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La Capitale, Chap. 15 : Le taureau, la lyre et la licorne

La Capitale, Chap. 15 : Le taureau, la lyre et la licorne

L’aventure a commencé pour Angel. Pourtant, comme pour les autres visiteurs, elle reste indicible. La Capitale enchante et bouleverse. Mais pourquoi ?

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Résumé des épisodes précédents :

L’aventure a commencé pour Angel. Pourtant, comme pour les autres visiteurs, elle reste indicible. La Capitale enchante et bouleverse. Mais pourquoi ?

Tard dans la nuit, Angel s’était allongé sur un banc de pierre couvert d’un duvet de feuilles. Il n’avait pas senti la dureté de sa couche car son esprit était totalement absorbé par la contemplation de la voie lactée. Au-dessus de lui, un monde inaccessible rappelait à l’homme sa petitesse. Des centaines de milliards de soleils éclairaient d’autres cieux, à des dizaines de milliers d’années lumière de la terre. Angel fit le calcul : une année lumière équivalant à dix milliards de kilomètres, les étoiles qu’il voyait briller étaient souvent éteintes à l’heure de sa contemplation. Ces distances étaient difficiles à envisager d’après les critères humains. La beauté du ciel scintillant lui donnait l’impression d’être happé par l’infini. Frissonnant, il goûtait au ravissement de n’être plus qu’un atome dans l’espace galactique. Les constellations visibles avaient des formes géométriques et il tentait d’en distinguer les plus célèbres : le taureau, la lyre, la licorne. Bercé par le doux chant des cigales, Angel finit par s’endormir.

Après cette nuit passée à la belle étoile, il fut réveillé par les oiseaux dont le mélodieux ramage lui fit penser à une cantillation. Quelle gloire proclamaient en chœur ces témoins attentifs au miraculeux réveil ?

Une force invisible le poussait vers la sortie.

Angel se leva, émerveillé par l’aurore cristalline. La journée passée n’avait été que beautés et délices, et malgré les heures sur le lit de feuilles qui lui avait servi de matelas, il ne sentait aucun engourdissement.

Au contraire, il n’avait jamais été aussi exalté. Les ciels, les nuages, les allées, les ombres, le verger, les senteurs, tout avait contribué à la symphonie sublime dont il avait été le spectateur attentif. Un autre talent, supérieur, contribuait à ce monde mis en œuvre par l’Architecte. Il en avait été témoin, il avait touché de près à cette vie et ne voulait pas la quitter. Mais une force invisible le poussait vers la sortie.

L’habitude, se dit-il. Je dois encore lutter contre la force d’inertie. Je dois me libérer pour gravir les échelons. L’échelle va jusqu’au ciel, et j’ai encore les pieds sur terre.

L’harmonie universelle à laquelle il avait goûté avait laissé dans tout son corps une empreinte indélébile. Il aurait voulu la cultiver comme on fait grandir un jeune plant. Le pressentiment d’un ordre parfait, d’un sens qui transcendait la matière, d’un démenti au hasard, le hissait dans des sphères supérieures. D’un autre côté, il ne voulait pas céder à l’illumination. Il voulait confronter son intuition à la réalité du dehors, il voulait quitter la Capitale et voir, avec d’autres yeux.

Il se dirigea vers la sortie, mélancolique. Reverrait-il ce paradis ? Aurait-il le mérite de revivre ce rêve éveillé ? Bientôt, il gagna l’entrée par laquelle il était arrivé, revit le coffre qui contenait son manteau, le prit avec lui, et après avoir vérifié que rien ne lui manquait, franchit le grand portail. Son cœur se serra.

À l’extérieur, le monde était encore plongé dans les ténèbres.

Il héla un taxi et, comme un condamné, se dirigea vers la gare de C., sans dire un mot.

« Dépêchez-vous, le train part dans quelques minutes ! »

Il entra dans la gare. Rien n’avait changé. Les mêmes quais, les mêmes guichets. Le froid était revenu. Il ferma son manteau, en releva le col et demanda au cheminot de lui indiquer le train pour Paris.

– Dépêchez-vous, lui dit l’homme. Il part dans quelques minutes !

Angel monta dans le wagon, choisit un siège à l’écart. Il ne put s’empêcher d’écouter quelques bribes des conversations autour de lui. C’étaient d’autres visiteurs qui retournaient chez eux. Unanimes, ils appréciaient la beauté du lieu.

Il prit son carnet et nota :

« La nuit de l’exil : difficile de discerner la réalité. Épreuve pour l’homme. Déchiffrer la partition. La Capitale, c’est la partition. L’Architecte, c’est le chef d’orchestre. »

Ce n’est pas ça qui va faire un article, se dit-il en se relisant.

Peut-être valait-il mieux qu’il recueille à chaud les impressions des voyageurs. Il se présenterait comme journaliste, tendrait sa carte de presse, poserait des questions. Faire parler les autres, ce sera plus simple.

Il aurait de quoi rédiger son « scoop ».

Il tenta.

Mais après quelques minutes, il se rendit compte que les personnes interrogées se regardaient les unes les autres, sans trouver les mots.

– C’était très agréable !

– Vraiment impressionnant !

Quel était le secret du puissant amnésiant qui frappait tous les visiteurs de la Capitale ?

Angel restait avec les mêmes questions mais n’avait que quelques éléments de réponse, inintelligibles. Il ne s’expliquait toujours pas comment, durant vingt-quatre heures, il n’avait croisé personne. Comment le climat s’était subitement transformé, l’hiver laissant la place à un doux printemps. Comment il avait pu dormir toute une nuit dehors, dans un calme absolu, sans être dérangé par un seul insecte. En quoi le lieu était magique. Et pourquoi il ne ressentait plus cette harmonie intérieure intense qui l’avait porté durant tant d’heures.

L’arrivée à Paris fut brumeuse et grise. Les embouteillages près de la gare découragèrent Angel qui renonça à prendre un taxi. De toute façon, il préférait marcher. Il fit la traversée de la ville dans le sens inverse de la veille et se dirigea vers l’Atractus. Il voulait se mesurer à la feuille blanche.

L’ombre du gnomon de l’Obélisque marquait neuf heures sur l’esplanade de la Concorde lorsqu’il entra dans les locaux du journal.

6/7/2014

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Vos réactions : 1

(1) the maman 67, July 23, 2014 4:55 PM

Vous nous manquez. A quand le prochain épisode ?

Chère Millie Salomon
Nous voici, depuis quelques semaines embarqués, aux côtés d'Angel, Eve, Aurore et tous leurs proches, dans une aventure dont nous n'apercevons encore que les contours comme le cadre d'un puzzle que l'on va tenter de remplir petite pièce par petite pièce, couleur par couleur, pour en découvrir enfin l'image finale...Et puis plus rien !
Vous nous manquez. A quand le prochain épisode ?
The Maman 67

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