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J’agis donc je suis

J’agis donc je suis

Une militante des droits féminins qui sous-paye sa propre nounou, un ministre du budget qui avoue avoir fraudé le fisc… Pourquoi l’être humain a-t-il tant de mal à traduire ses convictions dans l’action?

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Devyani Khobragade, vice-consule générale de l'Inde pour les affaires politiques, économiques, commerciales et liées aux droits des femmes a été arrêtée, il y a quelques jours à New York. Motif ? Cette militante féministe aurait falsifié la demande de visa de sa nounou et l’aurait payé 3,31 dollars de l’heure (2,40 euros). Soit un tarif horaire 10 fois inférieur à celui qu’elle aurait déclaré, et environ 4 fois inférieur au tarif de base d’une nounou en France.

Dans la foulée de cet incident, la question qui brûle toutes les lèvres est bien entendu : Comment une diplomate connue pour ses prises de position en faveur du droit des femmes peut-elle infliger un tel traitement à sa propre employée ? Comment peut-on arriver à un tel écart entre le discours et les actes ?

Et le débat n’est pas nouveau. Tenez, il y a tout juste un an, l’affaire Cahuzac éclaboussait l’actualité avec le scandale d’un ministre du budget qui en était venu à frauder le fisc.

Mais mon but n’est pas de faire le procès de ces personnalités publiques. Simplement de soulever une question que ce fait divers nous inspire et qui nous concerne à tous. Pourquoi avons-nous tant de mal à agir conformément à ce que nous pensons ou savons juste ?

Faiblesse d’esprit, de caractère ? Objectifs trop ambitieux ? Pourquoi, quand bien même nous sommes convaincus du bien-fondé d’un comportement, nous faisons parfois exactement son contraire ?

La question s’applique certes en premier lieu aux personnages publics dont la position d’influence présuppose un comportement irréprochable. Mais elle nous concerne à nous tout aussi bien car nous y sommes en permanence confrontés dans notre quotidien.

Enseigner par l’exemple

Il y a quelques années, peu de temps après la naissance de notre premier enfant, j’ai demandé à mon maître de Talmud s’il pouvait me recommander quelques titres d’ouvrage traitant de l’éducation des enfants. Sa réponse est restée gravée dans ma mémoire :

«  Pas de livres… Tu dois enseigner par l’exemple »

«  Pas de livres… Tu dois enseigner par l’exemple »

Moi qui étais prêt à me plonger dans tous les livres possibles et imaginables pour me préparer à mon futur rôle de père, voici qu’on me présentait une idée révolutionnaire : si je souhaitais que mon enfant suive le bon chemin, plutôt que de connaître toutes les belles théories et conseils pratiques en vogue, je devais m’assurer de cultiver, moi-même, toutes les qualités que je souhaitais lui transmettre. Il ne s’agissait plus de trouver le livre adéquat, mais d’opérer un changement personnel en profondeur pour être à la hauteur des valeurs que je voulais inculquer à mon enfant. Et c’était là, une toute autre paire de manches…

Mais cet ambitieux projet de devenir le bon exemple pour mon enfant me heurtait à une réalité difficile : peut-on vraiment transformer son caractère, que ce soit pour corriger un défaut ou pour acquérir une qualité. Ne constatons-nous pas que, malgré les années qui passent, malgré nos nombreuses tentatives, c’est le statu quo : pas de véritable changement à l’horizon. Nous avons beau nous instruire en lisant, en assistant à des cours et en suivant les conseils avisés de nos amis, nous chutons sans cesse comme si une fatalité pesait sur nous.  Surgit alors cette petite voix intérieure aussi ténue que têtue : « M’enfin, tu vois bien que tu es né comme ça, je ne vois vraiment pas comment tu pourrais réussir à changer quoi que soit ! »

Le désespoir n’existe pas

Voilà donc le premier piège dans lequel beaucoup d’entre nous tombons : la désillusion. Notre pire ennemi. Arrêter de croire que les choses peuvent changer. Cette situation est la source de la plus grande plaie qui sévit dans notre génération : la tristesse. Celui qui perd l’espoir, se met dans une situation des plus dangereuses puisqu’il va paralyser toute initiative et se vider de son énergie. Rabbi Nahman de Breslev a dit : «  le désespoir n’existe pas !» comprenez que si vous en venez à adopter un jour, Dieu préserve, une telle vision, vous faites fausse route car en vérité il y a toujours de l’espoir. Simplement parce que Dieu peut tout et que si il est vrai qu’il nous a mis dans un monde avec des difficultés et des obstacles, il est tout aussi vrai qu’il peut nous aider à tout surmonter.

Quand l'hôpital se moque de la charité...

Le deuxième piège, plus vicieux, est de croire qu’apprendre et comprendre suffit pour devenir une personne vertueuse. Si c’était le cas il suffirait de s’enfermer dans une salle d’étude pour devenir un juste…

À ce sujet, on raconte qu’un célèbre philosophe britannique tenait une chaire de professeur d’éthique dans une prestigieuse université américaine. Aussi, lorsqu’on apprit qu’il menait une vie personnelle immorale, il fut convoqué séance tenante devant le conseil d’administration de l’université. À sa défense, il expliqua que sa vie privée n’avait aucune incidence sur la qualité de ses cours.

— Mais vous êtes un professeur d’éthique ! protesta l’un des membres du conseil.

— Monsieur, répondit-il. J’ai été professeur de géométrie à Cambridge. Et l’on ne m’a jamais demandé pourquoi je n’étais pas un triangle !

Dans le judaïsme, les choses ne vont pas ainsi. Une belle théorie, un bel enseignement n’ont de valeur que s’ils sont traduits dans un comportement personnel !

Si l’on prêche la morale, on se doit d’être moral ! Si l’on prêche l’honnêteté, on se doit de l’être.

Facio, ergo sum

Avant de conclure ces lignes, il convient de souligner la place importante que tient la prière dans le développement personnel. Nos Sages nous enseignent que c’est par le verbe divin que Dieu transforma le tohu-bohu environnant en cet univers d’une parfaite harmonie que nous connaissons.

De même, lorsque nous nous sentons emprisonnés par un trait de caractère qui sème le « désordre » dans nos vies, c’est à travers la prière – l’ultime forme de la parole humaine – que nous avons l’opportunité d’opérer un changement dans notre vie. Une prière sincère, une  prière issue des tréfonds de notre âme…

Vous l’aurez compris pour devenir un bon juif, la connaissance du bien ne suffit pas, ce n’est qu’une partie du chemin, la deuxième consiste à intégrer ce savoir dans notre cœur pour que nous ayons l’envie et l’énergie nécessaires pour le transformer en une réalité, celle de notre comportement .

Cogito, ergo sum. Je pense donc je suis, disait Descartes.

Chez les Juifs, cette belle citation devient donc : Facio, ergo sum. J’agis donc je suis…

26/12/2013

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Vos réactions : 1

(1) frad, January 5, 2015 1:12 PM

« J'agis donc je suis. »
Une citation de Paul Nougé ?

 

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