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La Capitale, Chap. 12 : L'abeille et le verger

La Capitale, Chap. 12 : L'abeille et le verger

C’est l’heure de vérité. Angel pénètre enfin dans la Capitale, où l’étonnement sera total…

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Résumé des épisodes précédents :

C’est l’heure de vérité. Angel pénètre enfin dans la Capitale, où l’étonnement sera total…

Le taxi déposa Angel devant un portail imposant, prolongé par une haie d’arbres majestueux qui cachaient une haute muraille en pierre. Bizarrement, aucun passant, aucun attroupement, aucun curieux ne gênait l’entrée. Angel pensa un instant que le chauffeur s’était trompé d’adresse. Mais il remarqua un petit guichet automatique sur lequel les mots « La Capitale » avaient été gravés. Il y inséra la pyramide bleue rapidement dépliée par ses soins.

Le portail s’ouvrit instantanément, et il pénétra dans une allée grandiose, bordée de chênes sans âge. Un tapis de pétales mauves s’esquivait sous ses pas. Une légère brise contrastait avec l’air glacial qu’il avait affronté quelques secondes plus tôt. Il retira ses gants, qu’il regretta être allé chercher au journal. Il fit quelques pas dans le chemin bordé d’une mer de fleurs et fut saisi par le silence du lieu.

Il entendait les feuilles frémir sous ses pieds et le souffle de l’air caresser son visage. De nombreuses impressions, qu’il n’avait plus ressenties depuis l’enfance, l’envahirent, le comblant d’un bien-être inconnu. Il continuait son ascension tentant d’habituer ses sens à ces impressions nouvelles. Là où son regard se posait, ce n’était qu’harmonie. Les premiers signes de l’aurore apparaissaient dans le ciel et sur la terre : l’obscurité laissait la place aux premières lueurs, et la lune, pleine, semblait s’estomper sous les coups de pinceau de l’Artiste supérieur qui dirigeait la création au-delà des cieux.

De temps en temps, Angel levait les yeux. La voûte céleste semblait un dôme protecteur auquel seuls quelques nuages immobiles donnaient un semblant de réalité. Bientôt, Angel sentit qu’il n’avait plus besoin de son manteau. Avec l’aube, le temps s’était nettement adouci. Il vit sur le bord du chemin un coffre dans lequel il lui sembla naturel de déposer son vêtement. Il le retrouverait en sortant. Cette certitude le troubla. Il fut également étonné de l’absence d’autres visiteurs. Où étaient passés tous les passagers du train ? Où se trouvaient les milliers de personnes censées peupler les rues de la Capitale ? C’était sans doute à cause de l’heure. Il était si tôt.

Comme un orchestre aux mille instruments, tous les éléments du jardin s’unissaient.

C’était maintenant un véritable printemps. Il bifurqua dans une seconde allée, où se développaient des jardins à la française, parfaitement ordonnancés.

Des arbres taillés en cônes délimitaient les carrés de pelouses. Au centre du dessin végétal, une fontaine diaphane couronnait les perspectives géométriques. Les rayons du soleil perçaient les gouttes d’eau reflétant leurs ombres perlées sur le sol de pierres taillées. Angel se frotta les yeux. Peut-être rêvait-il ? Peut-être était-il encore assis sur la banquette du train ? Mais ce doute s’évanouit lorsqu’il s’appuya contre la margelle et pencha ses lèvres pour boire. Tout était palpable, tangible. Après s’être désaltéré, il scruta l’horizon. À chaque angle où son regard affleurait, un effet de perfection se dégageait. La beauté de chaque arbre, avec ses branches ciselées et ses feuilles veinées, la finesse de chaque fleur, aux pistils parfumés et aux fragiles pétales, la souplesse de chaque herbe folle, tout chantait un hymne à la création. Comme un orchestre aux mille instruments, tous les éléments du jardin s’unissaient pour créer une musique céleste. Des odeurs inconnues et capiteuses se mêlaient à cette symphonie miraculeuse.

Le plan avait été tracé, la technologie réalisée, ne laissant aucune place au hasard.

À chaque œuvre du jardin, un souffle invisible impulsait la vie, donnait une âme.

Angel poursuivit sa lente exploration. Il pénétra dans un verger ombragé, où des pommiers en fleurs, éclatants de blancheur, offraient des fruits multicolores, ce qui lui sembla fort étrange. L’écorce même de l’arbre avait l’air appétissant et, tiraillé par la faim, il ne put s’empêcher d’en détacher un morceau. Il le goûta ainsi que les pommes qui tombaient des branches.

Puis il s’abîma dans l’observation d’un pissenlit qui s’épanouissait au milieu de l’herbe. Il admira l’architecture de la tige, dont la structure ultra perfectionnée lui permettait de puiser l’eau de la terre et de distribuer, grâce à un filtre, les matériaux vitaux aux feuilles et à la fleur. Devant lui, un système organisé, comme une merveilleuse usine silencieuse, produisait le pistil, le calice, la corolle, le bourgeon, avec la collaboration de nombreux laboratoires. Angel aperçut alors une abeille qui vint se poser sur l’étamine de la fleur, attirée par son nectar. Sans y prêter attention, ses pattes se couvrirent de pollen et elle continua son périple vers une autre fleur sur laquelle elle déposa le pollen qui allait la féconder. C’est ainsi que les plantes et les fruits se développaient, offrant à l’homme sa subsistance. Le plan avait été tracé, la technologie de pointe réalisée, ne laissant aucune place au hasard.

Angel sentait en lui un apaisement, comme une consolation infinie. Tout en se sentant relié à la source, il se demandait comment il réussirait à percer le mystère de ce perpétuel printemps. Il ne comprenait pas pourquoi le jardin ravivait en lui sa soif d’absolu. Pourquoi sa recherche du bonheur trouvait son sens dans ce théâtre féérique.

Un étonnement s’était fait jour en lui. Il sentait poindre dans tout son être une question dont les implications seraient déterminantes, s’il venait à en trouver les réponses. Confiant et inspiré, il s’abandonnait tout entier à cette nouvelle félicité. Il en avait même oublié l’Architecte, la Capitale et l’Atractus.

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