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L'Ennemi Juré du Bonheur

02/05/2011 | par rabbin Benjamin Blech

“C'est notre travail de rendre les gens insatisfaits de ce qu'ils ont” (Earl Puckett)

Je croyais que le but de la Société de Consommation était de rendre les gens heureux

Je croyais que le but de la Société de Consommation était de rendre les gens heureux: fabriquer de nouveaux produits afin que les consommateurs aient une meilleure qualité de vie, perfectionner les technologies existantes pour que les utilisateurs en profitent mieux. Je pensais réellement que son objectif était notre bonheur.

Au contraire, la Société de Consommation dépense des milliards dans la recherche permanente de nouveaux moyens de nous rendre malheureux et insatisfaits de ce que nous avons. Nous devons nous efforcer d'identifier les raisons qui la poussent dans cette direction, sans quoi nous sommes voués à devenir les victimes permanentes d'un cycle qui nous ramènera sans cesse à l'état d'insatisfaction.

J’ai pris conscience de cela lorsque j'ai entendu l'un de mes amis pleurer sur son ‘triste sort’.  Il jubilait parce qu'il venait de s'acheter le nouveau iPod; mais ça n'a pas duré: il fut choqué d'apprendre qu'un nouveau modèle de iPod plus performant était déjà sur le marché !  Son nouveau iPod était devenu en un instant l’équivalent d’une antiquité poussiéreuse, et tout son bonheur de le posséder s’était aussitôt évanoui. 

Dans un monde où ce qui est neuf est forcement mieux, peu de temps nous est laissé pour profiter d’un achat.

 L'activité qui brasse des milliards et dont le but est de garantir que le consommateur soit rapidement insatisfait de son acquisition porte un nom: la Publicité. Son but, Earl Puckett, qui est considéré comme le mentor de cette industrie, l'a formulé sous la forme d'une courte profession de foi: “C'est notre travail de rendre les gens insatisfaits de ce qu'ils ont”.

Le jeu qui consite à provoquer l'insatisfaction est une industrie à plusieurs visages. Et c'est peut-être l'univers de la mode qui la révèle le mieux. Oscar Wilde a dit un jour: “La mode est une forme de laideur tellement intolérable qu'on doit la changer tous les six mois.” Pourquoi les modes passent-elles tellement rapidement? Tel jour on passe pour un idiot si on n'a pas une certaine sorte de baskets, et le lendemain on passe pour un ringard si on ne les a pas jetées pour passer à une autre marque. Pourquoi devons nous sans cesse changer?

La Société de Consommation cherche à persuader les consommateurs qu'ils veulent toujours plus. Puisque société de consommation a besoin de consommateurs, elle se doit de les convaincre qu'ils veulent plus, qu'ils veulent plus neuf, qu'ils veulent ce qui va enfin les rendre heureux quand ils le posséderont.

Evidemment, une fois l’achat fait, le cycle recommence.

Pourquoi acceptons-nous cela? Pourquoi marchons-nous dans un système qui va à coup sûr nous rendre malheureux puisqu'il y aura toujours quelque chose de nouveau que nous ne possédons pas encore?

Tout simplement parce que nous nous sommes laisses convaincre que le bonheur c'est d’avoir plus, et parce que nous n’avons pas cru au sublime enseignement des sages du Talmud selon lequel “l'homme riche est celui qui se contente de ce qu'il a.”

Avoir plus ne satisfait jamais. Il n'y a pas de limite à toujours vouloir plus. La perspective d'‘avoir plus’ nous fait entrevoir la possibilité d'arriver à un état de satisfaction, alors qu'elle-même procède d’un état d'insatisfaction ! Si notre but est d’avoir plus, quand peut-on dire qu'on l'a atteint? Pourtant, à n'importe quel stade de notre vie, nous désirons plus, parceque nous ne croyons pas pouvoir être vraiment heureux tant qu’il reste quelque chose que nous ne possédons pas.

Quel est ton chiffre ?

Dans le vieux classique “Key Largo”, Edward G. Robinson joue le rôle d’un gangster dont la vie n’est que violence et faux-semblants. Dans le film, il a pris une famille en otage. Quand quelqu’un lui demande ce qui le pousse à vivre une pareille vie, il a beau se creuser la tête, il ne parvient pas à répondre . Finalement l’un des otages, incarné par Humphrey Bogart, lui suggère une réponse : « Je sais ce que vous voulez – vous voulez plus. » Le visage du gangster s’illumine alors et il s’exclame : « Oui, c’est bien ça que je veux, je veux plus ».

Cinquante ans plus tard une scène similaire se présente dans le film d’Oliver Stone Wall Street – L’Argent Ne Dort Jamais. Les personnages, qui sont avides de richesse, sont prêts à sacrifier leurs proches pour arriver à leurs fins. Jake (Shia LaBeouf) se trouve confronté à Bretton James (Josh Brolin). Ce dernier a déjà provoqué le suicide de l’un de ses concurrents en répandant de fausses rumeurs sur sa société. Jake lui demande : « Alors, quel est ton chiffre ? »

Bretton ne comprends pas la question. Jake lui explique alors que chacun a en tête un chiffre exorbitant qui représente pour lui le succès total, la possibilité de quitter la course en sachant qu’il est le vainqueur. Jake insiste à nouveau: « Alors, c’est quoi ton chiffre ? ». Bretton réfléchit et après un long silence répond par ce seul mot : « Plus ».

La poursuite du ‘plus’ est une forme d’idolâtrie moderne – idolâtrie que nous pratiquons à nos risques et périls.

C’est déplorable, mais cette idée absurde, selon laquelle seul ce qui est neuf et original peut nous rendre heureux, nous l’appliquons jusque dans notre intimité.

De multiples sondages ont montré  que le secret des mariages réussis réside dans la capacité à  se plaire mutuellement en dépit des nécessaires imperfections du conjoint. L’amour vrai ne nait pas d’avoir trouvé le conjoint parfait, il nait de savoir perfectionner son regard sur un conjoint imparfait. Mon père disait qu’il avait la plus belle femme du monde, la meilleure cuisinière, et la meilleure mère pour ses enfants. Y croyait-il vraiment ? Oui, il y croyait, parce qu’il avait fait le choix d’ignorer les défauts de ma mère et d’exacerber ses qualités. Plus ne l’intéressait pas. Il s’avait que Dieu lui avait envoyé sa femme.

Les taux de divorce aujourd’hui sont la résultante de l’idolâtrie du ‘plus’. « Pourquoi devrais-je me contenter de ce conjoint s’il y en a d’autres mieux que lui ailleurs ?  Je pourrais profiter mieux que je ne le fais maintenant. »

Croire que ‘plus’ mène nécessairement au bonheur nous condamne à une course sans fin. Dans cette course, nous occultons les éléments de notre vie qui pourraient réellement nous apporter le bonheur.

Mais nous ne sommes pas condamnés à être éternellement les artisans de notre insatisfaction: nous pouvons remplacer notre appétit insatiable pour le ‘plus’, par une prise de conscience claire que nous avons largement ‘assez’.

Alors qu’ils participaient à une soirée chez un important gérant de fonds d’investissement, l’écrivain Kurt Vonnegut fit remarquer au romancier Joseph Heller que leur richissime hôte avait certainement gagné plus d’argent en une journée que son ami sur toutes les ventes de son meilleur best-seller.

Ce à quoi Heller répondit : « C’est possible, mais je possède ce que lui n’aura jamais : ‘assez’. »

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