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L’âge de l’univers

06/11/2014 | par Gerald SCHROEDER

5774 ans ou 15 milliards d'années ? Le brillant éclairage d'un scientifique du MIT sur un débat toujours brûlant entre science et religion.

L'une des contradictions les plus évidentes entre la Torah et la Science concerne l'âge de l'univers. Se chiffre-t-il en milliards d'années selon les données scientifiques ou en milliers d'années selon les données bibliques ? Lorsqu'on additionne les années des générations de la Bible, on obtient 5700 et quelques années. Tandis que selon les données fournies par le télescope Hubble ou bien celles fournies par les télescopes terrestres d'Hawaii, on obtient le chiffre de 15 milliards d'années.

Pour essayer de résoudre cette contradiction apparente, il est intéressant d'observer l'historique de l'évolution de la connaissance, car les preuves absolues n'existent pas. Par contre, ce qui est observable c'est la façon dont la Science a changé sa vision du monde comparativement à la vision immuable qu'en a la Torah. Car la Torah ne possède pas la faculté de changer. (Je refuse d'utiliser l'exégèse Biblique moderne parce qu'elle est influencée en permanence par la connaissance qu'elle a des sciences modernes.)

Par conséquent, en matière d'exégèse biblique, les seules données que j'utilise sont celles des anciens commentaires. C'est à dire le texte de la Bible lui-même (daté d'il y a environ 3300 années), la traduction araméenne d'Onkelos (100 après J-C), le Talmud (rédigé quelques 500 ans après J-C) et les 3 principaux commentateurs. Il existe de nombreux commentateurs mais, au sommet, il y en a trois acceptés par tout le monde: Rachi (11ème siècle, France) qui a fourni la compréhension limpide du texte, Maïmonide (12ème siècle, Egypte) qui traite des concepts philosophiques et Nahmanide (13ème siècle, Espagne) le précurseur des Cabalistes.

Ces commentaires anciens ont été achevés il y a plusieurs centaines d'années, bien avant que Hubble ne soit ne serait-ce qu'une lueur dans les yeux de ses arrière-grands-parents. Donc, il n'y a pas de possibilité que ces concepts aient été influencés par Hubble ou par d'autres données scientifiques. C'est un élément clé dans ma tentative de mener une discussion objective.

Un univers avec un commencement

En 1959, une enquête a été menée parmi les scientifiques américains de tout premier plan. Parmi les nombreuses questions posées, l'une d'entre elles était la suivante: "Quelle est votre conception de l'âge de l'univers ?" En 1959, l'astronomie était très populaire mais la cosmologie, la physique permettant de comprendre l'univers, en était juste à ses débuts. La réponse à cette question vient récemment d'être publiée dans "Scientific American", la revue scientifique la plus lue dans le monde. Deux tiers des scientifiques, soit une majorité écrasante, ont fourni la même réponse: "Un commencement ? Il n'y a jamais eu de commencement. Aristote et Platon nous ont dit, il y 2400 ans, que l'univers est éternel. Certes, nous connaissons ce que dit la Bible: "Au commencement". C'est une histoire sympathique qui aide les enfants à aller au lit le soir. Mais notre connaissance est bien meilleure. Il n'y a jamais eu de commencement".

C'était en 1959. En 1965, Penzias et Wilson découvraient la nuit l'écho du Big-bang dans l'obscurité du ciel. Soudain le paradigme universel d'un univers éternel changea pour celui d'un univers avec un commencement. La Science effectua alors un colossal changement de paradigme dans sa conception de l'univers. Comprenez l'impact. La Science affirma alors que l'univers avait un début, c'est à dire que le premier mot de la Bible était juste. Je ne veux pas surestimer l'apport de cette "découverte" scientifique mais maintenant que nous savons qu'il y a eu un début alors par comparaison, la théorie de l'évolution et les hommes des cavernes ne sont plus que des problèmes insignifiants.

Evidemment le fait qu'il existe un début ne prouve pas qu'il y ait un créateur. D'un point de vue laïc, on ne peut affirmer que la seconde partie du premier verset de la Genèse soit juste. La première partie est "Au commencement", la seconde partie étant "Dieu créa le ciel et la terre". La physique permet qu'il y ait un début sans qu'il y ait de créateur pour autant. Je ne vais pas examiner ceci maintenant; mon nouvel ouvrage "The Science of God" traite du sujet en détails.

Tout commence à Roch Hachana

La question que nous avons laissée en suspens est la suivante: depuis combien de temps le "début" s'est-il produit ? Est-ce, selon ce que semble impliquer la Bible, 5700 et quelques années ou bien est-ce les 15 milliards d'années acceptées par la communauté scientifique ?

La première chose que nous devons comprendre est l'origine du calendrier Biblique. Le calendrier juif s'obtient en additionnant les générations depuis Adam. En plus, il y a six jours qui précèdent la création d’Adam. Ces six jours sont aussi significatifs.

Evidemment, la question pourrait être de savoir où nous plaçons l'origine. A Roch Hachana, la Nouvelle Année Juive, nous sonnons du Chofar à trois reprises pendant l'office de Moussaf. Immédiatement après, nous prononçons la phrase suivante:

"Hayom Harat Olam - C'est aujourd'hui le jour anniversaire du monde".

Ce verset semblerait impliquer que Roch Hachana commémore la création de l'univers. Mais il n'en est rien. Roch Hachana commémore certes une création mais ce n'est pas de la création de l'univers dont il s'agit. Nous sonnons du Chofar à trois reprises pour commémorer la dernière des trois créations qui s'est produite pendant les six jours de la Création. Initialement il y a eu la création de l'univers tout entier et des lois de la nature. Ensuite, le cinquième jour, il y a eu la création du Néfech, l'âme animale. Enfin, à l'issue du sixième jour il y a eu une création supplémentaire, celle de la Néchama, l'âme humaine. Roch Hachana ne commémore pas la première ni la seconde création mais la création de la Néchama, de l'âme humaine. Roch Hachana intervient précisément ici. Ce qui signifie que nous comptons 5700 et quelques années à partir de la création de l'âme humaine. Nous avons donc une horloge qui démarre avec Adam et six jours qui sont comptés séparément. La Bible possède donc deux horloges.

Cela pourrait ressembler à une rationalisation moderne si les commentaires du Talmud ne nous avaient pas fourni cette information 1500 ans plus tôt. Dans le Midrach (Vaïkra Rabba 29:1), un développement du Talmud, tous les Sages sont d'accord sur le fait que Roch Hachana commémore la création de l'âme humaine et que les six jours de la création sont à part. Lorsque 1500 ans en arrière, cette information fut consignée pour la première fois, ce n'était pas parce qu'un sage tel que Hillel fut interpellé par son fils de 10 ans en ces termes: "Papa, tu ne le croiras pas; nous sommes entrés aujourd'hui dans un musée et nous avons appris que l'univers est âgé de plusieurs milliards d'années". Ce à quoi Hillel répondit alors: "Oh, changeons plutôt la Bible et mettons les six jours de côté!". Ce n'est pas ce qui se produisit.

Vous devez vous mettre dans le même état d'esprit que celui d'il y a 1500 ans en arrière. A cette époque les gens se déplaçaient à dos d'âne, l'électricité n'existait pas, il n'y avait pas même de fermeture éclair. Pour quelle raison ces six jours auraient-ils été considérés comme étant en dehors du calendrier ? A l'époque il n'y avait aucun besoin de les considérer à part.

Ils ont été considérés à part parce que le temps y est décrit de façon différente. "Il y eut un soir et un matin" est une façon exotique, étrange, pour le moins inhabituelle de décrire le temps.

A partir d’Adam, l'écoulement du temps s'effectue totalement en termes humains. Adam et Eve ont vécu 130 ans avant d'avoir des enfants ! Seth a vécu 105 ans avant d'avoir des enfants, etc. Mais avant cette époque, c'est un concept abstrait. "Un soir et un matin". C'est comme si vous considériez des événements d'un point de vue qui ne leur est pas intimement lié.

Analyser le texte en profondeur

Pour essayer de comprendre ici l'écoulement du temps, vous devez vous rappeler que l'intégralité des six jours est décrite en 31 phrases. Les six jours de la Création qui ont occasionné tant de maux de tête à tous ceux qui ont tenté de concilier les données scientifiques à celles de la Bible sont confinés dans 31 phrases ! Au MIT, dans la bibliothèque Hayden, nous disposions d'environ 50 000 livres traitant du développement de l'univers: cosmologie, chimie, thermodynamique, paléontologie, archéologie, physique des hautes énergies de la création. En amont de la rivière, à Harvard, dans la bibliothèque Weiger, ils disposent probablement d'environ 200 000 livres sur les mêmes sujets. La Bible nous fournit 31 phrases. N'escomptez pas qu'une lecture superficielle de ce passage vous fasse connaître tous les détails cachés dans le texte. Il est évident que nous devons creuser le texte en profondeur pour en extraire des informations.

L'idée d'analyser les choses en profondeur n'est pas une rationalisation. Le Talmud (Haguiga, ch. 2) nous dit que depuis le début de la Bible jusqu'au début du deuxième chapitre, le texte entier est une parabole; un poème avec un texte et un sous texte. Une fois encore, vous devez vous mettre dans le même état d'esprit que celui d'il y a 1500 ans, de l'époque du Talmud. Pour quelle raison le Talmud penserait-il que le texte constitue une parabole ? Vous imaginez-vous qu'ils pensaient que Dieu était incapable de tout créer en 6 jours ? Etait-ce une difficulté pour eux ? C'est nous qui avons aujourd'hui un problème avec la cosmologie et les données scientifiques; mais, 1500 ans auparavant, quelle difficulté représentaient ces six jours ? Aucune.

Donc, lorsque les sages exclurent les six jours du calendrier et déclarèrent que le texte entier était une parabole, ils ne cherchaient pas ainsi à s'excuser de ce qu'ils avaient observé au musée du coin. Il n'y avait pas de musée. Personne ne déterrait alors d'anciens fossiles. Le fait est qu'une lecture attentive du texte montre clairement qu'il y a une information cachée entre les lignes.

L'idée d'analyser la Torah plus en profondeur n'est pas différente de celle consistant en Science à approfondir les choses. Si vous vous levez tôt le matin, observez donc le soleil se lever à l'est. Patientez quelques heures et vous verrez le soleil se coucher à l'ouest. La "lecture" superficielle des événements est la suivante: "Le soleil se déplace à nouveau autour de la terre." Mais il y a beaucoup plus que cela. Le fait que la terre tourne autour de son axe. Et si vous faites abstraction du restant de l'univers et ne considérez que le système Terre-Soleil, ce n'est pas seulement le soleil qui est mouvant, ce sont aussi toutes les perceptions humaines.

Dans le système Terre-Soleil, le soleil est fixe et c'est la terre qui, tout en tournant sur elle-même, se déplace autour de celui-ci; cela veut dire qu'en ce moment, alors que nous sommes tranquillement assis, nous nous déplaçons en réalité à la vitesse d'environ 1300 km à l'heure. Considérons maintenant les nuages. Regardez-les défiler à toute allure. Est-ce cela qui se produit ? Non ! Car nous nous déplaçons tous ensemble. Nous ne ressentons rien du fait de l'inertie du mouvement; il n'y a pas d'accélération. Tout se passe comme si nous étions immobiles. Mais en fait, nous nous déplaçons réellement à la vitesse de 1300 km/h tout en tournant sur nous-mêmes; cette rotation produit une alternance de jour et de nuit qui forment ensemble une journée de 24 heures.

Notre terre se déplace autour du soleil à une vitesse d'environ 32 km par seconde. Le système solaire se déplace autour du centre de notre galaxie à une vitesse d'environ 400 km par seconde. J'insiste par seconde. Sentons-nous quelque chose ? Absolument rien. Lorsque Galilée a proclamé et soutenu que la terre n'était pas immobile, il s'est vu mettre en prison.

Donc de la même façon qu'en science, nous analysons les choses plus en profondeur, il nous faut faire de même avec le texte. Il y a quelques milliers d'années, nous avons appris que le texte recèle des subtilités dont l'analyse est susceptible d'élargir substantiellement la compréhension des choses. Ce sont ces subtilités que je souhaite examiner maintenant.

Histoire naturelle et histoire humaine

Il existe des sources Juives précoces qui nous disent que le calendrier est constitué de deux parties. (Même antérieurement à Vaïkra Rabba, 1500 ans en arrière, qui le dit pourtant explicitement). Dans le dernier discours que Moïse tient au peuple, Moïse dit que si l'on désire observer l'empreinte de Dieu dans l'univers alors: "examine les jours anciens, les années des nombreuses générations" (Deut. 32 :7). Nahmanide citant la Kabbale dit la chose suivante: "Pour quelle raison Moïse a-t-il scindé le calendrier en deux parties ?" - "les jours anciens et les années des nombreuses générations ?". Parce que "examine les jours anciens" est relatif aux Six jours de la Création tandis que "les années des nombreuses générations" concerne les époques successives depuis Adam.

Moïse dit qu'il y a deux façons d'observer l'empreinte de Dieu dans l'univers. Examine le phénomène des Six Jours et l'extraordinaire développement de l'univers; ou bien, si cela ne t'impressionne pas alors observe seulement le développement de la société depuis Adam, le phénomène de l'histoire humaine. Dans les deux cas tu trouveras l'empreinte de Dieu.

J'ai rencontré récemment, à Jérusalem, le professeur Léon Lederman, prix Nobel de physique. Evidemment, nous avons parlé de science. A un moment donné de la conversation je lui ai dit: "et à propos de spiritualité, Léon ?". Il m'a alors répondu: "Schroeder, je peux parler avec toi de science mais en ce qui concerne les choses spirituelles, parles-en aux gens d'en face, aux religieux". Puis il enchaîna et dit: "Je trouve tout de même étonnant que le peuple juif soit revenu sur sa terre, la terre d'Israël ".

Intéressant. La première partie de la déclaration de Moïse "examine les jours anciens", relative aux six jours de la Création, n'a pas impressionné le professeur Lederman. Par contre, ce qui a impressionné le professeur Lederman, ce sont "les années des nombreuses générations" relatives à l'épopée humaine. Il n'a rien trouvé d'étonnant au fait que les Esquimaux consomment du poisson dans le cercle Arctique. Pas plus qu'il n'a trouvé étonnant que les Grecs mangent de la Moussaka à Athènes. Par contre, il a trouvé quelque chose de vraiment surprenant au fait que des Juifs mangent des falafels dans la rue de Jaffa. Pourquoi? Parce que cela n'aurait pas dû se produire. D'un point de vue historique le fait que les Juifs soient revenus sur la terre d'Israël n'a aucun sens. C'est pourtant ce qui s'est produit.

En fait, c'est l'un des rôles que jouent les Juifs dans le monde. Servir de démonstration. Nous n'attendons pas de tout un chacun qu'il devienne Juif. Ce qui importe c'est que l'on comprenne qu'il y a une trame historique, que le tout n'est pas le produit du hasard, qu'il y a bien une direction dans le déroulement de l'histoire. Et le monde l'a observé à travers nous. Ce n'est pas par hasard si Israël figure en première page du journal Le Monde plus que tout autre pays.

Qu'est-ce qu'un jour ?

Revenons aux six jours de la Création. Avant tout, nous savons maintenant que lorsque le calendrier Juif indique 5700 et quelques années, il faut encore y ajouter six jours.

Il y a quelques années, j'ai fait l'acquisition d'un fossile de dinosaure qui a été daté (selon deux mesures de désintégration radioactive) de 150 millions d'années. (Si vous me rendez visite à Jérusalem, je serais heureux de vous montrer le squelette d'un plésiosaure). Ma fille de 7 ans m'a alors dit: "Papa ! Des dinosaures ? Comment a-t-il pu exister des dinosaures 150 millions d'années auparavant alors que mon professeur de Torah affirme que le monde n'a pas plus de 6000 ans ?" Je lui ai alors dit de jeter un coup d'œil au psaume 90:4 : "Là bas, tu trouveras quelque chose de stupéfiant. Le roi David y déclare: 1000 ans sont à tes yeux comme la journée d'hier – quand elle est passée, comme une veille dans la nuit". Peut-être que la perception du temps qu'a le Roi David est différente de celle qu'en a le Créateur. Oui, peut-être que le temps est différent.

Le Talmud, (Haguiga, ch. 2), dans le but de comprendre les subtilités de la Torah, analyse le mot "'hoche'h". Lorsque le mot "'hoche'h" apparaît dans la Genèse 1:2, le Talmud explique qu'il veut dire "feu noir, énergie noire", une sorte d'énergie qui est si puissante qu'on ne peut la voir. Deux versets plus loin (Genèse 1 :4) le Talmud explique que le même mot – "'hoche'h" – signifie obscurité, c'est à dire absence de lumière.

D'autres mots peuvent être compris aussi selon une définition différente de la définition usuelle. Par exemple, "maïm" signifie typiquement: eau. Mais Maïmonide dit que dans le récit originel de la création, le mot "maïm" peut vouloir dire aussi briques de construction de l'univers. Un autre exemple se trouve dans Genèse 1:5 où il est dit: "il y eut un soir et un matin, jour un". C'est la première fois que le jour est quantifié: un soir et un matin. Nahmanide discute de la signification de l'expression un soir et un matin. Est-ce que l'expression signifie un couché de soleil suivi d'un lever de soleil ? Il pourrait certainement en être ainsi.

Nahmanide montre cependant qu'il y a une difficulté avec cette interprétation. Le texte dit: "il y eut un soir et un matin, jour un … un soir et un matin, un second jour … un soir et un matin, un troisième jour". Ensuite, le quatrième jour, le soleil est mentionné. Nahmanide dit qu'un lecteur perspicace peut déceler ici un problème évident. Comment peut-il exister lors des trois premiers jours un concept de soir et de matin si par ailleurs le soleil n'apparaît qu'au quatrième jour ? Une chose que nous savons à propos de l'auteur de la Bible, même si par ailleurs vous pensez qu'il s'agissait d'un groupe de Bédouins réunis la nuit autour d'un feu de camp, c'est qu'il est intelligent. Il ou elle a produit un best-seller sur plusieurs millénaires ! Donc, ce n'est pas par sottise que l'apparition du soleil est mentionnée le quatrième jour. Il y a un but à cela. Le but est qu'avec le temps, à mesure que nous en savons plus sur l'univers, nous soyons à même d'analyser plus finement le texte.

L'ordre ne peut surgir du désordre par des réactions aléatoires (en pure théorie c'est possible mais les nombres obtenus sont infinitésimaux et sont par conséquent considérés en physique comme nuls). Oui mais, s'il vous arrivait de vous rendre à la Mer Morte vous seriez tenter de me dire: "J'ai observé les cristaux de sel et la façon dont ils sont ordonnés. Vous voulez me dire que Dieu a créé chaque cristal de sel ?" Non, ce n'est pas ce que je prétends. Ce que je veux dire c'est que les cristaux de sel ne se forment pas par hasard. Ce sont les lois de la nature en tant que parties intégrantes de la Création qui forcent ces cristaux à se former. Les lois de la nature guident la formation du monde. Une partie phénoménale de la formation du monde est encodée dans les Six Jours de la Création. Mais le texte ne la rend pas immédiatement accessible. Autrement, à chaque phrase devrait correspondre une nouvelle création !

La Torah veut que vous soyez stupéfaits par cette progression de l'ordre, débutant par un plasma chaotique et finissant par une symphonie de vie. Jour après jour, le monde progresse de niveau en niveau. L'ordre surgissant du désordre. C'est de la thermodynamique pure. Et cela est relaté selon la terminologie d'il y a 3000 ans.

La création du temps

Chaque jour de la création est numéroté. Toutefois, une discontinuité affecte cette numérotation. En effet, le verset dit: "Il y eut un soir et un matin, jour un". Mais le second jour il n'est pas dit "soir et matin, jour deux". Ce qui est dit c'est: "soir et matin, un second jour". Ensuite, la Torah continue en utilisant cette expression "soir et matin, un troisième jour … un quatrième jour … un cinquième jour … le sixième jour". C'est seulement pour le premier jour que le texte emploie une forme différente: non pas "premier jour", mais "jour un" ("Yom E'had").

De nombreuses traductions françaises commettent l'erreur d'employer l'expression "un premier jour". Ceci est en fait imputable aux éditeurs qui souhaitent que le texte soit joli et homogène. Mais en faisant cela, ils expulsent le message cosmique contenu dans le texte. Car il y a une différence qualitative, comme le relève Nahmanide, entre "un" et "premier". Un désigne l'absolu alors que premier désigne le comparatif.

Nahmanide explique que le temps a été créé le Jour un. Cela relève d'une perspicacité phénoménale. Le temps a été créé. Je peux comprendre ce que signifie le concept de création de matière ou bien même celui de création d'espace. Mais concernant le temps, comment peut-on créer le temps ? On ne peut saisir le temps ni même le voir. On peut voir l'espace, voir la matière, sentir l'énergie, voir la lumière. Là je peux comprendre la notion de création. Mais comment peut-on parler de création du temps ? Huit cents ans auparavant, Nahmanide a perçu cette finesse du fait de l'utilisation par la Torah de l'expression: "Jour Un". Et ceci est très exactement ce qu’Einstein nous a dit dans sa Théorie de la Relativité: il y a non seulement eu création de l'espace mais aussi création du temps lui-même.

La théorie de la relativité d'Einstein

Nous observons l'univers et nous nous posons la question: "Quel est l'âge de l'univers ?" En regardant en arrière dans le temps, on obtient environ 15 milliards d'années. C'est notre perception du temps. Mais comment la Bible le perçoit-elle? Peut-être qu'elle le perçoit différemment et cela ferait une grande différence. Albert Einstein nous a enseigné que le Big Bang a donné naissance non seulement à l'espace et à la matière mais aussi au temps. Le temps est une dimension. Le temps est affecté par la perception qu'on en a et ceci dépend de l'endroit où l'on observe. Une minute s'écoule sur la lune plus rapidement que sur la terre tandis qu'une minute s'écoule sur le soleil plus lentement. Sur le soleil la dilatation du temps est telle que si l'on pouvait y déposer une horloge, celle ci ferait tic-tac plus lentement. La différence est certes minime, mais elle n'en est pas moins mesurable. Et d'ailleurs cette différence est effectivement mesurée. Si vous pouviez faire mûrir des oranges sur le soleil, cela prendrait plus de temps. Pourquoi ? Parce que le temps s'y écoule plus lentement. Le ressentiriez-vous ? Non, parce que votre rythme biologique ferait partie intégrante du système. Si vous viviez sur le soleil, votre cœur battrait plus lentement. Quelque soit l'endroit où vous vous situez, votre rythme biologique est synchronisé avec le temps local.

Si vous pouviez observer un système depuis un autre système, alors votre percevriez le temps de façon très différente du fait de facteurs tels que la gravité et la vitesse.

Voici un exemple: un soir alors que nous étions réunis autour de la table, ma fille de 11 ans me posa la question suivante: "Comment les dinosaures ont-ils pu exister ? Comment peut-on avoir en même temps des milliards d'années d'après la Science et des milliers d'années d'après la Bible ?". Je lui répondis alors d'imaginer une planète où le temps y serait dilaté de telle façon que si l'on vivait deux ans sur la terre alors seulement trois minutes s'écouleraient sur cette planète. Ces endroits existent et sont observés. Il serait difficile d'y vivre selon ces conditions et même de s'y rendre mais mentalement on peut faire l'expérience. Deux années vont s'écouler sur la terre pour trois minutes sur cette planète. Ma fille me dit alors: "Extra ! Envoie-moi sur cette planète. J'y passerai trois minutes, j'y effectuerai deux années de devoirs et lorsque j'en reviendrai je n'aurai plus de devoirs à faire pendant deux ans."

Jolie perspective. Supposons qu'à son départ, ma fille et ses amis aient 11 ans. Elle reste 3 minutes sur la planète en question et rentre ensuite à la maison. (Le temps du voyage est nul). Quel âge a-t-elle lorsqu'elle revient ? Onze ans et 3 minutes. Et ses amis ? 13 ans. Pourquoi ? Parce que tandis qu'elle vivait 3 minutes, nous vivions 2 années.

Si elle avait observé la Terre depuis cette planète, sa perception du temps aurait été telle qu'elle verrait les gens se déplacer très rapidement. Tandis que si nous levions les yeux vers le ciel, nous la verrions se mouvoir très lentement.

Qu'est-ce qui est correct: deux années ou trois minutes ? La réponse est la suivante: les deux sont correctes. Il y a simultanéité. C'est là l'héritage d'Albert Einstein. Cela se produit littéralement en des milliards d'endroits de l'univers; ainsi, si vous pouviez déposer une horloge en un tel endroit, son tic-tac serait tellement lent que selon notre perception (si nous pouvions vivre si longtemps) 15 milliards d'années s'écouleraient tandis qu'à cet endroit ce serait seulement 6 jours. Personne ne conteste cela.

Le voyage dans le temps et le Big Bang

En quoi ceci nous aide-t-il à expliquer ce que dit la Bible ? De toute façon le Talmud et les commentateurs semblent dire que chacun des six jours de la Genèse a une durée régulière de 24 heures !

Analysons donc les choses un peu plus en profondeur. Les sources classiques juives nous expliquent qu'avant le commencement nous ne savons pas réellement ce qu'il y a. On ne peut décrire ce qui précède l'univers. Le Midrach pose la question: "Pour quelle raison la Bible commence-t-elle par la lettre Beth ?". La raison en est que la lettre Beth (qui s'écrit un peu comme un C à l'envers) est fermée de tous les cotés à l'exception du coté qui indique la direction avant. On ne peut donc dire ce qu'il y avait avant mais seulement après.

Nahmanide, le Cabaliste, va plus loin. Il dit que bien que les jours aient une durée de 24h00 chacun, ils contiennent "kol yemot ha-olam" toutes les époques et tous les secrets du monde.

Nahmanide dit qu'avant l'univers, il n'y avait rien … puis soudain la création tout entière apparaît sous la forme d'une graine minuscule. Il donne une dimension à cette graine: quelque chose de tout petit équivalent à une graine de moutarde. Il dit encore que cela fut la seule création physique. Il n'y a pas eu d'autre création physique; les autres créations furent d'ordre spirituel et concernèrent le Néfèch (l'âme animale) et la Néchama (l'âme humaine). La création d'une minuscule graine fut la seule création. Toute la matière de base nécessaire à la création de tout le reste était contenue dans cette graine. Nahmanide en fait la description suivante: " dak me'od, ein bo mamach " – totalement minuscule, sans substance.

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