France mérite d’accueillir, mais aussi d’éduquer et d’intégrer ces populations qui ont d’infinies richesses à nous offrir, si nous leur permettons de ne pas rester à la marge, mais de devenir partie intégrante de notre système qui, s’il n’est pas parfait, a le mérite de reposer sur des siècles de tolérance et de diversité.

Le problème, ce soir, ce n’est pas seulement sur ce vote pour un parti populiste et d’extrême-droite, mais c’est la genèse de cette action rétrograde et indigne.

Je compte sur vous, je compte sur nous. La France a besoin de nous tous.

Paru sur le blog de l’auteur : Au-dessus d’un million de toits roses

27/5/2014

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Vos réactions : 2

(2) Michel, May 31, 2014 11:54 AM

l'islam

Et si c'était la peur de l'islam? Les gens ne souhaitent pas que ce système s'installe en France, or c'est ce qui se passe, insidieusement, ou violemment par des actes mortels sur des Juifs, et demain, sur n'importe qui. Et les politiques de droite comme de gauche ne semblent pas connaître une réaction adaptée.

(1) Ytzhok, May 28, 2014 7:31 PM

Le point de non-retour a été franchi

Mme Aussenac, recevez mes plus sincères respects.
Mais si vous étiez membre du directoire de la FNAC, de Monoprix ou de Sephora, je doute fort que vous iriez ouvrir une enseigne dans ces territoires perdus de l'ex-république française (française, mais pour combien de temps encore...).

 

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