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La Capitale, Chap. 3 : Pas d’appétit rue de Paradis
Roman-feuilleton

La Capitale, Chap. 3 : Pas d’appétit rue de Paradis

Alors qu’Angel commence son reportage, May, Aurore et Constant se préparent à partir pour la Capitale. Mais ils constatent que, bizarrement, ils n’ont plus d’appétit.

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(Composition : Aharon Daniel)

Résumé des épisodes précédents :

Alors qu’Angel commence son reportage, May, Aurore et Constant se préparent à partir pour la Capitale. Mais ils constatent que, bizarrement, ils n’ont plus d’appétit.

May regarda sa montre. Il lui restait une bonne demi-heure avant de partir au travail. Les matins où elle se rendait au bureau dans la nuit et le froid étaient toujours plus fatigants que ceux de l’été où la lumière redonne de l’énergie. Constant sortait un peu plus tard, car il était à cinq minutes de marche du bureau. Quant à leur fille, Aurore, c’était Constant qui l’emmenait à l’école et allait l’y chercher, pour leur plus grand bonheur à tous les deux.

May, comme tous les matins, prépara le petit-déjeuner. Mais ce jour-là, elle n’avait aucun appétit. Elle fit frire les œufs, coupa les concombres en petits cubes, les tomates en fines tranches, mit sur la table du fromage blanc et appela Aurore, qui comme toujours, était fin prête. Deux longues et magnifiques nattes tombaient sur ses épaules et elle arborait un beau sourire, ravie de voir sa mère.

–  Tu veux du lait au chocolat ? demanda May, la bouche sèche.

–  Non merci, je n’ai pas soif, répondit Aurore, tout en s’asseyant aux côtés de sa mère.

–  Moi non plus ! répondit May, sentant malgré tout qu’elle avait besoin d’hydrater ses lèvres gercées.

Constant entra à son tour dans la cuisine. Il vit sa femme et sa fille attablées, en grande conversation, mais ne touchant pas une miette du petit-déjeuner.

–  On n’a pas d’appétit ? demanda-t-il tout en caressant affectueusement la tête de sa fille.

–  C’est étrange, mais nous n’avons absolument pas faim ! répondit May.

–  Ni soif ! enchaîna Aurore le toisant de ses grands yeux gris.

–  C’est la perspective des vacances qui vous coupe l’appétit ? interrogea-t-il, dubitatif.

–  Aurore, prends au moins des œufs, tu adores ça ! dit May qui ne savait pas quoi répondre.

Mais Aurore fit un signe négatif de la tête :

–  Non merci maman, je n’ai vraiment pas faim. Alors, on part demain ?

–  Demain à la première heure, expliqua May, le regard dans le vide.

May et Aurore n’avaient ni faim ni soif.

Constant sentit que son épouse était préoccupée. Il était lui-même aux prises avec des problèmes d’ordre professionnel et comptait beaucoup sur ces vacances pour prendre du large. Depuis des mois, il avait réservé des billets pour la Capitale, et avait préféré cette destination aux vacances de neige, privilégiant l’attrait de la nouveauté.

Constant essayait de faire rire sa femme afin de dissiper le nuage qui était apparu sur son visage. Il commença le petit déjeuner sans grand appétit tout en constatant que ses blagues ne faisaient aucun effet à May. Pour la titiller, il s’exclama :

–  Si j’avais su, je ne vous aurais pas proposé de visiter la Capitale !

–  Au contraire, nous sommes très impatientes, le rassura May. Cette perspective nous enchante et nous…

–  … met dans un état second ? s’enquit Constant.

–  Exactement, dans un état second… répéta May.

Elle n’avait pas réussi à fermer l’œil de la nuit et se demandait comment elle ferait pour vérifier les masses de contrats qui l’attendaient au bureau. Elle chassa cette pensée de son esprit et imagina la joie de sa chère Aurore en train d’arpenter les larges allées de la Capitale. Elle aurait tellement voulu lui « offrir » une petite sœur ou un petit frère. Mais les années passaient et malgré ses prières, aucun enfant ne venait troubler le calme de son foyer. Sa rêverie fut interrompue par la voix de Constant qui lisait le texte inscrit sur l’une des faces de la pyramide bleue.

–  « Vous reviendrez changé ». Nous allons nous détendre et découvrir un cadre merveilleux ! s’exclama Constant. Alors, haut les cœurs ! À l’abordage !

Aurore regarda son père fièrement, tout en l’imaginant en pirate des temps modernes. May, au fond, savait qu’ils avaient eu beaucoup de chance d’obtenir un ticket d’entrée après des semaines d’attente. Elle ne s’expliquait pas l’état dans lequel elle était plongée depuis quelques jours et pourquoi elle ressentait comme une vague angoisse à l’idée de quitter Paris. Constant la regardait, compréhensif.

–  Tout va très bien se passer, ne t’inquiète pas. Je prends les choses en main. Aurore, range s’il te plaît le petit déjeuner dans des boîtes. Nous le mangerons ce soir ou nous l’emporterons dans le train. Moi, je vais ranger le salon. May, je m’occupe de tout, tu peux partir tranquillement…

May regarda son mari avec un sentiment de reconnaissance infinie. Elle ne pouvait expliquer la nature de son malaise et ne voulait pas que sa fille puisse le ressentir.

Aurore se leva, commença à débarrasser la table, embrassa son père affectueusement, et rangea sa trousse dans son cartable.

–  J’ai une rédaction à écrire sur les vacances pour la rentrée ! dit-elle. Je pourrai raconter la Capitale !

–  Tu vois May, Aurore se fait une joie de partir !

Tous deux auraient souhaité avoir un autre enfant.

Constant affichait une bonne humeur à toute épreuve malgré ses appréhensions. Sa vie s’écoulait depuis toujours sans qu’il ait eu à se battre. Il avait brillamment réussi ses études, rapidement été embauché dans une grande entreprise où il était très apprécié. Depuis quelques mois, la direction avait changé et il avait été l’objet de critiques acerbes. Mais il savait éviter les écueils et naviguer dans une mer agitée. Sur le plan personnel, sa vie lui donnait entière satisfaction. Lorsqu’il avait rencontré May, les choses étaient allées très vite. Le mariage puis l’arrivée d’Aurore les avaient comblés tous les deux. Ils formaient un couple heureux et harmonieux. Tous deux auraient souhaité avoir un autre enfant et l’espéraient toujours, malgré les années. Constant restait confiant mais son épouse semblait lasse, comme épuisée par une attente toujours contrariée. Il la regarda avec affection. May, comme le soleil du printemps, dardait ses rayons ardents sur sa vie.

–  Nous allons bien nous amuser ! lança Constant tout en sortant de la cuisine.

Par la fenêtre du salon, il observa le vent qui s’engouffrait dans la rue de Paradis et secouait les réverbères. C’était encore la nuit. Dans la semi-obscurité, on pouvait apercevoir les passants vêtus de noir et de gris. En fait, leurs manteaux étaient multicolores mais les ténèbres leur donnaient une teinte sombre, uniforme.


Rendez-vous jeudi 10 avril pour découvrir le chapitre 4...

2/4/2014

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